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Artiste, créateur, auteur : concours toujours pour être payé

Clément Solym - 07.09.2017

Manga/BD/comics - Univers BD - appel concours artistes - rémunération projets Montpellier - école arts métier


C’est devenu la plaie du web et la croix des dessinateurs, artistes et auteurs plus largement. Les concours fleurissent, proposant un peu de visibilité en l’échange de contributions gratuites. La dernière en date dérange plus que d’ordinaire : elle émane d’une école...

 

Graffiti in abandoned building - Bucharest, Romania - Travel photography
Giuseppe Milo, CC BY 2.0

 

Certains se souviennent encore en souriant du concours lancé par Luc Besson pour la réalisation du film Valérian : 1000 $ à la clef pour le lauréat, et les autres avaient la chance de peut-être voir leur costume créé pour une scène du film. Les claques se perdaient...

 

« Ce n’est pas comme ça qu’on traite des illustrateurs et des designers ! Quand on veut faire travailler un artiste, on l’engage ! On lui fait un contrat ! Et on le paie normalement ! », s’étranglait à l’époque Joann Sfar. Malheureusement, les temps ne changent pas. 

 

Cette fois, c’est en effet le MoCo qui fait déborder le vase. Cet établissement basé à Montpellier regroupe une école d’art (ESBAMA) et deux lieux d’expositions institutionnels (la Panacée et bientôt l’Hôtel Montcalm, en cours de rénovation). Le MoCo a ainsi lancé un appel allant dans ce sens pour la conception de son identité visuelle – incluant logo et charte graphique.

 

Le MoCo, qui se présente comme « la première institution à maîtriser la filière professionnelle du monde de l’art depuis la formation jusqu’à l’exposition », pose pourtant des bases étranges. En effet, il exige des candidats qu’ils fournissent des éléments préalables, sans qu’aucune indemnité ni rémunération ne soit prévue, pour les candidats malheureux. (voir l'appel)

 

« En somme, c’est comme si un journaliste lors de son entretien d’embauche devait arriver avec une trentaine d’articles originaux, dont l’employeur ne ferait rien, et qui auraient été gratuitement rédigés », résume-t-on.

 

Le problème est que le critère d’évaluation principale « Force de proposition, esquisse, moodboard (40 %) » requiert du candidat qu’il fournisse des pistes graphiques et conceptuelles tangibles dans son dossier de candidature. Et ces dernières nécessitent un travail conséquent d’analyse et de recherche en amont. Sachant qu’il ne sera pas indemnisé, le candidat doit alors adapter son offre... et se faire une raison.

 

Une pétition, déjà bien suivie, demande que cette comédie cesse, et insiste : « Cet appel d’offres ne garantit ni l’égalité de traitement des candidats, ni la concurrence, ni le droit à une rémunération équitable, ni le respect du travail des auteurs d’arts visuels, ni la qualité du travail attendue par une commande publique ! »

 

Marcher sur la tête... avec le sourire ?

 

Le SNAC BD, joint par ActuaLitté, déplore une fois de plus que l’on se serve de ces appels à la concurrence, alors même que les règles ne sont pas justes. « Cela a fleuri avec internet, qui facilite ce type d’appel : mais on ne fustige pas l’outil, seulement ceux qui s’en servent abusivement. »

 

La mise en concurrence n’est en soi pas nouvelle, note d’ailleurs le SNAC BD. « Là où ça devient choquant, c’est qu’une école d’art, qui devrait être le premier lieu à ne pas adopter ce genre de comportement, s’en fait le promoteur. On forme là-bas des gens à des métiers – or, un emploi implique bien une rémunération. Et voici qu’ils se trouvent à l’opposé de ce qu’il faudrait faire. »
 

Mon maçon était illustrateur : essuyer les plâtres du contrat d'édition

 

Le syndicat, qui œuvre avant tout à l’information des auteurs vis-à-vis des contrats, envisage cette année de réaliser des interventions dans les écoles. « L’idée est de sensibiliser et préparer, justement, les jeunes étudiants à ce qui pourrait être leur métier. »

 

Et de conclure : « La gratuité dans ce cas de figure, cela va à l’encontre d’une professionnalisation du secteur. Que certains tentent d’en profiter, c’est une chose. Mais une école, qui œuvre dans le secteur culturel, c’est absurde. Quel est le message alors envoyé, si même un établissement ne défend pas la rémunération des auteurs ? »
 

Françoise Nyssen, un nouveau recours


« Il n’y a pas nécessairement de calcul d’économie ou de profit, parce qu’un concours peut avoir une dimension ludique intéressante. Le cas Besson, c’est une chose, mais, celui d’une école, et donc de professionnels de la formation... ça ne passe pas », conclut le SNAC BD. 

 

Les initiateurs de la pétition, un collectif réunissant différents regroupements et collectifs d’auteurs, soulignent que la méthode déployée par le MoCo est « clairement contraire à la circulaire du 10 juillet 2015. Dans ce cas de figure, on joue sur les mots, avec une seule perspective, ne pas rémunérer les gens qui travaillent ».

 

Et de renvoyer vers le guide que le Centre national des arts plastiques (CNAP), a pu diffuser. « Il expose les usages et bonnes pratiques, et le protocole à suivre le plus classique dans une sélection sur dossier. Or, quand il n’y a pas de rémunération, l’émetteur de l’appel devient hors-la-loi », nous précise-t-on.
 

Les auteurs qui représentent la France à Francfort rémunérés a minima


Selon le groupement, il s’agit là d’un « déréglement spécifique aux institutions culturelles », alors que « le combat à mener pour la rémunération des artistes est global ». Certes, l’arrivée de Françoise Nyssen à la rue de Valois est porteuse d’espoir. « Le statut des créateurs, et les discussions que cela ouvre nous donnent une fenêtre de tir. Surtout que dans ce genre d’appel, les petits se comportement relativement bien, alors que les grandes institutions ne respectent rien. Et parce qu’elles sont grosses, tout le monde veut travailler avec elles... »

Le MoCo n'a pas pu être joint pour apporter sa vision du sujet...