A-t-on encore besoin de super-héros ?

Clément Solym - 03.08.2012

Manga/BD/comics - Comics - comics - the dark knight rises - super-héros


Qu'en est-il des super-héros de nos jours ? Sont-ils toujours à la pointe de notre société « si innovante », inatteignables, superbes ? Ou cette dernière les rattrape-t-elle ?

 

 

 

 

Quand les super-héros ont été inventés dans les années 50, ils ont toujours été au sommet de la société : soit parce qu'ils nous sauvaient de quelque chose qui menaçait ladite société toute entière, soit parce qu'ils étaient dans des domaines qui étaient alors le comble de la modernité --  Superman, l'extraterrestre de Krypton, c'est l'espace ; tandis que les X-men représentent la fascination pour la génétique et le corps humain.  Pour ces derniers, c'est aussi une question raciale qui imprègne avec violence la société américaine de Martin Luter King jusqu'aux émeutes de Los Angeles (1994) : les X-men se retrouvent discriminés, la société a peur d'eux et les rejettent. On observe alors deux attitudes chez les mutants, ceux qui veulent tout faire pour se faire accepter puisqu'ils se considèrent encore comme des humains, et les autres qui pensent qu'ils ne sont plus des hommes, mais déjà une race supérieure. Les questions sociales sont posées et évidentes : jusqu'à quel point les mutants, regroupés en communauté, peuvent-ils rester entre eux et en même temps faire partie d'une société ? Jusqu'à quel point peut-on rester uniquement avec des gens qui nous ressemblent sans attirer la haine des autres ? Brefs, des situations attirant les sujets pointus qui touchent une époque, et qui les rendent excessifs.

 

It's a Bird… It's a Plane… It's Superman !

 

La prédiction de Joe Shuster, co-créateur de Superman dans la première édition du comic qui porte son nom, en 1939 : « Ce n'est pas tiré par les cheveux de prévoir qu'un jour notre monde sera peuplé de supermen, prête à sourire lorsque prise en son sens littéral, mais donne à réfléchir avec les progrès récents de médecine et de la génétique.

 

Pourtant, les films de super-héros cartonnent toujours et les gens sont encore intéressés par leurs univers. Aujourd'hui, les super-héros sont partout et ont envahi toute forme de support : étagère, grand écran, petit écran, Xbox. Les blockbusters comme The Avenger et The Dark Knight Rises assurent des démarrages records et une place confortable aux super-héros de Marvel et DC. Cette année 2012, voit aussi la sortie du reboot The Amazing Spiderman, après trois films évolutifs et une histoire complexe - une manière efficace, et un peu grossière, de relancer une recette à succès avant la rétrocession des droits sur le personnage par Sony, désormais l'affaire de quelques années. Surtout que nous sommes dans un système de production qui favorise le « zéro risque », auquel se prêtent à merveille les superhéros, à leur détriment : histoire manichéenne, simple, où les frontières sont toujours bien tracées, où tout est caricatural.

 

Yes we can !

 

Le créateur de Superman voulait que son héros soit une synthèse magnifique de toutes les figures mythiques (Samson, Hercule, etc.). De nos jours, il n'y a plus ce même intérêt à ce que soit un surhomme. On lui préfère ce côté « intellectuel coincé » qui, dans certaines situations, se transcende. D'ailleurs, dans tous les films modernes depuis Alan Moore et Frank Miller (qui reprirent la plupart des superhéros et retransformèrent le genre en rendant les personnages plus torturés et noirs), se pose la question, pour le super-héros, du « qui suis-je » ?

 

Batman, en 1950

 

Batman, en 2008

 

Pour expliquer ce phénomène, Umberto Eco, qui a écrit des essais sur le sujet, pense que les héros sont les figures mythiques contemporaines. Nous sommes ancrés dans une société de machines, l'homme se sent impuissant face à elles et crée ainsi des personnages qui n'ont pas besoin d'elles pour se sentir tout puissant. Une pensée néanmoins qui nécessite d'être revisitée sur certains points si on pense, certes à Superman qui saute d'immeuble à immeuble, à Flash qui court à la vitesse de la lumière, mais beaucoup moins à Iron Man et Batman qui se servent énormément de machines pour compenser leurs faiblesses. D'ailleurs, les super-héros ne sont pas les seuls mythes contemporains qui ont été créés… n'oublions ni les vampires, ni les loups garous. Et les superhéros sont bien plus imbriqués que cela dans notre société, qu'une seule lecture symbolique le suggère.

 

Pour revenir un peu sur l'histoire, en 1962, Stan Lee créé Spiderman - le premier héros adolescent. Pour la première fois, le héros est autant concentré sur le fait de rester un héros que sur les tenants de sa fonction. « Avec un grand pouvoir viennent de grandes responsabilités », disait l'oncle de Parker avant de mourir. A ce moment, les super-héros prennent aussi bien du muscle (et même très peu pour Peter Parker) et de l'esprit.

 

Dans les années 90, une vague de super-héros colorés et clownesques sous-exploite cette volonté de profondeur existentielle qu'un bon super-héros se doit désormais d'acquérir. L'aspect hallucinatoire cachait mal le vide existentiel qui marquait ces personnages surtout spectaculaires et visuels.

 

Après le 11 septembre 2001, c'est l'engouement pour les faux super-héros au cinéma : apparaissent des enfants qui veulent changer la société en s'habillant en costume (Kick-Ass) ou les films de ninjas. Ce sont des hommes qui sont très forts, surhumains, mais qui n'ont pas de pouvoir. Sur la même veine, des shows télés attirent l'attention en mettant en avant des gens surdoués ou surpuissants, qui tractent des bulldozers ou des avions à la force des bras, découpent des briques avec leur poing... Les pouvoirs humains ont pris de plus en plus d'importance dans la réalité… On notera l'humour du Telegraph : « Je ne peux pas faire fondre votre glace avec ma vision laser mais avec un peu d'aide de Google, Microsoft ou Apple je peux voir votre maison depuis l'autre côté de la planète, rassembler des données sur l'histoire humaine en quelques secondes, ou traduire n'importe quelle langue du monde entier ».

 

Etrangement, les super héros se sont adaptés depuis longtemps à ces technologies modernes (comme les puces électroniques qui laissent rêver de futurs pouvoirs télékinésiques pour tous) qui les rattrapent. Iron Man devient donc un cupide cynique qui lutte pour s'adapter aux exigences altruistes qui résultent de sa propre invention qui le rend tout puissant. Batman, le premier héros technologique, est maintenant un oligarque qui lutte non seulement contre son interdit de tuer mais aussi contre l'espionnage technologique envers sa propre compagnie. Voilà des remises au goût du jour qui créent des inflexions sur les personnages qui ne peuvent que prendre l'esprit d'une époque.

 

Alors, toujours à la pointe les superhéros en collants et latex ? On peut craindre pour la peau de Superman et de certains de ses consorts qui ne sont plus assez humains pour notre société, qui aime quand même se reconnaître un peu - ego quand tu nous tiens… Alors, oui les super-héros veillent, mais ils ne semblent plus aussi extraordinaires qu'avant, même s'ils restent – heureusement - impressionnants.