Angoulême : “Le secteur de la bande dessinée est fragile“ (Pellerin)

Nicolas Gary - 29.01.2016

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Venue inaugurer le festival de la BD d’Angoulême, la ministre de la Culture Fleur Pellerin a baigné dans une atmosphère conviviale, mais piquante. Pas vraiment l'acidulé de ces bonbons d'enfance. Demain sera présentée la grande étude réalisée par les Etats-Généraux de la BD : ses principales conclusions sont déjà connues de tous. Et vécues. « Le secteur de la bande dessinée est fragile », a reconnu la ministre, lors de sa visite.

 

Fleur Pellerin avec Katsuhiro Otomo, invité d'honneur 2016 et Grand prix 2015 © MCC

 

 

Avec ses quelque 1500 répondants, l’étude révèle largement les angoisses actuelles : 

• Des revenus médiocres : En 2014, 53 % des répondants ont un revenu inférieur au SMIC annuel brut, dont 36 % qui sont en dessous du seuil de pauvreté. Si l’on ne prend en compte que les femmes, 67 % ont un revenu inférieur au SMIC annuel brut et 50 % sont sous le seuil de pauvreté. 

• Un avenir incertain : 66 % des auteurs interrogés pensent que leur situation va se dégrader pendant les prochaines années. 

 

Et ce, dans un contexte d’autant plus lourd que la réforme de la retraite complémentaire s’est opérée sans que les artistes-auteurs n’aient eu le sentiment d’être vraiment écoutés. La hausse prévue des cotisations risque de paupériser plus encore les écrivains – pas simplement dans le secteur BD. « On a obtenu quelques concessions, mais pas énormes surtout vu la possibilité de tout remettre à plat », précisait l’un d’eux à ActuaLitté. 

 

« Le problème, c’est qu’il faudrait changer de métier. Le régime de salarié, ça leur convient mieux parce que c’est plus balisé. Auteur, c’est dérogatoire, avec des options et des particularismes – on représente un manque à gagner », poursuivait un dessinateur, présent au cours des négociations avec le ministère des Affaires sociales, de Marisol Touraine.

 

Lors de son passage dans les bulles, Fleur Pellerin, poursuit, citée par l’AFP : « Beaucoup d’auteurs de BD ont du mal à vivre de leur talent. [...] Pour moi, ministre de la Culture, il est absolument indispensable que nos artistes et nos créateurs puissent vivre et vivre correctement de leur talent. » Personne ne précisera que le talent n'a jamais fait vivre, en soi. Bref.

 

 


Alors évidemment, les propositions nouvelles que Fleur Pellerin a promises pour le salon du livre de Paris, chacun les attend. Or, ce que la rue de Valois ne peut évidemment pas avouer, c’est que pour le cas précis de la réforme retraite, les Affaires sociales ne lui ont laissé aucune marge de négociatin, ni de place dans la discussion. Les représentants qui étaient au plus proche des négociations savent que le ministère a été totalement écarté du sujet.

 

Savoir changer de métier, si l'on ne réussit pas

 

Eh oui, la liberté de création, de choisir son rythme a un contre-coût. L’année 2015 a d’ailleurs marqué un tournant dans l’ère de la surproduction : le rapport de Gilles Ratier indiquait qu’avec 5255 BD, le marché affichait un recul de 2,9 %. « Pour la deuxième fois en 17 ans, la production imprimée d’albums de bande dessinée connaît une légère baisse (- 2,9 %), sans pour autant descendre en dessous de la barre symbolique des 5 000 publications. » 

 

Et inutile de rappeler que voilà une vingtaine d’années, le nombre de titres ne dépassait pas 5 ou 600 exemplaires, rappelle-t-on. Annuellement...

 

 

 

Dans le même temps, le constat s’impose : les best-sellers tirent le secteur, alors même que leurs chiffres de tirage diminuent. Ainsi, « comme dans toutes les autres industries culturelles, seuls quelques titres réalisent l’essentiel du chiffre d’affaires dans ce secteur ».

 

Des auteurs à succès, comme Bastien Vives, qui rencontrait ce jour des lycéens, ont un discours clair sur le métier : « Vivre de la BD, ce n’est pas évident. Si ça marche, tant mieux pour vous, mais si ça ne marche pas, sachez que si vous aimez le dessin et avez la passion, il y a d’autres métiers que celui de dessinateur de BD. »

 

Dans le cadre de l’étude, on relevait également : 

• Un métier précaire : Les auteurs interrogés se définissent à 15 % comme amateurs, 53 % comme professionnels précaires, 32 % comme professionnels installés. 

• Une protection sociale faible : 88 % des professionnels interrogés n’ont jamais bénéficié d’un congé maladie. 81 % n’ont jamais bénéficié d’un congé maternité, paternité ou adoption.