Alex Varenne : dans l'érotisme, “trouver une mystique des couleurs”

La rédaction - 24.10.2016

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Strip Art est un évènement inédit qui présentera des peintures où Alex Varenne met en scène des héroïnes fascinantes dont les univers font appel à la calligraphie chinoise ou japonaise. Dans ses tableaux, la femme est magnifiée avec un regard émerveillé sur la plastique des corps. La femme n’est plus un objet sexuel, mais une icône.

 

Propos recueillis par Frédéric Bosser

 

Alex Varenne

 

 

Pensez-vous sublimer les femmes en les peignant ?

 

Alex Varenne : Cela serait prétentieux. J’essaie d’enlever les détails trop réalistes. Il faut qu’il y ait une certaine perfection pour que la femme devienne une déesse, un peu comme Botticelli quand il dessine sa Vénus sortant des eaux. Il y a sûrement une recherche de la beauté absolue et certains de mes tableaux peuvent m’étonner. C’est une autre femme que le modèle qui se matérialise sur la toile. J’utilise la beauté du modèle pour créer l’image d’une autre femme, une image sacrée... 

 

Quelles formes d’art érotique vous intéressent ?

 

Alex Varenne : Érotique vient d’Eros qui est peut-être le seul Dieu encore en activité. C’est pour cela que je considère l’art érotique comme un art sacré. Le Louvre avec ses tableaux de Delacroix, Ingres, Rembrandt ou Titien montre bien plus de femmes nues que les galeries contemporaines parisiennes. Je pense que l’art érotique le plus intéressant est celui de l’Extrême-Orient, en particulier celui du Japon.

 

Comme le sexe est mis au centre de leur philosophie, leur approche de la sexualité est bien plus saine que la nôtre. J’ai découvert cet art au travers des estampes d’Utamoro, Hokusaï et Hiroshigé. Ce fut une véritable révélation tant au plan artistique que plastique. Il existe chez eux une grande maîtrise de la ligne et du signe. 

 

Pourquoi l’utilisation des fleurs dans vos tableaux ?

 

Alex Varenne : La fleur est la séduction de la plante et les insectes s’y laissent prendre. Se forme alors le fruit qui contient le noyau matrice de tous les gênes, d’où va germer une nouvelle plante. L’analogie avec la femme est évidente autant par les fonctions que par les formes. Ces associations sont intéressantes pour comprendre la genèse secrète des formes. Quant à l’homme il est en fait, qu’un bourdon qui s’en va butiner, mais il est programmé pour ça. 

 

Comment vous vient le choix des couleurs, est-ce instinctif ?

 

Alex Varenne : J’utilise le plus possible les couleurs pures et primaires : le bleu symbolise la mer, le ciel, l’infini, le néant. Le jaune est une couleur apollinienne, c’est l’énergie, le soleil et le rouge représente le sang alors il faut le manier avec précaution. J’essaie de trouver une mystique des couleurs. Les mélanges des couleurs conviennent mieux pour une représentation réaliste, impressionniste ou atmosphérique. 

 

On note l’apparition de femmes enceintes dans votre travail. Est-ce le hasard d’une rencontre avec une femme portant un enfant ou une vraie recherche ?

 

Alex Varenne : Toutes les fonctions de la femme m’intéressent et la maternité est une des plus importantes. Quand je la peins, j’ai toujours l’idée d’en faire une déesse de la fécondité. Les femmes enceintes me troublent, car on retrouve le mystère de la vie. 

 

Pouvons-nous revenir sur ce tableau représentant cette femme, les entrailles ouvertes ?

 

Alex Varenne : J’ai eu cette idée avant de voir les reproductions de ce sculpteur de XVIIe siècle, Clémente Susini, pour le cabinet anatomique des Médicis à Florence. Ces « Vénus démontables » dont parle Sade m’ont vraiment secoué. Cet artiste passe la barrière de la chair pour voir ce qu’il y a à l’intérieur.

 

Strip Art d’Alex Varenne une exposition de peintures du 8 novembre au 4 décembre 2016

 

 

Peut-être qu’à cette époque il cherchait l’âme dans les viscères ? J’ai d’une certaine manière cette démarche, car je cherche aussi ce qu’il y a derrière l’apparence. Il a osé faire éclater la chair dans une démarche anatomique. On ne trouve pas l’âme d’une femme en l’éventrant c’est la sienne que l’on cherche... 

 

Avez-vous peur de retomber un jour dans l’abstraction pure à « la Mondrian » ?

 

Alex Varenne : Mondrian disait que la verticale est le principe masculin et l’horizontal, le principe féminin. Vous voyez qu’ainsi on peut mettre du sexuel dans l’angle droit. Pour ma part je pense que je ne serai plus jamais un abstrait pur.

 

L’abstraction est sous-jacente dans ma peinture et puis quand on a comme thème « la Femme » on peut difficilement aller complètement dans cette direction. De plus il n’est pas dans mes préoccupations actuelles de « déconstruire » la femme comme on put le faire en leurs temps Picasso ou De Kooning. 

 

Exposition Strip Art d'Alex Varenne : des femmes, devenues icônes


Pour approfondir

Editeur : Zanpano
Genre : bandes dessinees...
Total pages : 48
Traducteur :
ISBN : 9782915757385

Tondi

de Alex Varenne(Auteur)

Depuis plus de quarante ans, Alex Varenne est considéré comme l'un des artistes majeurs de la représentation érotique à travers ses nombreux livres et expositions.

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