Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

500 couvertures de comics, une époque où Hitler se faisait régulièrement démonter

Florent D. - 19.08.2017

Manga/BD/comics - Comics - Comics couvertures Hitler - nazisme Trump racisme - comics guerre mondiale


En cette période troublée, où les gouvernements vacillent quand la monnaie éternue, prise d’un petit rhume, il faut revenir aux bases. Depuis quelques mois, un ouvrage met du baume au cœur des Américains, et rend le sourire. Take That, Adolf !, réunit des centaines de couvertures de pulps et magazines, parus à une époque où l’ennemi était clairement identifié…



 

 

Ils s’appellent Jack Kirby, Joe Simon ou encore Alex Schomburg, et sont devenus depuis des stars dans le monde du comics. Entre 1941 et 1945, ils travaillaient alors dans la florissante industrie de la bande dessinée américaine. Et à cette période, Hitler figurait régulièrement sur les couvertures, et les super héros s’attaquaient régulièrement aux symboles de l’Allemagne nazie.

 

Une compilation totalement surréaliste de 500 couvertures, accompagnées de commentaires d’historiens et d’historiens du comics, a abouti à cet ouvrage, Take That, Adolf. 

 

De Superman à Daredevil, en passant par des héros américains exacerbant bel et bien un racisme à la papa, cet ouvrage pose un regard fascinant sur la manière, dont les dessinateurs, aujourd’hui célèbres, s'abreuvaient de l’actualité. Tous ont régalé des millions d’enfants avec leurs aventures excentriques – ajoutons Will Eisner à la liste, ou encore Lou Fine. 

 

Sur le front européen, dans les plaines et les campagnes, les marines, les GI, les superhéros se sont tous succédé pour renverser Adolf Hitler, voire se servir du dictateur allemand comme d’un punching-ball.

 

Hitler en titre, ça vend bien


Car bien avant que l’Axe du Mal ne soit une référence aux échanges entre Iran, Irak et Corée du Nord, dans la bouche de George W. Bush senior, ce dernier désignait Allemagne, Japon et Italie — et leurs alliés satellites. La Seconde Guerre mondiale battait son plein, la France était occupée, et au pays de l’oncle Sam, la propagande imaginait mille et une manières de libérer le Vieux Continent. 

 

Le tout avec une recommandation simple du rédacteur en chef : « Essaye de voir si tu peux mettre Hitler dans le titre, parce que nos études montrent cela se vend mieux. » Pas certain que le procédé ait ni vraiment changé ni que cette recette ne soit plus aujourd'hui valable...

 

Mark Fertig, qui avait supervisé cette publication sortie en mars, aura eu le nez creux. Après les événements de Charlottesville, les Américains semblent à la recherche de livres – ne jamais négliger la puissance sociétale du comics ! – pour répondre avec précision : qui sont les méchants, de nos jours ? Et cela, parce que les propos de Trump après Charlottesville ne sont pas acceptaibles. Quand le président des États-Unis considére que les torts sont partagés entre les suprémacistes blancs et leurs opposants, on peut être en perte de repères. 

 

Or, de cette compilation, on découvrira tout de même un fait simple : d’abord, c’est un véritable trésor historique en soi. Ensuite, Hitler est parvenu à faire plus de couvertures que le Joker ou Red Skull dans la période de l’âge du d’or du comics. Et puis, chaque héros des différentes écuries éditoriales s’est, un jour ou l’autre, mis en devoir d’aller combattre et de vaincre le nazisme : Captain Marvel, Green Lantern, Donald Duck, Batman et Robin, Bugs Bunny.

 



 

D'autre part, il faut se souvenir qu’historiquement, plusieurs dessinateurs, ou propriétaires mêmes de pulps étaient d’origine juive. Ce n’est donc pas un hasard que l’industrie du comics se soit changée en outil de propagande anti-nazis. La liste est longue chez les auteurs, mais leur créativité — et leur courage, malgré tout — reste à saluer. Parce qu’en s’emparant d’un sujet éminemment politique, en lui conférant une attention si particulière, il est probable qu'ils firent évoluer le comics bien plus qu’il ne l’aurait imaginé.

 

Victoire, mais un peu tard, pour un libraire qui assimilait Trump au nazisme


La place de la femme, de la super-héroïne du moins, aura même progressé à cette époque : Mlle Victory, Miss America, Pat Patriot, War Nurse (improbable nom) de même que Wonder Woman ont fait leur part du boulot. Chacune y est allée de son petit couplet patriotique, pour la liberté et le reste. 

 

Pourtant, ces couvertures démontrent également qu’une autre forme de racisme s’était instaurée : les noirs sont régulièrement représentés avec des traits caricaturaux, changés en empotés et incapables, fainéants. Les Japonais sont assimilés à des hybrides entre humains et rats — ô, ironie si l'on pense à Maus, d'Art Spiegelman ! — et plus généralement, une indistinction des peuples asiatiques, présentés comme des monstres jaunes, aux crocs acérés…
 

Un livre de coloriages retiré des rayons... à cause d'un dessin d'Hitler


L’anti-nazisme y aussi inspirant que les marques de racisme sont écœurantes, mais à cette époque, on ne fait pas vraiment dans la dentelle. N’oublions pas non plus qu’à la fin des années 40, quand Simon et Kirby inventent le Captain America qui démonte la mâchoire d'Hitler (illustration au début de l'article) , ils reçurent des menaces et des courriers de haine… issus de groupe pro-nazis. Au point que la police dut être sollicitée pour assurer leur sécurité. 


Le livre est publié par Fantagraphics, disponible en France à l'import.
 

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