Antonio Altarriba, un meurtrier récompensé, "Moi assassin"

Cécile Mazin - 12.12.2014

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« Enrique Rodriguez Ramirez est professeur d'Histoire de l'Art à l'université du Pays Basque (où Altarriba a enseigné la littérature française). À 53 ans, il est à l'apogée de sa carrière. » C'est dans cette ambiance que débute l'œuvre d'Antonio Altarriba et Keko, traduite par Alexandra Carrasco. Et que l'ACBD a récompensé du Grand Prix de la Critique 2015.

 

 

Les membres du jury ont choisi ce titre qui « brosse un portrait acide de l'Espagne contemporaine, notamment confrontée à la question basque, et porte une réflexion brillante sur la représentation de la beauté du monde », expliquent-ils. 

 

Il n'est pas surprenant que le scénariste espagnol Antonio Altarriba, 62 ans, soit aussi professeur de littérature française, essayiste, romancier et critique de bande dessinée. Associé au dessinateur Keko, de son vrai nom José Antonio Godoy Cazorla, de dix ans son cadet, Altarriba incarne le renouveau d'une bande dessinée espagnole exigeante qui multiplie les coups d'éclat depuis une demi-douzaine d'années. Le précédent ouvrage d'Antonio Altarriba, « L'Art de voler » (dessin de Kim, éditions Denoël Graphic) avait obtenu en 2010 le Prix national de la bande dessinée du ministère de la culture espagnol. 

 

Sur le point de devenir le chef de son champ de recherches, en proie aux rivalités académiques, il dirige un groupe d'étude intitulé : « Chair souffrante, la représentation du supplice dans la peinture occidentale. » Bruegel, Grünewald, Goya, Rops, Dix, Grosz, Ensor, Munch, Bacon sont ses compagnons de rêverie et la matière de son travail.

 

Mais sa vraie passion, dans laquelle il s'investit à plein temps, est plus radicale : l'assassinat considéré comme un des Beaux-Arts. Enrique profite des congrès, concours, jurys, pour commettre des meurtres sans mobile, sans autre visée qu'esthétique. Chacun constitue une performance, inspirée d'une technique picturale particulière. Ils jalonnent une impeccable carrière d'artiste-assassin jamais inquiété par les autorités.

 

Or, voici que cet homme au-dessus de tout soupçon se trouve impliqué dans le meurtre d'un de ses principaux rivaux, inspiré d'un des Caprichos, la suite de gravures de Goya. Meurtre qu'il n'a bien sûr pas commis. Une partie difficile s'engage pour le serial-killer, dont l'imposant cursus de 34 morts doit impérativement être protégé des curiosités de la loi...

 

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