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Thoreau : il était une fois la vie sublime d'un philosophe de l'Ouest

Clément Solym - 08.09.2012

Bande Dessinée - cow-boys - Amérique - pistoleros


Après Nietzsche, voici que nous arrive Thoreau, publié lui aussi aux éditions Le Lombard : le début d'une collection consacrée aux grands philosophes ? Plutôt la volonté du scénariste Maximilien Le Roy - en charge du texte pour ces deux ouvrages - de nous faire mieux connaître des hommes dont la vie est riche d'enseignements pour chacun d'entre nous. Henry David Thoreau... 

 

 

La Chronique BD de BDfugue.com

 

 

 

 

 

Un nom que je connais depuis longtemps, mais en raison de mon amour pour la musique ! Et plus particulièrement celle de Charles Ives. Un véritable excentrique, ce cher Ives. Autodidacte, son métier d'assureur lui assure une indépendance financière totale. L'écriture de partitions est donc un hobby, qu'il pratique sans avoir l'obsession d'être publié. 

 

Il peut ainsi laisser libre cours à sa fantaisie naturelle, son goût pour les expériences sonores diverses et variées : hymnes religieux, chants patriotiques et fanfares militaires traversent sa musique dans une joyeuse accumulation (ou une effroyable cacophonie, pour ses détracteurs). Viscéralement américain, il célèbre les grandes figures intellectuelles de son pays, notamment dans la "Concord Sonata" pour piano, dont chaque mouvement se réfère à un écrivain : Emerson, Hawthorne, les Alcott père et fille, et... Thoreau. 

 

Thoreau, sur BDfugue

Le dernier mouvement est inspiré par son livre Walden, et pourvu d'une partie de flûte - l'instrument de Thoreau - ad libitum. Par la grâce des films à succès que sont "Le cercle des poètes disparus" et "Into the wild", le nom de Thoreau résonne quelque peu dans l'esprit du grand public européen, mais plus encore dans le cœur des militants politiques, étant considéré comme le père de la désobéissance civile. Réputation à nuancer et préciser, ce à quoi nous invite l'excellente bande dessinée de Maximilien Le Roy et A. Dan. 

 

Si cet album retrace la vie de l'auteur de Walden, il ne choisit pas pour autant de remonter jusqu'à son enfance, mais s'ouvre sur un geste fondateur : Thoreau emprunte une hache au maréchal-ferrant de Concord pour bâtir une petite maison au bord du lac de Walden. Là, il vit en ermite, cultive la terre et observe la nature, pour comprendre ce qu'est l'essence de la vie. S'opposant à l'état fédéral américain belliqueux et esclavagiste, il refuse de payer la taxe gouvernementale et se laisse emprisonner. Dès lors, il devient un symbole et une référence pour les abolitionnistes, et soutient leur action en aidant des esclaves en fuite à passer la frontière du Canada. 

 

Mais il reste un solitaire cherchant la vérité au sein de la nature, rejetant la religion et la politique qui aliènent l'individu. Le culte de l'argent et de la réussite sociale, le progrès technologique à outrance le révulse. Aujourd'hui, il réussit le tour de force d'être à la fois populaire, étudié à l'école comme un des grands penseurs américains classiques, et d'être une référence dans les milieux intellectuels comme symbole de la résistance au pouvoir. 

 

Sept Pistoleros, sur BDfugue

Il est étonnant de constater que ses réflexions, nées dans un contexte historique et géographique bien précis, se révèlent d'une brûlante actualité dans un monde en pleine crise écologique et politique : pensez au concept de décroissance dont on nous parle régulièrement... Dans cet univers, Maximilien Le Roy et A. Dan sont des guides parfaits.

 

La langue est claire et forte, le dessin lumineux et simple. Vous ressortez de cette lecture emplis de sérénité et de sagesse. Et fort instruits par les excellents suppléments, sous forme de textes et photos !!!

 

Et jetez un coup d'œil à celui-ci... 

 

Suite à une première saison de fort bon niveau, la deuxième saison de la collection Sept chez Delcourt bat son plein. Avec beaucoup de déceptions... Mais la dernière livraison est bien plaisante ! Sept pistoleros de Bastien Ayala, David Chauvel et Antonio Sarchione se veut un hommage au western spaghetti. 

 

Il y a donc du sang, du cynisme et une pointe de mauvais goût dans cette histoire où les gunfighters symbolisent le vieil Ouest sauvage bientôt anéanti par le capitalisme moderne. Et un clin d'œil aux "Tontons flingueurs" en passant !!!