Henri Filippini déclenche une douche "Glacial" contre Fluide

Nicolas Gary - 31.08.2015

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Fluide Glacial est-il mal dirigé ? Yan Lindingre, son actuel rédacteur en chef, vient de prendre une décharge de tromblon à merde droit dans les esgourdes. Dans le magazine dBD, largement destiné aux professionnels, Henri Filippini signe un billet d’humeur aigre, visant expressément le rédac’chef. 

 

Fluide Glacial

 

 

« Repris en main par le dessinateur Yan Lindingre après une période houleuse, le mensuel s’est radicalement transformé, flirtant entre feu Ferraille [excellent journal des Requins Marteaux mais destiné à quelques milliers de lecteurs initiés] et les débilités aux graphismes minimalistes que vomissent sans relâche les blogs. » Le ton est déjà donné. Mais la suite est plus croquignolesque encore.

 

« Aujourd’hui, ceux qui ont participé à la légende de Fluide glacial en sont écartés ou voient leur espace réduit à quelques pages. D’autres préfèrent aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte – même Binet, le fidèle des fidèles, signe un album chez Dargaud. »

 

Et d’aligner, méticuleusement, les uns et les autres sur son mur de lamentations, avant de procéder, avec méthode, à une exécution, titrée « Rendez-nous notre Fluide ». Toute l’équipe en prend pour son grade, avec ce type d’appréciation : « [L]eurs dessins qui tiennent plus du croquis bâclé que du travail soigné que l’on peut attendre d’un dessinateur. »

 

Le Yan en question n’avait pas vu le coup venir, et jure depuis Facebook que les représailles seront velues

 

Ah ce sacré Filippini ! Qu’est-ce qui lui a pris d’écrire que Fluide Glacial c’est du caca boudin, plein de mauvais dessinateurs ? Au moment où ce journal se rebecte comme jamais à contre-courant de la crise et fait une année d’enfer. Pourquoi donc Frédéric Bosser l’a-t-il laissé dézinguer publiquement un confrère et en l’épaulant qui plus est ? Il est bien Bosser... Il fait un bon journal, bon sang. Qu’est-ce que je vous ai fait les copains ? Rien encore, mais ça viendra. Je ne comprends toujours pas autant de bêtise réac. Me caguer dans les bottes publiquement, c’est s’exposer à la manger froide quand on s’y attend plus, et de préférence publiquement. En attendant de rencontrer la vieille serpillière qui pue la naphtaline, "le gros pique-assiette", comme on l’appelle chez Glénat, lisons plutôt ce qu’en disent les autres critiques (glop, glop, glop !).

 

Que ce soit chez les dessinateurs, comme ici Terreur graphique, ou ailleurs, les réactions n’ont pas manqué.

 

Filipini, un critique avisé!

Posted by Yan Lindingre on dimanche 30 août 2015

 

Gilles Ciment, intervenant sur Radio Pieds Nickelés, pour sa première chronique « Je descends à la prochaine », y va de son petit billet doux, parlant d’un « sieur Filippini, qui fut naguère l’un des pionniers de la bédéphilie compulsive et sans goût ». 

 

Cette diatribe de Filippini a remué les réseaux sociaux. Les jeunes auteurs se sont émus d’être ainsi dénigrés, et ont semblé découvrir soudain les goûts et diktats du grand ancien. Et pourtant, ce billet contient tout ce qui caractérise son auteur depuis quarante ans. L’homme qui fut longtemps l’éminence grise de Jacques Glénat eut l’intuition lumineuse qu’en glissant quelques seins et quelques fesses ici et là, il était possible de doper les ventes de la bande dessinée historique, ce qui fut la ligne éditoriale du magazine Vécu. Par ses goûts et ses choix, il donna le ton des années 80, dont on peut considérer qu’elles firent prendre dix ans de retard à la bande dessinée française, avec le corollaire positif de rendre plus spectaculaire l’éclosion de la bande dessinée alternative des années 90. 

 

 

Et de boucler avec un petit message personnel : « A l’accusation de bâclage ou de mauvais dessin, je répondrai évidemment qu’il faut ne pas s’être nettoyé les yeux depuis qu’on est passé à côté de Juillard et Goossens pour ne pas percevoir les qualités graphiques de Fabrice Erre, de Fabcaro, de Pochep, de Terreur Graphique, de Sourdrille ! [...] Peut-être Henri Filippini devrait-il songer à prendre sa retraite... »

 

« Je crois que c’est l’éternelle querelle des générations et des conservateurs face à une jeune garde qui confond trop souvent modernité et anti-commercial. Bref, personne n’a raison dans cet échange », indique un observateur.

 

Ancien éditeur plutôt classique chez Glénat, Filippini est aujourd’hui chroniqueur spécialisé (DBD) « et à ce titre, il a bien le droit de dire ce qu’il pense de Fluide aujourd’hui et tout ce qu’il dit n’est d’ailleurs pas faux. Par contre Yan Lindingre qui a fait du bon boulot chez Fluide en redonnant une direction après quelques années de flottement additionné à une crise générationnelle du magazine, défend logiquement son action. Il le fait avec virulence, car il a la culture du dessin de presse contestataire. Ça lui permet non seulement de faire parler de son magazine (polémiques) et de l’ancrer dans l’irrévérence et l’anticonformisme ».

 

L’ensemble « se joue sur un fond de parti-pris relevant de l’amitié là encore générationnelle. La direction du magazine et du groupe à qui il appartient, comme toute organisation, a plus ou moins habillement arrêté certaines collaborations avec des auteurs historiques du magazine, par exemple Frémion qui, je crois, connait bien Filippini... »

 

Yan Lindingre a réagi auprès d'ActuaLitté