Bande dessinée : pour le médiateur d'Angoulême, mission: Impossible ?

Nicolas Gary - 21.04.2016

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Depuis le communiqué du 23 février, émanant des éditeurs de bande dessinée, le Festival International d’Angoulême a eu chaud. Lorsque ces derniers menaçaient de boycotter la prochaine édition si l’on ne nommait pas un médiateur pour aider à sortir de l’impasse, les dernières heures semblaient sonner. Audrey Azoulay, ministre de la Culture, a rapidement mandaté Jacques Renard pour accompagner les parties. C’est en tout cas ce que sa lettre de mission recommande.

 

Culture, territoire et soft power

Xavier Bonnefont, maire d’Angoulême, Frank Bondoux, directeur du FIBD, Olivier Poivre d’Arvor 

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Les nombreuses polémiques, récurrentes, du FIBD « nuisent à l’image de la manifestation et par extension de la profession. Il me paraît donc naturel que les professionnels s’en émeuvent et souhaitent, par-delà des questions de personne qui me paraissent de peu d’intérêt, disposer d’une manifestation à l’image d’une création française portée par de très grands auteurs et éditeurs, variée, novatrice et qui a produit des chefs-d’œuvre de ce siècle et du précédent », estimait Vincent Monadé, président du CNL. 

 

La ministre va plus loin : « Le FIBD est donc aujourd’hui l’élément central d’un vaste ensemble d’activités et d’institutions, qui se nourrissent de son dynamisme aussi bien qu’elles renforcent sa légitimité. Force est de constater, toutefois, que ce succès indéniable n’a pas constitué, pour cet événement, une garantie de stabilité, tant son existence a été marquée par des incidents ou des crises plus sérieuses, qui ont pu sembler menacer sa pérennité. » Le Maire de la ville, Xavier Bonnefont, n’avait pas dit autre chose : « Le festival de la BD ne me convient plus. Comme il ne convient plus aux Angoumoisins. »

 

Apprendre à retravailler de concert, pour le Festival

 

Dans le courrier évoquant les pistes de travail et de réflexion à aborder toutes les parties devront y trouver leur compte : la mairie de la ville, la Région, qui comptent parmi les premiers financeurs, les éditeurs en colère – ainsi que les auteurs. Le SNAC BD, syndicat représentatif, insistait sur cette condition sine qua non : rien « ne se fera sans nous ». 

 

Et puis, l’objet de la discorde, l’organisateur, 9e Art +, qui fait l’objet d’attaques ponctuelles : régulièrement, la démission de Franck Bondoux, son grand patron, est réclamée, quand il ne s’agit pas d’auteurs qui tirent à boulets rouges sur un comportement irrespectueux. « Apprenez à respecter les auteur.e.s de bande dessinée, l’ensemble de ses acteurs et actrices, et cessez de vous glorifier de vos petites mesquineries. Nous ne vous devons rien », lui avait écrit Marie Gloris Bardiaux-Vaïente. 

 

La réussite de la manifestation, poursuit la ministre a provoqué des attentes, et désormais elle a vu « son développement entravé par des dysfonctionnements d’origine diverse, que les efforts modérateurs de l’État, notamment par la création d’un comité des financeurs publics et la stabilisation de l’assise financière de l’événement, n’ont pu entièrement conjurer ».

 

En outre, même si elle évoque pudiquement « les incidents qui ont émaillé l’édition 2016 », c’est l’occasion pour la ministre de considérer les besoins d’une nouvelle approche. « [U]ne volonté de changement et d’une aspiration à une véritable refondation, qui s’est naturellement tournée vers l’État, dont l’intervention et la médiation sont désormais demandées. »

 

Il s’agit donc de tout mettre en œuvre pour « renforcer l’attractivité culturelle et économique régionale, et de promouvoir l’industrie éditoriale française au plan international ». D’ici le mois de novembre, et après avoir rencontré et échangé avec les différentes parties, Audrey Azoulay attend les résultats des consultations. Ainsi qu’« un schéma d’évolution structurelle permettant de mieux intégrer, dans le cadre d’une politique articulée et cohérente, l’activité de l’ensemble des institutions qui travaillent à la promotion de l’image sur le territoire angoumoisin ».