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Bande dessinée argentine : case à prendre ou à (dé)laisser

Antoine Oury - 11.05.2013

Manga/BD/comics - Univers BD - bande dessinée - Argentine - créateurs


Référence pour beaucoup, la bande dessinée argentine a connu son âge d'or entre le début et la moitié du XXe siècle, avant de sombrer dans la déliquescence en même temps que l'économie du pays. Deux dessinateurs argentins sont revenus sur la situation de leurs confrères lors du Salon Livres et Musiques de Deauville.

 

 

Micaël Queiroz, Sergio Aquindo, Alexandre de Nunez (modération)

 

 

Qu'il paraît loin, le temps béni pour le 9e Art... Micaël Queiroz et Sergio Aquindo, tous deux dessinateurs argentins publiés en France savent bien de quoi ils parlent : « Il n'y a pas beaucoup de dessinateurs en Argentine » commence le premier, avant de tomber d'accord avec le second : « Les livres édités en France ne peuvent pas exister en Argentine. »

 

Et pourtant : avec de grands noms comme Quino ou Copi, sans oublier l'apprentissage d'Hugo Pratt (né en Italie), l'Argentine a été à la pointe en matière de coups de crayon. « Goscinny lui-même se serait inspiré de Patoruzu, un indien mapuche créé par Dante Quinterno, pour créer Astérix » précise Maxime Ruiz, depuis le public. « Bon, nous, les Argentins, on a un peu tendance à dire que tout a été inventé chez nous... », admet Micaël Queiroz.

 

Durement touché par la crise, le métier subit de plein fouet la crise de la presse : entre les années 40 et 60, les hebdomadaires contenant les petites histoires dessinées sur le modèle de Peanuts atteignent parfois les 500,000 exemplaires par semaine. « Aujourd'hui, il ne reste que Fierro, subventionné par le Ministère de la Culture », souligne Sergio Aquindo.

 

La BD d'Argentine se fait connaître dans le monde avec le personnage de Mafalda, au départ créé pour une publicité d'électroménager. Quino poursuivra finalement ses aventures un peu plus longtemps que prévu, en pestant contre les adaptations, notamment françaises, qui ajoutent de la couleur à son personnage. Et ajoute aux histoires apparemment inoffensives un volet politique : « Je n'ai compris que très tard que l'expression récurrente "Encore de la soupe" faisait référence à la dictature ».

 

L'édition argentine manque par ailleurs cruellement de moyens, si bien qu'une impression couleur est impensable. Le seul créneau encore viable pour les dessinateurs semble bien être la caricature de presse, mais, comme en France, « ceux qui sont installés ne partent pas facilement ». Reste alors la culture du fanzine, qui permet d'entretenir la tradition du crayon argentin et reste « une véritable religion chez les jeunes » termine Aquindo.