À Francfort, les éditeurs BD refusent la ségrégation de la Foire

Nicolas Gary - 19.03.2014

Manga/BD/comics - Univers BD - Foire de Francfort - Comic-Zentrum - éditeurs de BD


La foire du livre de Leipzig disposait d'une grande scène articulée autour de l'univers de la BD, avec notamment la première convention Comic et du manga à foison. Des espaces dédiés aux bulles, dont les éditeurs BD ne veulent plus entendre parler pour la Foire du livre de Francfort. Révolte dans le Neuvième Art : le Comic-Zentrum, qui réunissait tous les éditeurs BD n'existera pas cette année, contraignant les organisateurs à une refonte des projets d'aménagement.

 

 

Frankfurt Book Fair 2013

Le Stand Hachette pour Astérix, à Francfort

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Les raisons qu'évoquent les éditeurs sont simples : ils souhaitent que leurs publications soient rapprochées désormais des mondes jeunesse, ou même des livres d'art. Mais plus question de se retrouver dans un coin de la Foire, dans un espace qui ne réunirait que les mondes de la bande dessinée. Et à ce titre, certaines maisons ont même décidé d'annuler leur présence. Ce sera, par exemple, le cas de Panini Verlag.

 

Là encore, on comprend aisément les motivations : plutôt que de prendre un stand, il est plus simple de convier les personnes que l'on souhaite rencontrer dans un hôtel à proximité de la Foire, et d'effectuer, raconte-t-on, des économies sur des montants dépensés, à six chiffres. 

 

Alexander Bubenheimer, directeur des ventes de Panini, assure que les invitations dans les lieux de rencontre autour de la Foire se font sur ce modèle, dans la ville de Bologne, depuis 2006, et que cela fonctionne très bien. « À Francfort, nous économisons 80 % des coûts actuels et nous avons une zone beaucoup plus grande pour nos produits que les 80 mètres carrés de la Foire. »

 

Des économies qui peuvent être réinvesties dans des campagnes publicitaires, note-t-il.

 

Katja Boehne, porte-parole de la Foire, assure que la manifestation ne supprime pas la dimension bande dessinée, mais cherchera au contraire à accentuer la dimension internationale de ses échanges, et la visibilité de ses exposants.  

 

Historiquement, le Comic-Zentrum avait fait son apparition voilà 13 ans dans le Hall 3.0, et comptait parmi les attractions pleinement légitimes de la Foire. Il ne devait pourtant avoir une durée de vie que de trois ans, pour soutenir un genre éditorial peu, ou mal compris, dans le pays. Mais le succès croissant et la confiance que les auteurs et les éditeurs lui ont accordée en ont fait, finalement, un espace incontournable. 

 

Les littératures jeunesse et « jeunes adultes » seront d'ailleurs mises à l'honneur au travers du Frankfurt Book Fair Fellowship Programme, un moment central dans les quelques jours de la Foire du Livre. Chaque année, la Foire invite 16 professionnels de l'édition, à l'international, pour évoquer un sujet commun depuis plusieurs angles. Auteurs, éditeurs, agents littéraires et gestionnaires de droits seront entre autres au rendez-vous.

 

On comprend donc bien mieux bien le positionnement qui vise à intégrer le monde de la BD dans celui de la jeunesse, ou plus spécifiquement, du Young Adult. Surtout que le nombre d'exposants avait déjà commencé à diminuer ces derniers temps. Maintenant que la bande dessinée est reconnue comme un genre sérieux à part entière, voilà que, paradoxalement, il n'a plus besoin de la Foire… et des investissements associés au Comic-Zentrum.

 

Qui a dit ‘Ingrats' ?