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Belgique : la protestation s'amplifie après la censure de Schuiten

Nicolas Gary - 23.05.2013

Manga/BD/comics - Univers BD - Belgique - censure - François Schuiten


Le président du Parlement flamand, Jan Peumans, doit commencer à se sentir mal à l'aise dans ses souliers vernis. Le phylactère d'un album de François Schuiten et Benoît Peeters avait été effacé, parce que son contenu était en français. Or, dans le cadre d'une exposition au Parlement, c'était la langue flamande qui devait être valorisée. Donc, on supprime. 

 

 

Crédit PCB

 

 

Strips in originelen, le nom de l'exposition, a rapidement fait parler d'elle, lorsqu'a été découverte cette opération de découpage méthodique. « On m'a demandé l'autorisation d'exposer cette planche de 'L'Enfant penché' dans le cadre d'une exposition sur les originaux des auteurs belges de bande dessinée. Le texte des bulles appartient à l'original. Il est lettré à la main avec la même plume et la même encre que le dessin. Il fait partie intégrante de l'oeuvre », expliquait François Schuiten, la semaine passée.

 

Entre temps, et par solidarité, Kamagurka avait demandé officiellement le retrait de ses oeuvres. Le comédien et artiste Luc Zeebroek, plus connu en tant que Kamagurka, s'était adressé directement au président du Parlement, Jan Peumans, dans une langue, certes néerlandaise, mais surtout très contrariée.  

 

  

 

Le tout avec un jeu de mots assez difficile à traduire, Peumans faisant allusion au nom du président du Parlement, et que l'on traduirait par « J'en ai un peu marre mec ». Le reste est très facile à deviner : « Je retire mon oeuvre qui est exposée au Parlement flamand. »

 

"Complices d'une censure inadmissible"

 

Et puis, le vent de la révolte a continué de souffler. Cette fois, c'est au tour de la Press Cartoon Belgium, organisation qui réunit plusieurs auteurs et dessinateurs de presse, de s'indigner. Ils « protestent avec la plus grande énergie contre l'intervention et la mutilation de la planche de François Schuiten présentée à l'exposition du Parlement flamand ». Toutes les personnes « qui se cachent derrière cet acte [...] se rendent complices d'une censure inadmissible ». Et d'ajouter : 

 

Les cartoonistes du PCB, tant flamands que francophones, refusent de collaborer à pareille censure linguistique. Qu'il s'agisse d'art, de dessin, de peinture ou de toute forme narrative, la censure ne peut jamais venir d'en haut, ni d'en haut et ni d'en bas non plus.

 

On est alors invité à partager son ressentiment ou son désaccord, directement sur la page de contact du site du PCB, pour, notamment, signer la pétition. 

 

Pour l'heure, assurent les organisateurs, seuls les dessins de Kamagurka ont été retirés, attendu qu'il serait le seul à avoir formulé officiellement une demande de retrait, rapporte l'agence Belga. 

 

Le communiqué est signé de Karel Anthierens (président PCB) et : Vincent Baudoux, Cécile Bertrand, Emiel de Bolle, Canary Pete, Clou, Cost., Vincent Dubois, Frédéric duBus, Josse Goffin, Paul de Groeve, JacPé, Jeroom, Kamagurka, Kanar, Karl, Kroll, Jean-Louis Lejeune, Marec, Philippe Moins, Johan de Moor, Nix, Olivier Saive, Samuel, Joris Snaet, Jacques Sondron, Nicolas Vadot, Vejo, Quirit, Zaza, Xavier Zeegers

 

De son côté, Benoît Peeters, contacté par ActuaLitté, nous faisait part de sa déception :  

Toute cette affaire est plus stupide qu'autre chose, et fait un bruit démesuré. Voilà un "blanc bien sonore". Elle contribue à donner une triste image de la Belgique, ce qui me désole, tout Français que je sois.

Je veux bien croire au malentendu. Mais il faut avouer qu'il y a eu à tout le moins une accumulation de maladresses. Un mépris du droit moral. Et une indéniable censure, en tout cas sur la brochure.

Une édition flamande de l'album "L'enfant penchée" existe, vous le savez comme moi. Rien n'était plus facile que de remplacer le texte de la bulle par celui de la traduction, sur l'affiche et dans la brochure.

 

Et l'éditeur, Casterman, avait dénoncé, dans un communiqué, « l'utilisation abusive d'une oeuvre originale de deux de [leurs] auteurs », évoquant également « le non respect du droit moral dû à l'auteur », qui logiquement le protège de toute mutilation de son oeuvre, dont l'intégrité est alors garantie.