Astérix : de nouvelles enchères avant une autre donation à la BnF

Antoine Oury - 02.10.2013

Manga/BD/comics - Univers BD - Astérix et Obélix - Albert Uderzo - Bibliothèque nationale de France


Jeudi dernier, une vente aux enchères a eu lieu au sein de la maison Drouot : 4 planches d'Astérix, avec certificat d'authenticité d'Albert Uderzo, ont été proposées aux acheteurs. Une vente aux enchères qui sera suivie par une vente caritative, le 25 octobre prochain. Ces ventes précéderaient une nouvelle dation à la Bibliothèque nationale de France, plus de 2 ans après un précédent don de cent vingt planches.

 

 

Editions Albert René Astérix et Obélix

ActuaLitté, CC BY-SA 2.0

 

 

Sur les 4 planches mises en vente, seule une, celle d'Astérix et Cléopâtre, a dépassé les 100.000 € et son estimation (entre 100.000 et 150.000 €), en partant à 151.000 €. Pour les trois autres, extraites d'Astérix en Corse et Les Lauriers de César, le résultat est plus mitigé : elles ont été acquises pour des sommes allant de 72.000 € à 75.000 €, à peine plus que leur estimation minimale.

 

« Pour la vente qui s'est déroulée, il faut bien noter la différence entre la bonne planche, celle d'Astérix et Cléopâtre, et les 3 autres planches, plutôt moyennes » analyse un expert des ventes aux enchères. « Le résultat est plutôt décevant, à l'exception de la planche d'Astérix et Cléopâtre », termine-t-il. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette semi-déception : la crise économique, et la visibilité réduite de cette vente, réalisée par un cabinet non spécialisé dans la vente d'oeuvres de la bande dessinée, qui réalisait là sa première vente dans ce domaine.

 

Maître Kapandji, contactée par ActuaLitté, nous précise que son cabinet « n'a pas l'habitude de faire des ventes de spécialités, mais nous traitons tous les lots qui nous sont proposés, cela dépend surtout des conditions sous lesquelles ils nous sont proposés ». Ainsi, la vente des vins de l'Élysée, en mai dernier, relevait d'une même opportunité.

 

Un marché plus sélectif, encore local

 

Le cabinet s'est donc basé sur les résultats d'enchères précédentes pour établir ses estimations : « Pour Astérix, c'est un peu compliqué, car il est peu passé en vente », explique Me Kapandji, qui s'affirme « très satisfaite par une vente qui a rejoint les prix annoncés, en présence des collectionneurs ». « Le marché devient également plus sélectif », analyse un expert du milieu par rapport à cette vente, « et dans tous les domaines, on constate qu'une bonne oeuvre pourra atteindre des prix élevés, quand les objets plus communs plafonneront à un prix normal, voire inférieur aux standards du marché d'il y a dix ans ».

 

Et ce marché reste principalement français, nous confirme Me Kapandji, avec la présence de collectionneurs belges et allemands.

 

Cette vente aux enchères serait préparatoire à une nouvelle donation à la BnF : alors que l'équivalent de 3 albums avait été donné en 2011, l'intégralité des planches restantes chez Albert Uderzo pourrait faire l'objet d'un don à l'établissement. Soit 1200 planches environ, cotées d'après les prix de vente de cette dernière enchère. 

 

Interrogé par ActuaLitté, Albert Uderzo nous confirme son intention de donner des planches, à demi-mot :  « Certainement, cela va se faire dans le fil du temps, mais il n'y a aucune raison de retarder ça. »

 

 

Albert Uderzo, lors de la présentation de l'album Astérix chez les Pictes

 

 

On pourrait s'interroger sur l'opportunité de réaliser une vente, alors que de nouvelles planches vont être données, augmentant proportionnellement la rareté, et donc la valeur, de celles encore disponibles sur le marché. « Ce don fera a priori augmenter la valeur des planches sur le marché », nous confirme Me Kapandji, « mais le prix d'adjudication des 4 planches est significatif de la cote actuelle ».

 

Des ventes aux enchères de moins en moins rares, par ailleurs : le 25 octobre prochain, une planche originale des Lauriers de César ainsi qu'un dessin original seront vendus au profit de l'association L'ours, de l'ADEPEI, du service de chirurgie Vasculaire du CHR de Rennes, et au profit du HIA PERCY.

 

Une gestion de l'oeuvre contestée

 

Cette vente survient alors que la fille d'Albert Uderzo, Sylvie Uderzo, a déposé une plainte pour faux témoignage à l'encontre de l'expert-comptable de son père. Le témoignage visé est celui qu'il a donné à la Brigade de répression de la délinquance économique, dans le cadre de son enquête visant à déterminer si Albert Uderzo était la victime d'un abus de faiblesse. Par ailleurs, l'ancien notaire d'Albert Uderzo aurait récemment été condamné pour faux en écriture, escroquerie et abus de faiblesse, et frappé d'une interdiction, temporaire, d'exercer son activité, suite à une plainte de la Chambre des Notaires.

 

Par ailleurs, nous apprenons que ce même notaire, qui avait déposé une plainte en diffamation contre Sylvie Uderzo et Le Parisien, pour un article paru dans le journal, a retiré celle-ci. Un commentaire sur le dernier article concernant l'héritage Uderzo, signé par "mal informés", soutenait :

Le notaire d'Albert Uderzo n'a pas été "condamné en appel en juin dernier pour faux en écriture, escroquerie et abus de faiblesse". Il n'a même pas, à ce jour, été renvoyé devant le Tribunal !

Après renseignements pris auprès de la Chambre des Notaires des Hauts-de-Seine, celle-ci nous confirme « qu'une procédure disciplinaire a été engagée contre ce Confrère », des éléments plus précis tombant bien entendu sous le secret de l'instruction. Les motifs de cette procédure sont précisés dans un article paru sur Mediapart.

 

Du côté de l'étude, on ne peut que nous dire que le notaire est « empêché pour une durée indéterminée », avec des « raisons déontologiques » qui empêchent d'en révéler plus... Il aurait donc bien été interdit d'exercer son activité, au moins dans l'étude dans laquelle il officiait jusqu'à présent. Albert Uderzo nous confie, de son côté, « ne pas savoir ce qu'il a pu faire de mauvais. J'ai un nouveau notaire, qui s'occupe bien de mes affaires, c'est le principal. »