Baby Pop, tomes 1 & 2 : Du Gainsbourg dans le shojo

Clément Solym - 18.01.2009

Manga/BD/comics - Univers Manga - Baby - pop - critique


Nous parlons rarement de Shojo, et pourtant certains méritent qu'on les découvre. De petits joyaux qui sortent des carcans et des codes du shojo pour nous offrir une histoire atypique, drôle et émouvante. C’est le cas de Baby Pop de Yayoi Ogawa.

L’histoire :

Nagisa Okuda une jeune collégienne en classe de 3e vient de perdre sa main dans un tragique accident de la circulation. Sa défunte mère Misaki Haruna venait de se marier avec un certain Ryûnosuke Okuda un photographe plus jeune qu’elle. Misaki et sa fille Nagisa étaient donc devenues depuis peu des Okuda.

Nagisa va devoir supporter l’épreuve de la mort de sa mère, mais aussi faire un choix déterminant pour le reste de sa vie. Elle devra décider si elle préfère vivre avec son beau-père dont elle ne connaît pas grand-chose et qui semble avoir des mœurs douteuses ou avec son père qui refait surface pour l'occasion. Un choix qui n’est pas évident, car la jeune fille sait que son père est un bourreau de travail et qu’il ne s’occupera guère d’elle.

Contre toute attente, elle choisit Ryûnosuke. Et c’est le début d’une drôle de colocation entre le beau-père et sa belle-fille…

Baby Pop : Du Gainsbourg dans le shojo

Baby Pop est un titre surprenant loin des codes bien établis du genre. He oui ! ici, vous ne trouverez pas d’amoureux transis, de jeunes adolescents en pleines turpitudes amoureuses ne sachant pas comment dévoiler leurs sentiments, ou encore de petites étoiles qui envahissent intempestivement les vignettes. Baby Pop traite d’un autre amour celui d’un beau-père pour sa belle-fille, unis tous les deux par leur amour de Misaki. On retrouvera quand même quelques éléments fondateurs du shojo, mais très subtilement distillés et agrémentés d’une bonne dose d’humour voire de dérision.

La particularité de ce titre ne réside pas que sur son sujet, son thème central, mais aussi sur la façon dont il est traité. Nos lecteurs amateurs de Gainsbourg auront tout de suite noté que le titre du manga est inspiré d’une de ses chansons. Et c’est une influence que la mangaka revendique et cultive tout au long de la série, avec des chapitres portant le nom des chansons de Gainsbourg ou encore des petits clins d’œil dans le texte. Il faut dire que Yayoi Ogawa a bien réussi son coup. Avec ce titre elle nous transporte dans un univers étrange ou se croise et s’entremêle mélancolie, humour, burlesque, amour et relations pas très claires à la limite de l’inceste. Un univers bien proche de celui des chansons de Gainsbourg.

Une mini série à ne pas rater !


Dans le tome 1, on rentre de plain-pied dans cet univers et étrange et déroutant. On suit les événements au travers des yeux de Nagisa le plus souvent et on se retrouve face à ce personnage intrigant qu’est Ryûnosuke. On le voit comme un photographe raté aux mœurs un peu douteuse, assez gaffeur mais très présent pour sa belle-fille peut-être trop a son goût. Pour peu on le suspecterait même d’être un sombre personnage attiré par l’argent de Misaki (qui était une auteure à succès) et cherchant à faire des choses pas nettes avec Nagisa. Mais il va se révéler être un homme au grand cœur prêt à tout pour faire le bonheur de la fille de celle qu’il aimait éperdument. Ah ben oui, c’est quand même un shojo !

Dans le tome 2, on découvre un Ryûnosuke sensible au cœur meurtri par la disparition tragique de sa femme. Ce tome est d’ailleurs centré sur ce personnage, on va en savoir un peu plus sur le lien qui l’unissait à la mère de Nagisa. Accessoirement, en bonus on découvrira aussi l’histoire de son second amour, et là encore on se retrouvera face à des personnages ambigus et une situation bien étrange. Enfin, point important la relation entre Nagisa et son copain Yataka Hannya va évoluer de façon significative avec l’arrivée d’une Anglaise nommée Charlotte Barkin (tiens, tiens…). La série se clôt sur ce second tome. Et c’est malheureusement, le seul reproche que l’on pourrait lui faire, c’est trop court. On en voudrait bien encore. Mais après tout c’est une belle histoire qui a une fin justifiée, alors que demander de plus.

Une petite perle, même pour les coeurs insensibles

Enfin, le dessin est à la hauteur du sujet. Les vignettes ne sont pas toujours très détaillées, voire même parfois très épurées pour ne laisser la place qu’aux personnages qui eux sont bien travaillés. Le charac-design est bien réussi, et les émotions passent vraiment bien au travers des visages et des postures des personnages. Quelques idées originales et bienvenues parsèment les deux tomes. Bref à ce niveau aussi c’est du bonheur !

Nous vous conseillons chaudement Baby Pop tomes 1 et 2 (eh oui ils sont sortis simultanément). Une mini série en deux tomes seulement qui devrait vous faire passer un bon moment. C’est drôle, c’est étonnant et c’est vraiment bien fait. De plus, ça devrait en réconcilier pas mal avec le shojo, et croyez-nous même les cœurs les plus endurcis devraient fondre à la lecture de ce manga. Pour info, il faut savoir que Yayoi Ogawa s’est aussi illustrée plus tard avec un titre plus que surprenant Kimi Wa Pet (Au pied, chéri !), lui aussi disponible chez Kurokawa.

Baby Pop tomes 1 et 2 de Yayoi Ogawa est édité par Kurokawa. Le tome 1 compte 208 pages et coûte 6,90 E, le tome 2, 176 pages et coûte lui aussi 6,90 E. Série en deux tomes uniquement.