BD 2020 : le concours d'affiche du ministère de la Culture sera révisé

Nicolas Gary - 13.09.2019

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EXCLUSIF – Il aura suffi d’un message du ministère de la Culture, pour que le réseau Twitter s’enflamme : amorçant l’année de la BD en France pour 2020, la rue de Valois lançait un concours adressé aux dessinateurs. Il était proposé d’adresser un dessin, susceptible de devenir l’affiche de la manifestation. Mais dans des conditions qui ont littéralement fait exploser la colère de la profession.

École de bande dessinée Jean Trubert
ActuaLItté, CC BY SA 2.0


Le « Concours jeunes talents » est porté par le Centre national du livre, que le ministre de la Culture a mandaté pour coorganiser cette année de la bande dessinée en 2020. Classiquement un règlement et un contrat de cession de droit étaient associés à l’intitulé du concours. 
 

Le travail spéculatif combattu


Pour Katerine Louineau, du Comité Pluridisciplinaire des Artistes-Auteurs et des Artistes-Autrices (CAAP), « ce “concours” présente toutes les caractéristiques préjudiciables aux arts graphiques qui sont dénoncées depuis des décennies par les auteurs des arts visuels ». Elle évoque des « modalités dégradantes » qui en deviennent « incompatibles avec tout respect et toute valorisation du travail graphique des auteurs ».

En somme, l’année 2020 de la BD envoyait plutôt comme message que la France « méprise le 9e art et l’ensemble des auteurs et autrices des arts visuels ». 

Un clin d’œil grimaçant aux propos du ministre Franck Riester qui, présentant cette année, assurait qu'il offrait « l’occasion de témoigner du profond attachement des Français à la bande dessinée. À tous les âges et sous toutes ses formes, du roman graphique aux comics et au manga, “la France aime le 9e art !”. »

Les reproches se sont accumulés, pointant « des erreurs grossières », assure une autrice. Mais en premier lieu, c’est le contrat de cession de droits qui a fait rugir : le visuel qui l’emportera devra être cédé « à titre exclusif » pour une exploitation « sans limitation ». Des conditions inimaginables, à la limite de la légalité — et dans tous les cas, reconnues comme inacceptables. 
 

Le droit d'auteur face aux commandes graphiques


Plus épineux, ce concours — émanant d’un ministère, et celui de la Culture, tout de même — pose une double question : celle de la rémunération des créateurs, à travers la diffusion et le travail. Le droit d’auteur concerne le premier point : l’auteur est rémunéré sur la base des ouvrages commercialisés et vendus. La création, elle, bénéficie d’une avance, mais qui sera remboursée par les ventes.

Dans le monde des arts visuels, les données sont inversées : le travail — comprendre : le temps consacré à la création — est payé, mais les artistes sont presque systématiquement contraints de renoncer à leurs droits d’auteurs. Or, dans le cas présent, les participants qui ne seront pas retenus auront donc travaillé gracieusement — aucune contrepartie — et le lauréat ne sera pas rémunéré sur la diffusion — un chèque de 10.000 € lui sera cependant versé.

Le 10 juillet 2015, Fleur Pellerin, alors ministre de la Culture, avait pourtant signé une circulaire encadrant « les règles de bonnes pratiques en matière de marchés publics de design ». Cette dernière rappelait quelques-unes des règles en matière de respect du droit d’auteur et des « procédures de passation des marchés publics ».

Certes, un concours n’est pas véritablement un marché public — et c’est en partie là que le bât blesse. Katerine Louineau, dans un courrier au ministère de la Culture le déplorait : « Ils ont baptisé “concours” une commande graphique, pour éviter d’en respecter les règles et le coût. Et ne rémunèrent pas les projets graphiques originaux réalisés spécialement pour cette commande déguisée en concours. » 
 

Gaffes, bévues et boulettes


Du côté du ministère, on reconnaît que la rédaction du contrat de cession ne convient pas « une erreur : les droits devaient être cédés pour une année, le temps de la manifestation », assure-t-on. Les regards se tournent alors vers l’Agence du patrimoine immatériel de l’État, qui est à l’origine de ce document, mais le silence est d’or… D’autant qu’il est du ressort de l’APIE de concevoir et diffuser la culture de l’immatériel, mais également les bonnes pratiques, en accompagnant l’administration pour ce faire. Soit. 

« Le plus invraisemblable reste que ce concours s’adresse ouvertement à des auteurs professionnels, puisqu’ils doivent avoir publié entre 1 et 5 ouvrages, sans les traiter comme tels », s’agace un scénariste. « Alors que l’on réfléchit aux modalités d’une rémunération pour les dédicaces, qu’est-ce que a pu passer par la tête du ministère ? »

Contacté par ActuaLitté, Vincent Monadé, président du Centre national du livre, réagit : « Franck Riester, alerté par la réaction des auteurs de bande dessinée m’a demandé de repenser l’organisation de ce concours afin que BD 2020 commence sur de bonnes et solides bases. Ce concours est au service des nouveaux talents de la bande dessinée. Un nouveau règlement sera très vite proposé en lien avec le SNAC BD, la Ligue des auteurs professionnels et le cabinet du ministre. »


Commentaires
"... qui ont littéralement fait exploser la colère de la profession." Littéralement, vraiment ?

Il ne doit plus rester beaucoup d'auteurs d'arts visuels vivants. Bravo au ministère qui a su apporter une solution, certes assez radicale, aux problèmes de la profession ! LOL
quand je pense que l'on m'a toujours considérée comme une inculte dégénérée parce que je me délectais de Brétécher, Gotlib, Mandrika, Michel Plessix, Voutch, Hugo Prat, Uderzo&Goscinny, Franquin, etc ... (la liste est longue), ce qui ne m'a jamais détournée de tous ces auteurs prétendus "subversifs". Et aujourd'hui, parce que la BD est un des secteurs les plus porteurs de l'édition, on l'encense, on la vénère et on veut nous gaver avec des publications plus que moyennes (je préfère rester polie mais pour moi ça commence par la même lettre : M....). Et maintenant le Ministère s'en mêle (et s'emmêle aussi apparemment). Je préfère en rigoler doucement mais cette société obsédée par le fric facile et rapide finira tôt ou tard par régresser. La décadence a déjà commencé, par la simplification de l'orthographe et du français C'est à vomir. raspberry angry
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