48h BD : l'afflux en librairies, mais une offre d'albums décevante

Antoine Oury - 07.04.2013

Manga/BD/comics - Univers BD - 48h BD - BD gratuites - week-end


Durant tout le week-end, la BD s'était coupée en huit, pour proposer 100.000 exemplaires gratuitement dans 1000 points de vente en France. 48H BD, l'opération découlait de celle lancée aux États-Unis, la journée de comics gratuits. En sollicitant différents points de vente participants, on découvre que derrière l'excellente initiative, trop de ratés ont, sinon plombé, du moins fortement alourdi le projet.

 

 

 

 

Dans les boutiques où l'on distribue les bandes dessinées, inutile de souligner que l'opération est bien accueillie : les clients sont toujours de bonne humeur quand on leur propose du gratuit. La FNAC en profite même pour glisser, l'air de rien, l'habituelle campagne de séduction promouvant sa carte adhérents... Quitte à laisser penser que les deux sont liés. « La promo n'a été faite que le jour même, mais il faut dire qu'ils ont plutôt bien choisi leur jour, un vendredi et un samedi, en début de mois... Le magasin est alors bondé » souligne un employé d'une FNAC parisienne.

 

Qui n'en sait pas vraiment plus sur les rouages de l'opé : les commandes ont été assurées directement par le siège, qui a dispatché les exemplaires dans les différents magasins. L'employé note que l'incitation à l'achat n'a pas vraiment fonctionné, mais qu'il a croisé de nombreuses familles, des clients moins habitués au rayon BD. Dans la file vers la caisse, un client l'arrête pour lui demander quels titres sont encore dispo. Une trentaine d'exemplaires de chaque titre ont été reçus pour le magasin.

 

 

 

 

Chez BDnet Bastille, 184 albums ont été mis à la disposition des clients : « Hier matin, avant même l'ouverture, quatre personnes faisaient la queue devant la librairie spécialement pour l'opération », explique Laetitia, à la librairie depuis juillet 2009. Et si le matériel pub était plutôt réduit du côté de la FNAC, la librairie du réseau Canal BD semble bien plus fournie, « affiches, flyers et vitrophanie ». 

 

Ici aussi, on s'empare de l'opération : « Nous avons fait imprimer un marque-page avec le nom de la librairie et une mention "Cette BD est offerte par votre libraire dans le cadre des 48h de la BD" que nous donnions à tout les clients profitant de l'opération. »

 

L'objectif affiché des 48H BD reste la découverte du 9e Art à un public qui ne s'y intéresse guère ou ne se déplace pas en librairie pour s'y frotter : « La majorité des clients étaient familière avec l'univers de la BD, par contre beaucoup ont découvert la librairie, avec des articles découpés ou en nous disant qu'ils avaient entendu parler de ça à la radio [le responsable de la boutique est passé sur RTL le matin même]. Certains clients du quartier, mais qui ne viennent que très peu voire pas du tout à la librairie, en ont profité pour fournir leur cabinet médical ou leur centre documentaire », termine Laetitia dans son e-mail.

 

Au final, il reste à la librairie une vingtaine d'albums, dont un titre qui n'a visiblement pas été plébiscité. Ce qui les attend : « On va en mettre une partie au placard et une autre en accès rapide à la caisse pour nos clients chouchous », puisqu'aucune procédure de retour n'a été prévue.

 

Un catalogue discutable... et qui ne faisait pas envie

 

Depuis Annecy, Jean-Jacques Roby, fondateur du réseau BDfugue parle d'un « réel succès, puisque nous avons distribué l'ensemble des BD à notre disposition ». De ce point de vue, l'opération 48h BD a fonctionné. Mais s'il s'agissait de créer du flux dans les librairies, il aurait aussi été possible de proposer des dégustations de sodas. « Nous avons vu les gens qui passaient d'une librairie à l'autre, des pique-assiette qui venaient constituer leur stock... et aussi des gens venus pour chercher leur album, mais qui n'ont pas jeté un seul regard sur l'ensemble de nos tables. »

 

L'établissement d'Annecy est pourtant très espacé, ouvert et il est difficile de passer à côté d'une table et des BD qu'elle propose, à moins de se mettre des ornières. « Bien sûr, il y a des personnes que l'on n'avait jamais vues, mais dont on n'est pas certain qu'elles reviendront. » L'opération serait donc en demie teinte, voire, assez délavée, la faute, notamment, aux choix des BD offertes « tout à fait discutable », précise Jean-Jacques Roby.

 

L'absence notable de Delcourt, de Glénat ou des Humanos (et on en passe, et on en oublie, Futuropolis par exemple, et d'autres) a clairement nui à la diversité. « C'était une opération Media Participations avec Bamboo, dont les titres sont assez.. (la phrase ne s'achèvera pas). Et puis, il ne faut pas oublier que Ernest et Rebecca avait déjà fait l'objet d'une promotion voilà quelques mois, avec un acheté / un offert. C'est pareil pour Le tueur. En découvrant la sélection, on a vraiment eu le sentiment d'un recyclage. »

 

Comment séduire et faire revenir ?

 

Difficile d'aller chercher des lecteurs avec ces titres, et plus encore, difficile de ne pas se sentir comme un simple vendeur de séries. Des tomes 1, certes, mais « si c'est pour faire vendre les séries, l'opération vire à la plaisanterie commerciale ». Pour améliorer l'offre de l'an prochain, l'idée serait d'abord d'établir une liste plus riche, plus diversifiée, et pourquoi pas, de solliciter les librairies spécialistes de la BD.

 

Plus encore, Jean-Jacques Roby envisagerait une communication « centrée sur l'auteur, à découvrir avec un ouvrage unique : un album, un vrai roman graphique, sans suite ni rien. Uniquement pour faire découvrir, partager - et pour nous donner une matière plus riche à travailler avec nos clients. » En somme, ne pas refiler des séries anciennes, mais constituer une liste d'originaux plus susceptibles de donner envie...

 

Cette première édition 48h BD laissera donc un goût d'empressement, et de mauvaise communication. Plusieurs libraires ont reproché à Livres Hebdo de n'en avoir que très peu fait état, ou encore, déploré de n'avoir vu que de très rares relais dans la presse quotidienne régionale. « A Bordeaux, c'était L'Escale du livre, alors l'opération, je ne suis même pas certaine que l'on en ait entendu parler. Moi je n'ai rien vu », nous explique une libraire locale. Et bien entendu, l'absence des weblibrairies - qui vendent des livres papiers - a été plus que notable.

 

Manque de médiatisation, un catalogue à affiner, sinon à réviser complètement... l'idée reste séduisante, mais avant de concurrencer le succès américain, il va falloir travailler sérieusement.