BD : 2015, année de la rationalisation, non sans difficultés

Nicolas Gary - 28.12.2015

Manga/BD/comics - Univers BD - bande dessinée BD - bilan 2015 secteur marché - Gilles Ratier ACBD


Fidèle au poste, le rapport annuel de Gilles Ratier établit un état des lieux du marché de la bande dessinée dans l’espace francophone. Avec 5255 BD parues au cours de l’année, et 3924 strictes nouveautés, 2015 se présenterait alors comme « l’année de la rationalisation ». C’est en effet un recul de 2,9 % de la production auquel on assiste. Mais dans le détail, le marché aurait bien pu perdre en création et innovation.

 

BD Titeuf par Zep - Galerie Glénat

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Les 368 éditeurs de BD qui occupent le secteur ne doivent pas cacher la forêt : trois groupes et 12 structures monopolisent le secteur avec 68,6 % de la production. « Pour la deuxième fois en 17 ans, la production imprimée d’albums de bande dessinée connaît une légère baisse (- 2,9 %), sans pour autant descendre en dessous de la barre symbolique des 5 000 publications. »

 

Sur le territoire examiné, la BD consolide sa position, mais les tirages des 98 best-sellers principaux sont tout de même en baisse. Ils sont 88 à avoir été imprimés à plus de 50.000 exemplaires (98 en 2014), dont 63 issus de la production franco-belge. Le plus gros tirage restera sans conteste le tome 36 d’Astérix et Obélix, avec 2,25 millions d’exemplaires. D’ailleurs, « comme dans toutes les autres industries culturelles, seuls quelques titres réalisent l’essentiel du chiffre d’affaires dans ce secteur ».

 

Dans les comics, Walking Dead reste le plus gros succès, les tomes 22, 23 et 24 ont été tirés à 100.000 exemplaires chacun. Côté manga, c’est One Piece qui remporte la palme : les volumes 75, 72 et 75, passent la barre de 160.000 exemplaires – 170.000 pour le 75.

 

« Constatons, cependant, qu’à quelques rares nouveaux succès près, les chiffres de tirage des locomotives du secteur continuent de diminuer : une baisse qui s’explique, en partie, par le fait que les éditeurs ajustent mieux leurs coûts en imprimant ce qu’ils espèrent être les ventes d’une première année de mise en place (tout en tenant compte des ventes effectives des précédents volumes), le perfectionnement des machines d’impression permettant des retirages plus rapides et pour un coût moins important qu’autrefois. »

 

En outre, on découvre que la traduction a le vent en poupe, avec 2305 titres issus de 35 pays – 1501 proviennent d’Asie, et 524 des États-Unis, soit 87,6 % de la production.

 

Le secteur mise également sur les « revivals modernisés », et présente 960 nouvelles éditions et des intégrales, soit 98 de moins que l’an passé. Les héros revenus d’entre les morts pèsent pour 49 séries.

 

 

Yakari et Lucky Luke - Frankfurt Buchmesse 2015

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

En matière de prépublication, « 71 revues spécialisées et 13 éditions particulières d’albums BD sont encore diffusées en kiosque, Maison de la presse ou Relay ». Et côté information, on recense 25 revues papier, 43 sites spécialisés et 96 parutions touchant au 9e Art. Enfin, le numérique représente un peu plus de 1 % pour l’ensemble des professionnels.

 

Côté auteurs, 1399 parviendraient à vivre de leurs bulles, avec 3 albums présents dans les catalogues d’éditeurs et un contrat actuellement en cours. Ils sont 1602, dessinateur ou scénariste, à avoir fait paraître un titre en 2015 – 1589 l’année passée. Précisons que l’on compte 173 femmes sur cet ensemble, et 252 auteurs scénaristes, non-dessinateurs.

 

Enfin, « 28 bandes dessinées francophones ont donné lieu à des films, téléfilms et dessins animés, alors que 179 œuvres réalisées à l’origine pour d’autres médias et 98 ouvrages dépendant de licences issues d’autres supports ont alimenté la production des nouveautés du 9e art ».

 

« Les éditeurs et les auteurs tablent aussi sur les adaptations littéraires — puisqu’on en dénombre 178 (soit 4,6 % des nouveautés, contre 166 et 4,2 % en 2014) — ou, phénomène de plus en plus répandu, choisissent d’exploiter en bandes dessinées des personnages créés pour d’autres supports. Ainsi, en 2015, 98 ouvrages dépendent de licences issues des dessins animés, films ou jeux vidéo. »