Algérie : les mangas locaux rencontrent le succès

Julien Helmlinger - 20.09.2013

Manga/BD/comics - Univers Manga - Manga - Algérie - Z-Link


Salim Brahimi, fondateur de Z-Link, première maison d'édition dans le registre DZ manga, pendant algérien du roman graphique japonais, est fier de sa « marque de fabrique ». Il publie des bandes dessinées s'inscrivant dans la lignée de l'art du pays du soleil levant tout en s'enracinant dans le quotidien algérien. Tandis que le monde arabe a tendance à lire des oeuvres importées, le DZ manga fait un carton auprès de la jeunesse.

 

 

 

 

 

Comme le rapporte l'AFP, cette offre émergente en Algérie est diffusée en français, mais aussi en arabe dialectal et bientôt en berbère, et ces mangas se vendraient comme des petits pains (chocolatines pour ne pas heurter nos amis du sud-ouest). En marge du 4e festival Lire en fête qui se tenait début septembre à Tizi Ouzou, quelque cent kilomètres à l'est d'Alger, le représentant de la maison Z-Link, Kamal Bahloul a déclaré : « Du dessin au scénario, tout est 100% algérien. Nous tirons 3.000 exemplaires par titre. En 2008, 40 % du tirage était écoulé contre 70 % aujourd'hui. »

 

Le catalogue de ce genre, apparu en 2007, se compose désormais d'une dizaine de titres. La société qui a débuté avec deux associés comporte désormais une petite trentaine de salariés, pour une croissance annuelle moyenne estimée à 5 %. Le courant a notamment été représenté au prestigieux festival international de la BD d'Angoulême, en janvier 2013, ainsi qu'à la Comédie du livre de Montpellier en juin dernier.

 

Afin d'encourager les jeunes mangaka, la maison publie des extraits de leurs oeuvres dans son mensuel dédié aux mangas et aux jeux vidéo, Laabstore. Depuis son lancement en 2008, celui-ci remporte un franc succès en librairie. En 5 ans, ils sont passés de 2000 à 10.000 exemplaires vendus.


On retrouve les ingrédients classiques du genre, avec sa dose d'humour, des intrigues à suspens et autres dessins en noir et blanc et aux visages démesurés. On lit le DZ manga de droite à gauche, à la japonaise, mais la différence résiderait dans les scénarios.


Pour Sid Ali Oudjiane, 28 ans, et déjà trois fois lauréates de prix nationaux avec son titre Victory Road, « les histoires que l'on traite sont des scènes typiquement algériennes ». Un registre touche à tout, qui permet d'évoquer la société, l'Histoire, ou la politique. Ainsi, Samy Kun, oeuvre de Yacine Haddad, traite notamment d'un élu impliqué dans les problèmes du Sahara algérien.


En outre, bien qu'ils soient ouvertement inspirés par l'art japonais, certains auteurs comme Amir Cheriti, auteur de Roda, cherchent à algérianiser le dessin pour plus de personnalité. Si pour l'heure les artistes du DZ manga peinent encore à faire de leur passion un véritable gagne pain, il commence à bénéficier d'une certaine visibilité hors des frontières nationales.

 

Ainsi, le musée international du manga de Kyoto aurait présenté des oeuvres algériennes au Japon, pour exposition, mais aussi pour les étudier, comme l'affirme Salim Brahimi. De même que l'université de Philadelphie aux États-Unis. Pour la maison Z-LInk, nous n'en sommes qu'aux balbutiements et l'objectif affiché est de pénétrer les bibliothèques de tous les jeunes Algériens dans les trente ans à venir.