“Angoulême, la renaissance” : un projet commun autour du festival de BD

Joséphine Leroy - 02.06.2016

Manga/BD/comics - Univers BD - Angoulême festival FIBD - Angoulême BD médiateur - auteurs BD projet


Le festival d’Angoulême s’essouffle et certains, inquiets, tentent de le redresser coûte que coûte. En 2016, le festival a fait parler de lui, en mal. Les polémiques concernant l’absence des femmes dans les présélections du Grand Prix et une cérémonie de clôture qui avait laissé à certains un goût amer, mais surtout la menace de boycott des éditeurs avaient achevé une 43e édition assez catastrophique. Patrick Mardikian, fils du co-créateur du FIBD, a proposé à Jacques Renard, le médiateur nommé par le ministère de la Culture, le projet « Angoulême, la renaissance ». La renaissance après la chute ? 

 

le personnage de BD Corto Maltesse (Angoulême,FR16)

(jean-louis Zimmermann / CC BY 2.0)

 

 

Cela ne fait pas 4000 ans que le Festival de la BD d’Angoulême tombe dans l’abîme, mais la chute est longue. C’est maintenant qu’intervient Patrick Mardikian, fils du cocréateur du FIBD, qui veut sauver les meubles en réunissant auteurs et spécialistes autour du projet « Angoulême, la renaissance ». « Nous communiquerons dans les prochains jours », fait savoir Patrick Mardikian, tout en confirmant que l’initiative est bel et bien en marche.

 

Mais c’est avant tout un projet collectif, porté par sept Grand Prix comme des spécialistes de la BD : Florence Cestac, André Juillard, Frank Margerin, Régis Loisel, François Boucq, Martin Veyron et François Schuiten sont les sept auteurs qui viennent apporter leur aide pour le redressement du Festival. Non loin d’eux, le critique britannique Paul Gravett et le scénariste Benoît Peeters, comme les spécialistes Laurent Mélikian et Philippe Touboul s’engagent dans le projet. 

 

Le sérieux des sélections, la festivité de l’événement

 

Le plan de sauvetage, qui repose sur l’idée de « bâtir une nouvelle stratégie », comprend 14 points et il a été présenté au médiateur ainsi qu’aux financeurs publics. Ils le rendront public mardi prochain, mais Sud Ouest et Charente Libre se sont procurés le document avant qu’il ne sorte. Selon ces derniers, donc, les signataires adoptent un ton féroce. 

 

Et si 9e Art+ et l’Association du festival n’apparaissent pas dans ledit document, les auteurs, critiques et spécialistes sont clairs : il faudrait, autant que faire se peut, les éloigner du festival et créer un « groupe de travail » dans lequel collaboreraient des « représentants des éditeurs, des auteurs, de l’Académie des Grands Prix, de la Cité, de spécialistes de la BD et de l’événementiel culturel ». Il faut tout changer, à commencer par la gouvernance, et il devient nécessaire d’« acter de nouvelles ambitions » pour le festival.  

 

« Depuis plusieurs années, l’association FIBD est corsetée par une société [9eArt+, NdR] qui concentre tous les pouvoirs et compte prolonger son action pour une durée anormalement longue », lit-on dans le préambule du document. Les « consternantes dérives de l’édition 2016 ont sérieusement entaché l’image du festival » et « la rupture de confiance est désormais consommée entre cette organisation et les éditeurs, les auteurs, les partenaires privés, les collectivités locales, une bonne part de la presse et les amateurs du monde entier ». 

 

Parmi les propositions marquantes, celle de « revitaliser l’Académie des Grands Prix », qui fait de moins en moins autorité dans le milieu de la BD. Pour les signataires, ces personnalités devraient être « mieux impliquées dans la programmation » et adopter le rôle d’« ambassadeurs dans les plus grands festivals » du monde. À ce titre, il faut impulser un nouveau souffle au festival et retrouver « l’esprit festif », « priorité » pour les signataires du document, afin qu’il « redevienne une vraie fête populaire ». Le festival ne doit plus être « posé dans la ville », mais se montrer « plus visible ». Pour ce faire, une idée : mettre en place une « collaboration avec les acteurs locaux : les associations, commerçants, entreprises », pour retrouver les « liens perdus avec les citoyens ». 

 

Dans le détail, les signataires préconisent : 

  • - une plus grande place donnée aux jeunes, avec un espace consacré aux lecteurs  « d’aujourd’hui et de demain », autrement dit un « vrai palais de la jeunesse », éloigné des suspicions d’élitisme dont a pu souffrir le festival. 
  • -  de remettre au centre la création, parce que « les auteurs sont devenus les grands oubliés du festival », avec la création d’une « artist alley » et le retour d’un « bar des auteurs » pour « redonner plus de spontanéité et de la simplicité aux dédicaces » (la création d’une « une soirée des auteurs » serait également envisagée). 
  • - de rehausser l’image des lauréats du festival qui passent souvent « inaperçus » et d’ainsi faire du Prix du meilleur album le prix le plus prestigieux du festival (et éventuellement la remise d’un « prix de l’humour » et d’un « prix de la première œuvre ». 
  • - d’ « organiser des événements Angoulême, hors Angoulême », pour perpétuer le festival (les auteurs proposent notamment que la remise de prix soit proposée « au Salon du livre de Paris », mais aussi un « vrai partenariat avec Bruxelles », jusqu’à peut-être relier les villes en un « réseau des villes BD » avec Angoulême au centre)

 

L'hypothèse d'un Groupement d'Intérêt Public (GPI)

 

Jacques Renard doit rendre ses conclusions d’ici la fin du mois. En attendant, le médiateur envisagerait de constituer un GPI pour permettre la réalisation d’une mission d’intérêt général à but non lucratif. Il pourrait être composé de financeurs publics (l’État, par exemple) et de partenaires privés (éditeurs privés, organismes, association du FIBD...).

 

Cela aurait pour effet de diminuer considérablement le rôle de Franck Bondoux, délégué général de 9e Art+. Auquel cas la société, qui est en relation contractuelle avec le FIBD, pourrait néanmoins se tourner vers la justice. 

 

(via Sud Ouest, Charente Libre)