Un peu de Carmen sur vos lèvres (bons baisers de Russie)

Clément Solym - 14.01.2012

Bande Dessinée - Carmen - Russie - amour


Etonnant Georges Bizet ! Capable de faire se succéder dans son catalogue une partition d'une totale platitude comme l'ouverture "Patrie" et un chef-d'œuvre absolu, l'opéra "Carmen" !!! 


Avec BDfugue


 



Problème : si la musique est constamment géniale, le livret n'est pas exempt de reproches... Il a cependant le mérite d'être efficace, de rendre explicite le conflit entre la passion et la raison qui mène Don José à la folie, et d'introduire le personnage de Micaëla, amoureuse sincère autant que courageuse.


Peu de gens savent que l'origine de cette histoire se trouve dans une nouvelle de Prosper Mérimée, qui est aujourd'hui adaptée en bande dessinée par Frédéric Brrémaud à la plume et Denis Goulet au crayon (Delcourt).


La Carmen de Mérimé,

sur BDfugue.com

Et peu de gens savent à quel point Mérimée était un homme comblé de talents : inspecteur des Monuments historiques, dessinateur, s'intéressant aussi bien à l'archéologie qu'à la philosophie, traduisant Pouchkine et Gogol, spécialiste de Cervantès...


N'en jetez plus ! Un nouvelliste au style dépouillé, qui s'attache à décrire des personnages en marge de la société, torturés par leurs obsessions et contradictions. L'histoire ? Voyageant en Espagne pour des recherches archéologiques, le narrateur  croise le chemin d'un brigand, José Navarro, recherché par les autorités et dont il choisit de protéger la fuite.


Arrivé à Cordoue, il se laisse séduire par la gitane Carmen, mais il s'agit d'un piège dont José, qui ne l'a pas oublié, le sauve. Quelques mois plus tard, l'archéologue apprend que José doit être exécuté. Il rend visite au bandit qui lui raconte par le menu ce qui l'amène à cette issue tragique...



Encore une réussite à l'actif de la collection Ex-libris des éditions Delcourt ! Il est vrai que le texte de Mérimée n'a rien de poussiéreux, il abonde en péripéties et Carmen forme avec Don José un couple d'anthologie qui invite à s'interroger sur ce qu'est l'amour et ce que l'on veut faire de sa vie : étouffer le désir d'absolu qui est en soi ou se trouver brûlé par lui... 


La langue employée est belle, les dialogues sont enlevés et le dessin est plein de vie, rehaussé par de chaudes couleurs. Plaisir de lecture garanti !!! Allez, une autre grande histoire d'amour tragique racontée en BD, et en plus, une histoire vraie ? Dimitri Bogrov de Marion Festraëts et Benjamin Bachelier (Gallimard) nous transporte en Russie sous le règne de Nicolas II où l'opposition est muselée par l'Okhrana (la police secrète du Tsar). 

 

Dimitri Bogrov

Dimitri Bogrov,

sur BDfugue.com

Dimitri revient de Saint-Pétersbourg où il vient de finir ses études de droit, un brillant avenir d'avocat s'ouvre devant lui mais dans le train, il rencontre Loulia : belle, intelligente, féministe et violemment opposée au gouvernement ! Dès lors, il fréquente avec elle les caves des instituts où se croisent simples théoriciens de l'agitation politique et vrais poseurs de bombes.

 

Lui qui plus jeune a "joué" à la révolution, qui a été incarcéré avant que son père riche et influent ne l'exile à l'étranger décide d'assassiner le ministre Piotr Stolypine non par conviction, mais par amour, pour éviter la prison à sa chère Loulia !

 

Dans cette période trouble où les policiers ferment les yeux sur certains agissements par camaraderie et où les étudiants imbibés de vodka sont des révolutionnaires plutôt velléitaires, l'âme russe s'exalte dans sa traditionnelle démesure !!!

 

Dimitri Bogrov fut le grand-oncle de la scénariste Marion Festraëts : un personnage fascinant, choisissant de sacrifier sa vie sur l'autel de la passion...

 

En serions-nous capables à sa place ?