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Bande dessinée : Deux siècles de planches depuis Rodolphe Töpffer

Julien Helmlinger - 15.01.2014

Manga/BD/comics - Univers BD - Rodolphe Töpffer - Bande dessinée - Salon du livre


Plus que quelques jours désormais avant le coup de départ du Festival BD d'Angoulême, l'occasion de se pencher sur l'histoire d'un medium qui fut longtemps négligé avant qu'il ne gagne ses lettres de noblesse de par son statut de 9e art. Une conférence sera consacrée à la rétrospective de la BD samedi prochain, animée par la secrétaire de la Société archéologique Séverine Huguet, au sein du conservatoire communal de Barbezieux, tandis que le sujet a fait l'objet de la publication la semaine passée du livre M. Töpffer invente la bande dessinée, par Thierry Groensteen, aux Impressions nouvelles.

 

 

 

 Autoportait de Töpffer

 

 

 

Au début du XIXe siècle, un certain Rodolphe Töpffer, homme de lettres genevois né en 1799, se lance dans un art qu'il qualifie de littérature en estampes. Il expliquera en 1845 : « L'on peut écrire des histoires avec des chapitres, des lignes, des mots : c'est de la littérature proprement dite. L'on peut écrire des histoires avec des successions de scènes représentées graphiquement : c'est de la littérature en estampes. »

 

Homme aux multiples talents, Töpffer a notamment exercé comme écrivain, qu'il s'agisse de roman, d'essais ou de pièces de théâtre, mais aussi membre de parlement du canton de Genève, directeur de pensionnat, dessinateur, journaliste, caricaturiste ou encore enseignant en rhétorique. En 1827, il rédige à destination de ses élèves un album graphique intitulé Les amours de monsieur Vieux-Bois.

 

Cette oeuvre, dont le contenu serait publié en 1837 et rencontrerait un succès immédiat, n'allait pas tarder à tomber entre les mains de Goethe qui ne tarit pas d'éloges sur son auteur. Le grand poète germanique du siècle romantique jugea notamment les albums du Genevois « éblouissants de verve et d'esprit ». L'artiste à l'origine de cette littérature en estampes, allait également devenir le premier théoricien de la BD.

 

Il décrivait son art comme une série de dessins autographiés au trait, chacun d'entre eux accompagné d'une ou deux lignes de textes, en insistant sur le fait que ni le dessin ni le texte n'aurait de réelle signification l'un sans l'autre, « le tout formant une sorte de roman d'autant plus original, qu'il ne ressemble pas mieux à un roman qu'à autre chose ».

 

Pour Rodolphe Töpffer, la mise en illustration d'un seul calembour ou d'un unique proverbe ne constituait pas de la littérature en estampes. Il estimait que la visée de son art était d'aboutir à la réalisation d'un véritable livre, en mettant en scène tout un drame quelconque, et ce, peu importe si celui-ci évoquait la gravité ou la légèreté, la folie ou encore le sérieux.

 

Entre 1837 et 1846 l'inventeur de la bande dessinée publie divers ouvrages sous forme d'albums graphiques. Bientôt, il allait être victime de plagiaires, certains de ses titres seraient publiés depuis Paris, sans son autorisation et à moindre coût que les éditions suisses légitimes. D'autres artistes du siècle prendront la relève et feront peu à peu évoluer le 9e art. Parmi les premiers l'on peut notamment citer Gustave Doré, Cham, Christophe...

 

L'oeuvre de Rodolphe Töpffer, à découvrir en numérique avec Gallica.