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Bande dessinée pour aveugles : Shapereader invente un langage tactile inédit

Florent D. - 11.08.2016

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Le projet Shapereader semble relever de la science-fiction : Ilan Manouach, artiste connu pour son travail sur la bande dessinée conceptuelle, est revenu d’un voyage en Laponie avec une idée. De ce périple finlandais, il a réalisé un roman graphique très spécial, destiné aux lecteurs aveugles.

 

 

 

La bande dessinée, traduite en braille ou même racontée en audiolivre, relève déjà d’une certaine gageure. L’histoire peut être saisie, mais l’évidence est que la dimension graphique restera à jamais inaccessible. Décidé à trouver une solution, Ilan Manouach a alors conçu une BD dont la langue est en réalité forgée par des sculptures, de symboles et des motifs qui reconstituent une aventure. 

 

L’œuvre devient alors sensuelle, palpable, opérant ce que l’artiste désigne comme un assemblage de stimuli tant verbaux que visuels – par l’intermédiaire du toucher. Le résultat existe : c’est Shapereader, que l’institut finlandais de Kone lui a permis, grâce à une subvention, de réaliser.

 

Quelque part entre les runes et les idéogrammes, Manouach a ainsi créé des tactigrammes, en sculptant à même le bois. Le résultat est sidérant, sur 57 pages de bois gravé : Arctic Circle est une première, totalement inédite. L’anxiété est transcrite avec des zigzags striés, la mousse arctique par des amas en forme de feuilles, les chutes de neige, les morses et ainsi de suite : tout a été symbolisé pour faciliter la mémorisation des formes. Mais surtout, ce nouveau langage aurait des propriétés évocatrices pour les aveugles et déficients visuels. 

 

À la recherche de nouveaux langages

 

Répertoire insolite comportant plus de 210 formes différentes, l’objet est avant tout, explique l’artiste, un outil linguistique tactile. Ou plus encore, la création d’un nouveau langage, certes complexe et difficile à déplacer, mais aussi artistique. « En ce qui concerne la narration visuelle, il n’existe aucun exemple passé d’une tentative pour créer cette œuvre narrative entièrement tactile. Le Shapereader substitue la lecture oculaire au privilège du déplacement des doigts. Il serait possible de lui trouver d’autres utilisations, dans des contextes variés, en enrichissant son vocabulaire pour traduire des sens et des situations plus complexes », estime l’artiste.

 

 

 

Évidemment, un glossaire est fourni pour aider à comprendre ce que l’on touche. Les lecteurs peuvent alors remonter le cours du récit, et, par la mémorisation des motifs, trouver le sens de l’histoire. Avec un poids de 95 kg, il ne sera toutefois pas aisé de l'emporter avec soi en vacances. 

 

L’œuvre a initialement été présentée en novembre 2014 à Hanovre, et fait depuis le tour du monde. Elle est même passée par Angoulême, en janvier dernier, lors du Festival de la bande dessinée. 

 

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