Auteurs Casterman : Gallimard refuse l'image "d'entrepreneur cynique"

Clément Solym - 14.11.2012

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La « révolte collective » des auteurs BD de Casterman n'est pas vraiment passée inaperçue dans la presse. La lettre ouverte adressée au PDG des éditions Gallimard, intitulée « Sans auteurs, pas d'éditeur ! », a été largement relayée. Bilal, Comes, Geluck, Margerin, Loisel, ou encore les ayants droit d'Hergé, ceux de Hugo Pratt, et d'autres, y refusaient « de servir de vaches à lait à une quelconque trésorerie ». On les a entendus.

 

 

Antoine Gallimard, crédit ActuaLitté

 

 

Le collectif n'y va pas de main morte : « Pendant les semaines et les mois qui ont suivi, rien n'a été fait pour nous rassurer. Aucun contact n'a été pris avec nous, ni individuellement ni collectivement. Aucun projet éditorial ne nous a été présenté. » 

 

Et Enki Bilal, contacté par ActuaLitté, ajoutait que tous se sentaient « complètement déconsidérés. Je ne vois pas l'édition de cette manière, et nous sommes tous d'accord sur ce point. L'aspect humain est primordial ». 

 

Antoine Gallimard n'avait pas vraiment d'autre choix que de réagir rapidement. C'est auprès de l'AFP qu'il a tenu à remettre les choses au clair. En effet, les auteurs reprochaient non seulement le débarquement express de Louis Delas, actuel DG de Casterman, dont ils n'avaient pas du tout été avertis. Mais surtout, ils s'inquiétaient de déclarations dans Les Echos, début juillet, où le PDG envisageait une possible vente de Casterman : « J'aimerais le garder, même si, dans un contexte de crise, je pourrais être contraint de le vendre pour faire face à mes échéances. »

 

Mais le PDG ne se démonte pas. Sur le départ de Louis Delas, il refuse « de porter la responsabilité de cette décision de rejoindre le groupe de son père. Cette décision était prise depuis longtemps ».

 

De même, le rachat de Flammation, maison mère de Casterman, servira à conforter la place de ce dernier, « et donc celle de ses auteurs, parmi les éditeurs de bande dessinée ». Et d'ajouter, en colère : « Vous m'avez adressé une lettre publique où vous laissez entendre que l'éditeur de littérature que je suis n'est qu'un entrepreneur cynique et inattentif à vos préoccupations. Moi qui ai toujours été du côté des écrivains (...), je ne me reconnais pas dans cette caricature. »

 

Il présente également le rachat de Futuropolis, mais également la création d'un « secteur de bande dessinée chez Gallimard Jeunesse ».  Et de conclure : « Je souhaite continuer avec vous tous à faire vivre cette maison, qui est autant la mienne que la vôtre. »

 

Début septembre, sur la possible vente de Casterman, sujet déjà sensible, on nous expliquait : « Ce sera à Antoine Gallimard de communiquer là-dessus, mais ce n'est pas ce qui se dit en interne. S'il y a une crise et qu'il faut faire rentrer des liquidités, c'est Casterman qui rapportera le plus. Mais à mon avis, dans son rachat, le groupe Gallimard a fortement pensé à Casterman. Car s'il y a une chose à garder chez Flammarion, c'est bien cette marque-là. »