2020 année de la BD en France : dessinez l'affiche, la rémunération viendra

Nicolas Gary - 11.09.2019

Manga/BD/comics - Univers BD - bande dessinée 2020 - France BD concours - Franck Riester


Encore très discutée, l’année de la Bande dessinée — 2020 doit marquer en France une grande série d’événements liés au 9e Art — pose déjà ses marques. Évoqué dans le rapport que Pierre Lungheretti avait remis au ministère de la Culture, ce projet se concrétise… et commence presque demain.

Dédicace de Kamui Fujiwara - Dragon Quest (Ki-oon) à Japan Expo 2014
ActuaLitté, CC BY SA 2.0 (Kamui Fujiwara)


Organisée conjointement par le Centre national du livre (CNL) et la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image (CIBD), cette année de la BD a tout d’abord besoin d’une affiche. Pour la trouver, le ministère de la Culture propose un concours, ouvert jusqu’au 16 octobre. 
 
Ainsi, « tous les auteurs ayant publié entre un et cinq ouvrages de bande dessinée sont invités à participer à ce grand concours dont l’objectif est de faire émerger de nouveaux artistes et de leur permettre d’accéder à une visibilité nationale ». Mais que l’on se rassure, la visibilité, qui ne remplit pas les frigos, ne sera pas seule en jeu : trois dotations de 10.000, 5000 et 2000 € seront reversées aux gagnants. 

Le ou la lauréat. e sera connu et dévoilé au public, avec son visuel d’affiche, devenant le visuel officiel, au mois de novembre. Avec « une mise en lumière sans précédent de son travail », durant les 12 mois. Certes, mais peu nombreux seront les médias qui penseront à dire au bout de la 4e semaine que l’affiche a été réalisée par tel ou tel.

Pour participer au concours Jeunes talents, ce sera par ici

Attention : il est possible d’être auteur de BD numérique et de participer, mais il faut impérativement que ses albums soient disponibles dans les librairies indépendantes — l’autopublication Amazon ne sera donc pas acceptée.
 

Les dédicaces, un temps de rencontre à payer


L’année de la bande dessinée en 2020 devrait également donner l’occasion de régler un problème sérieux : celui de la dédicace durant les salons, un temps de rencontres, et d’échanges, certes, mais que les dessinateurs revendiquent également comme un moment de travail… appelant donc rémunération.

La demande appuyée, entre autres, par le SNAC BD depuis juin 2017, est de voir les auteurs rémunération à la présence. Et le rapport Lungheretti l’évoquait également — sachant que la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse préconise, depuis plusieurs années maintenant, cette rémunération pour les signatures.

Denis Bajram, président de la Ligue des auteurs professionnels, le rappelait à ActuaLitté : « Oui, l’auteur, nous dit-on, est mis au centre. Mais de fait, nous sommes à l’origine des œuvres. Cette année 2020 devrait servir de labo expérimental pour la rémunération à la présence. »

Et surtout ne pas accepter « l’idée toujours véhiculée que la présence de l’auteur n’ait pas de valeur stricte. D’ailleurs, même en signant et vendant des livres, la majorité du temps, il ne fait que rembourser son avance sur droit ». Les auteurs avaient d'ailleurs averti : si cette question n'est pas réglée, l'année de la BD pourrait bien être une année sans auteurs...

Du côté des instances, on nous répond que le sujet est toujours débattu : l’expérimentation oui, mais le cadre et le contexte sont importants. Le CNL et la Sofia auraient déjà fait connaître leur position – plaidant en faveur d’une rémunération sur la base des temps de rencontres. La balle est dans le camp du cabinet du ministre Franck Riester — lequel a voulu cette année 2020 de la BD. Difficile de comprendre comment son propre cabinet torpillerait de la sorte unévénement qui s’annonce prometteur.

D'ailleurs, on n'entend pas beaucoup l'enthousiasme des éditeurs – concernés de très près...


Commentaires
Pour répondre à la dernière phrase, les éditeurs indépendants n'ont visiblement pas du tout été associés à la démarche...



Et il aurait d'ailleurs été judicieux de construire un tel projet en tenant compte des réalités.

L'ouvrir sur un "Concours", qui consiste donc à faire travailler bénévolement des autrices et auteurs, bien souvent précaires, en agitant la carotte d'une récompense pour trois d'entre eux, est, au pire, une marque de mépris évidente ou, au mieux, une erreur de communication.



Comment peut-on d'un côté affirmer défendre la profession d'auteur et d'inaugurer cette année par une des pratiques qui dévalorise ce métier ?

Est-ce qu'on demande sur un salon de la gastronomie à des chefs cuisiniers de préparer des repas gratuits et de dire "on va en garder trois qui seront payés - mais on rappelle qu'on va aussi garder les droits sur les recettes et qu'ils ne pourront pas les refaire sans notre accord" ? Non.



Alors il faut faire pareil pour la BD.



Bon sang, il y a une profession déjà précaire, il faut la défendre au lieu de l'enfoncer !
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