Trafic d'affluence au bistrot, gangsters hollandais et carnaval de Rio

Clément Solym - 05.11.2011

Bande Dessinée - Van Gogh - enquêtes


Bienvenue dans un monde sans téléphone portable, sans internet, sans GPS ! Bienvenue dans le nouvel album de Bruno Heitz : C'est pas du Van Gogh, mais ça aurait pu (Gallimard). Rassurez-vous, on y passe des coups de fil... mais l'opératrice écoute la conversation ! On y cherche des renseignements... en causant aux clients du bistrot !!!



Avec BDfugue

 

 

 



On y trouve son chemin... en tournant à droite, à la prochaine meule de foin ! Ou peut-être à gauche !?! Car ce délicieux auteur ressuscite une France de l'après-guerre qui va bientôt basculer dans la société de consommation, une France encore largement rurale où les paysans à béret fument des Gitanes sans filtre...


Dans un format de roman graphique - qui s'apparente somme toute aux anciens Fleuve noir et autres San Antonio - nous retrouvons Jean-Paul, déjà rencontré dans J'ai pas tué De Gaulle, mais ça a bien failli où il se trouvait mêlé à l'attentat du Petit-Clamart : un filou - mais pas un méchant - qui se cache chez sa tante Ninine au fin fond de la Lorraine, en attendant que la police l'oublie !


 

C'est pas du Van Gogh,

mais ça aurait pu

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Mais l'hiver en Lorraine, c'est bien long, même avec force charcuterie et pinard, et Jean-Paul qui s'ennuie demande à Ninine de lui raconter ses souvenirs, qu'elle a couchés par écrit dans des cahiers depuis son mariage : elle le fait bien volontiers, mais curieusement se montre fort discrète sur l'année 1940...


Elle finit par avouer qu'à cette période, feu son mari Georges fit un séjour de plusieurs mois dans la ville d'Arles, dont il revint avec un joli magot ! Voilà de quoi perturber Ninine qui imagine une malhonnêteté ou pire, une maîtresse !!!


Intrigué et voulant que sa tante connaisse enfin la vérité, Jean-Paul décide de partir sur les traces du tonton, sans se douter qu'il va ainsi rencontrer une religieuse qui joue du pétard, une demoiselle de petite vertu fort entreprenante, et quelques gangsters hollandais !!!


Si le personnage de Jean-Paul, sympathique et attachant, mais à la moralité fluctuante et aux méthodes plutôt musclées, fait beaucoup pour l'intérêt de l'album, c'est l'univers graphique de Bruno Heitz qui le rend irrésistible !

 

Cette rondeur dans le trait, ces couleurs un peu passées créent une atmosphère désuète pleine de charme, le récit habilement rythmé par une voix off est sans cesse relancé... et ce constant pittoresque, quel bonheur.

 

On renoue avec la drôlerie un peu rosse de la série Un privé à la cambrousse du même auteur !

 

 

 

Les enquêtes du commissaire Raffini

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Un polar "à l'ancienne" que l'on pourrait rapprocher des Enquêtes du commissaire Raffini (Desinge & Hugo & cie) avec le très prolifique Rodolphe au scénario (à qui nous devons notamment l'excellent Mojo) et dont Jacques Ferrandez (talentueux auteur de la série des Carnets d'Orient chez Casterman) fut le premier dessinateur avant de passer la main à l'impeccable Maucler.

 

Une série injustement méconnue et sans doute victime d'un rythme de parution guère frénétique !

 

Certes, le sagace commissaire Raffini épluche les indices et fait parler les suspects tout en déplorant la noirceur de l'âme humaine, comme bien des flics de papier avant et après lui...


Mais on ne s'ennuie jamais, car il y a des rebondissements, des personnages savoureux, des trouvailles scénaristiques (dans Les eaux mortes, c'est un narrateur qui déroule l'histoire et semble guider les protagonistes) et surtout une mise en couleur magnifique !!!


Délicate, lumineuse, elle apporte un côté vieillot, d'un charme pénétrant... Bref, si vous appréciez le commissaire Maigret, intéressez-vous à son collègue Raffini, vous ne le regretterez pas !