Angoulême : la Cité de la BD sans directeur

Nicolas Gary - 06.06.2014

Manga/BD/comics - Univers BD - CIBDI - FIBD - Gilles Ciment


Après plusieurs mois d'incertitude et de difficultés administratives, le directeur de la Cité Internationale de la BD et de l'Image d'Angoulême, Gilles Ciment, ne sera finalement pas reconduit à son poste. Ce dernier, qui avait pourtant été confirmé l'an passé sous certaines réserves, n'a pas souhaité nous apporter de précisions. Selon la Charente Libre, le président du Conseil général de Charente lui aurait signifié son départ par courrier.

 

 

Cité de la BD d'Angoulême

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La situation du directeur était liée à un nouveau projet, qu'il avait présenté mi-juillet, mais sa reconduction à la tête de la CIBDI était liée à une série de contraintes particulières. Après avoir mené la barque de l'établissement, depuis 2007, Gilles Ciment avait poursuivi sa mission au travers de deux contrats de trois années. 

 

Selon certaines sources proches du dossier, l'un des enjeux viendrait des difficultés de communication et de relations parfois conflictuelles entre la Cité et la direction du Festival International de la BD.  « Il y avait des difficultés à mettre en place des rencontres entre l'établissement public, et la société privée qui se charge de l'organisation du Festival », nous précise-t-on. 

 

Le président du Conseil régional, Michel Boutant, a tout de même salué les efforts et le travail accompli par Gilles Ciment, assurant que son bilan était bon, et que la ville aurait du mal à trouver un remplaçant. Il évoque d'ailleurs, pour le successeur, le besoin de trouver « une perle rare, qui gérera aussi bien que Gilles , parce qu'il n'a pas démérité, mais qui saura travailler en bonne intelligence avec 9e Art + ». On rit, ici et là, sous cape, en se disant que la difficulté réelle serait moins de trouver un interlocuteur pour discuter avec le FIBD, que de parvenir à travailler avec ses organisateurs.

  

Le président du Conseil avoue d'ailleurs que les relations entre le FIBD et l'ancien directeur sont en cause. Dans la Charente Libre, il reconnaît : « J'ai espéré que Gilles Ciment finirait par arriver à travailler avec 9e Art +. » Selon certains, ce n'est pas faute d'avoir essayé, mais les organisateurs du FIBD auraient été prompts à ne pas se montrer trop coopératifs. Finalement, ce n'est pas même le projet de l'ancien directeur qui sera mis en cause par Michel Boutant, mais un problème de motivation. « Je sentais qu'il n'y avait aucune conviction », explique-t-il, après avoir pris connaissance du projet. Lequel, selon lui, « reprenait mot pour mot ce qui avait été mis en place par Bernard Rigaud [Directeur général des services du conseil général] et 9E Art + ». 

 

En effet, pour des problèmes de santé, Gilles Ciment avait dû quitter son poste, temporairement.  Et Bernard Rigaud avait assuré l'intérim, qu'il reprendra le temps qu'un nouveau directeur soit mis en place. On peut d'ailleurs constater, dans ce document ci-dessous, la délibération de juillet 2013, sur la reconduction du directeur. Le projet d'établissement y est joint, et contient bien deux pages sur les collaborations souhaitables avec le festival.

 

 

 

Rendez-vous fin juin pour le recrutement



Il semble également qu'au cours de la campagne municipale, le changement de mairie aurait également donné lieu à des discussions assez vives autour de ces deux pôles culturels dans la ville d'Angoulême. L'élection de Xavier Bonnefont, UMP, remplaçant la mairie PS, en place depuis 2008, n'aurait pas été sans incidences.  

 

Pour sa part, Sébastien Doumic, fondateur de OUAT Entertainement, boîte de jeu vidéo d'Angoulême, est intervenu publiquement pour apporter son soutien à Gilles Ciment. 

 

Gilles Ciment a donné une ampleur à la Cité que nous peinerons à, ne serait-ce que, prolonger. Le combat de 'trop', celui sur lequel Gilles Ciment tombe, consistait à rendre à la Ville le Festival de la BD dont elle n'est plus que le contributeur financier et l'usufruitière. Le hold-up commis par la société parisienne à laquelle les pouvoirs publics ont imprudemment confié la gestion du Festival se solde par le départ de Gilles. Nous commettons ainsi une faute culturelle, politique et économique. Je dis 'nous', car par notre silence, nous sommes tous complices des élus et des personnalités qui l'ont évincé. Après le départ de Jean-Louis Menanteau, on mesurera bientôt que celui de Gilles constitue une seconde et grave erreur. Ce n'est pas pour l'avenir de Gilles que je me fais du souci : il trouvera la confiance et la reconnaissance qu'il mérite ailleurs. Non, c'est pour la Ville d'Angoulême, son rayonnement culturel, ses Festival que je m'inquiète. A la nouvelle municipalité de peser de tout son poids, et de s'emparer de ce sujet majeur avec ambition et modestie.

 

Les problèmes entre les deux structures ont été largement évoqués dans la presse.  Fin novembre dernier, on apprenait en effet que la CIBDI et le FIBD voyaient leurs subventions diminuées, et que, dans le même temps, les organisateurs du Festival, société privée, faisaient pression sur la Cité, organisme public. 

 

Selon les dernières informations, le recrutement devrait débuter à compter du 20 juin, et c'est en s'appuyant sur la lettre de mission originellement fournie à Gilles Ciment que le candidat sera recruté. La lettre de mission devait être portée au contrat de l'ancien directeur, qui avait pourtant remis le nouveau programme selon les conditions qui lui étaient imposées.