Voyages en train, France et vocation : Un week-end deux bulles (13)

Clément Solym - 16.10.2010

Bande Dessinée - recul - fusil - gens


Chaque semaine, deux BD à découvrir... Cette semaine, petit voyage frnaçais, dans le temps et les moeurs


Les gens honnêtes, deuxième partie, Durieux/Gibrat

Tout cela est doux comme un voyage en train. Un trajet en TGV, sans retard ni remords, passé à rigoler entre deux wagons. Les gens honnêtes vous le diront : la vie est une succession de péripéties drôles et tristes, que l’on regarde parfois depuis son épaule, tournant la tête… et voilà le chemin qui se termine.

Permettez au chroniqueur harassé de donner une légère nostalgie à son papier. Il n’arrive pas tous les jours que l’on tourne la dernière page avec émotion, en se disant que l’on a tout à la fois soif, envie d’ouvrir un livre et d’une coupe de cheveux en se faisant lire du Baudelaire.

Ce sont pourtant les idées de Philippe, victime de la bourse et d’une chute historique des cours. Pour les livres, il a rencontré Robert, énorme libraire d’anciens et de rare, qui marie Proust à du Sauternes, Château Caillou 89 et propose des Côtes de Castillon 98 pour accompagner Hugo. Victor, évidemment. Philippe, divorcé, a une autre littérature en tête : son fils va intégrer une école de cuisine à Sauternes, à 3000 € le trimestre. Sacrée somme à sortir. Alors, pour être dans le vent, il tente d’ouvrir un salon de coiffure dans le TGV qui relie Paris à Bordeaux. Et sur le trajet, il découvrira Camille, véritable détentrice d’un CAP coiffure. Qui lui apprendra les ficelles et mèches du métier.


Inutile de vous le cacher, cette BD est un poème, qui parle aux sens, à tous les sens, et plus encore. Si on y voyage à l’œil, on ne rase pas gratis : entre deux coupes, c’est la littérature qui revient au pas de charge, auréolé des plus grands crus. Les bouchons fusent, les verres se vident, dans le train ou au milieu des livres, les pages se tournent, et voilà un trajet magnifique.

Chargé d’optimisme et de tendresse, Philippe nous balade d’un bout à l’autre sans que la main ne tremble : couper des cheveux, et sûrement pas en quatre, devient un art des plus subtils. De l’humour en première bouche, une note florale de douceur, et quelques épices amoureuses. C’est magnifique. Et ça se déguste autant pour la générosité d‘un dessin rond que pour la chaleur de son scénario…

Les gens honnêtes, deuxième partie, Durieux/Gibrat
Publié chez Dupuis, collection Aire libre
64 pages, 14,50 €
9782800147659
Plus d'extraits à cette adresse

Les gens honnpêtes, tomes 1 & 2, neuf ou d'occasion


Le recul du fusil, Tome 1. Les Chambres J.S. Bordas


Ah, douce France, cher pays des résistants de mon enfance, bordée de tendre insouciance collaborative et de soldats nazis dont le bruit des bottes frappe le pavé des trottoirs. Enfin, pas encore en France. Car nous sommes en 1936, et tout le monde la redoute, cette fichue guerre, partout pressentie. Pour y échapper, Fernand Tormes part à Paris, étudier la médecine : les docteurs, ça part pas au front… Enfin, y paraît…

Sur place, il doit retrouver André Lazary, dont les parents fortunés payent les études à la capitale. Mais le train à peine arrivé, les mauvaises nouvelles tombent : André est amoureux d’une couturière. Ce qui l’a amené à prendre parti contre son père, en faveur des ouvriers de l’usine. La belle affaire ! Pour deux beaux yeux, le voilà sans le sou.

La vie de patachon prévue pour les deux compères se change en bohème partisane. Vive le communisme et la révolte contre le grand capital et les patrons esclavagistes. Las, tout cela n’a qu’un temps, précaire. Fernand découvre l’envers bourgeois de la vie parisienne, les prostituées que l’on entretient, la casse ouvrière qui lutte pour ses congés payés, méprisée par a bourgeoisie. Et quand on est sans le sou, cette situation aide à rapidement faire son choix.

Surtout, quand les troupes d’en face viennent fiche la pagaille.


À plonger dans les petites histoires de la grande Histoire, on se retrouve rapidement dans un Paris un peu fantasmé, avec une touche d’authenticité, pour raconter comment un simple provincial se retrouve embarqué dans une affaire qui le dépasse de loin. Avec un graphisme peu chargé, et des personnages plutôt filiformes, le trait évoque pourtant bien un Paris ancien, aux visages pleins de vie, presque insouciants de l’histoire en marche. Et qui donnent à l’ensemble des dessins une expressivité forte : joie, peine, tension, en deux cases, le ton est donné…

Quadrants publie ici un beau titre, sans nostalgie passéiste, sans réécriture de l’histoire, simplement la petite mise dans la grande, avec une sobriété qui bascule d’une catégorie sociale à l’autre. C’est avant tout la couleur qui marque : pas de teinte franche, toujours des couleurs un peu passées, avec plusieurs déclinaisons, qui imposent autant d’ambiances et d’atmosphères.

Une bien belle histoire qui commence, et un héros attachant à force de maladresse… A découvrir.

Le recul du fusil t.1 ; les chambres - Jean-sébastien Bordas
Publié chez Quadrants
56 pages, 11,50 €
9782302011595

Le recul du fusil, neuf ou d'occasion



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