Angoulême : le Festival de la BD doit être repris en main

Joséphine Leroy - 12.05.2016

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Après le communiqué publié le 23 février provenant des éditeurs de bande dessinée au sujet de l’avenir du Festival International de la Bande Dessinée et la menace d’un boycott censé se traduire dans les faits pour la prochaine édition, un médiateur, Jacques Renard, avait été nommé par le ministère de la Culture. Mercredi 11 mai, une nouvelle étape a été franchie : le président du Département, le président du GrandAngoulême et le maire d’Angoulême se sont rencontrés, apparemment décidés à sauver pour de bon le festival. 

 

Xavier Bonnefont, maire d’Angoulême, Frank Bondoux, directeur du FIBD, Olivier Poivre d’Arvor.

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 


Étaient prévus à l’ordre du jour des rendez-vous individuels avec le médiateur Jacques Renard, nommé pour l’occasion. François Bonneau (président du Département), Jean-François Dauré (président de GrandAngoulême) et Xavier Bonnefont (le maire) devaient le rencontrer tour à tour. Mais les trois élus en ont décidé autrement et se sont rendus simultanément au rendez-vous. La nécessité l’exige puisqu’il faut redonner le pouvoir, selon eux, aux acteurs du territoire comme de la filière. La gouvernance doit être revue selon les élus : « Le festival doit s’orienter vers une gouvernance collégiale, associant les acteurs du territoire, dont les collectivités, les auteurs, les éditeurs », se sont-ils accordé. 

 

Pour le maire, Xavier Bonnefont, « le festival de la BD est à un virage. Il faut remettre à plat sa gouvernance ». François Bonneau, le président du département insiste, lui, sur l’idée d’une construction pérenne : « Il ne faut pas une réformette mais une vraie vision durable. » Le Festival d’Angoulême a trop d’importance pour qu’on le laisse se déliter, selon Jean-François Dauré : « On ne peut pas prendre le risque de perdre le festival. » 

 

C’est vers la société privée Neuvième Art+, dirigée par Franck Bondoux, que tous les regards se tournent, même si le maire d’Angoulême le dément : « Le sujet n’est pas Neuvième Art+, mais le festival. Les collectivités sollicitées tous les ans sont maîtres de leurs finances. Maîtres des appels à projets que l’on peut très bien passer avec la Cité de la BD, les écoles, Magelis et le festival off. » Pour Jean-François Dauré, « les cordons de la bourse, c’est en partie nous qui les tenons. Ce n’est pas un blocage juridique qui doit empêcher le festival d’évoluer ». François Bonneau s’avance dans la même perspective que celle de ses collègues temporaires : « On peut avoir juridiquement raison et culturellement tort. Si nous nous affichons ainsi tous les trois, c’est que les lignes vont bouger. » (via Charente Libre)

 

Une période de conflits autour du Festival 

 

Fin mars, le maire n’avait pourtant pas le même discours. Au moment où Franck Bondoux revenait sur l’organisation de l’édition à venir, Xavier Bonnefont avait déclenché une polémique en déclarant que « le festival de la BD ne [lui] conv[enait] plus », de même qu’il nétait plus raccord avec les Angoumoisins. Le discours du maire revenait sur la nécessité, pour la Ville, de faire des économies, le festival de la BD, Magelis et la Cité de la BD recevant 3 millions €.

 

Auparavant, il avait déjà coupé une partie de la subvention (40.000 €). La mairie avait alors directement pointé l’attitude de la société Neuvième Art+ : « La société considère-t-elle que les subventions sont renouvelées, chaque année, par tacite reconduction ? Qu’une attribution de subvention peut être effectuée sans présentation d’un projet et d’un budget ? » 

 

La réclamation d’une démission de Franck Bondoux revenait régulièrement. La ministre de la Culture, Audrey Azoulay, considérait qu’ill fallait que les parties se réapproprient Festival grâce à l’aide du ministère. « [U]ne volonté de changement et d’une aspiration à une véritable refondation, qui s’est naturellement tournée vers l’État, dont l’intervention et la médiation sont désormais demandées ». Ce fut chose faite, avec la nomination du médiateur Jacques Renard.

 

Un festival bordelais ? 

 

Parallèlement aux tensions qui gravitent autour du Festival, le maire de la cité girondine, Alain Juppé, a évoqué la possibilité de lancer dans sa ville un festival dédié à la BD. Son adjoint à la culture, Fabien Robert, avait reçu des professionnels pour une première rencontre. La mairie confirmait cette hypothèse et parlait d’une « manifestation de grande ampleur ». 

 

Plutôt que l’organisation d’un festival concurrent, l’idée d’un partenariat est privilégiée et la distinction avec le Festival d’Angoulême devait s’agencer comme une condition sine qua non. Jean-François Dauré, le président du GrandAngoulême avait lancé un avertissement. Angoulême doit préserver son attractivité, au-delà des projets envisagés à Toulouse ou à Bordeaux.