Belgique : Tintin au Congo n'est pas raciste, pour la justice

Clément Solym - 10.02.2012

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Tintin ne sera donc pas interdit de l'autre côté de la frontière, la justice belge a été ferme : Tintin au Congo n'a rien de raciste, et le plaignant, Bienvenu Mbutu Mondondo repartira avec sa plainte entre les mains.

 

Dans le verdict rendu aujourd'hui, finalement, la justice belge a décidé que l'action intentée était infondée : accuser de racisme Hergé, en regard du contexte historique serait donc un non-sens. En effet, la plainte n'aurait été recevable qu'avec l'apport de la preuve que la BD comportait « une intention discriminatoire ». 

 

Avec ce titre, nous serions donc bien loin de cette idée, et l'avocat du plaignant, Me L'Hedim rapporte que le tribunal n'a pas estimé qu'Hergé ait pu être « animé d'une telle volonté » de nuire.

 

Depuis des années que son client est parti en guerre contre ce titre, toutes ses tentatives auront donc échoué. Réclamant que la BD soit interdite à la vente, ou qu'elle soit sanctionnée par un bandeau d'avertissement, comme ce peut être le cas dans d'autres pays, Bienvenu Mbutu Mondondo n'aura pas non plus obtenu gain de cause cette fois-ci. 

 

C'est que face à lui, on trouvait tout de même Casterman et Moulinsart, la société chargée de veiller au grain, et au bon, et pilotée par l'implacable Nick Rodwell. 

 

 

 

En novembre dernier, Valery de Theux de Meylandt, procureur du roi, et dont l'opinion est généralement suivie par les juges, avait fait savoir qu'à son humble avis, Tintin au Congo n'avait rien de raciste. Mais pour le plaignant, ainsi qu'il l'expliquait un mois plus tôt : « L'oeuvre d'Hergé, qui date de 1931 et est toujours commercialisée, est en contravention avec la loi belge réprimant le racisme. »

 

Son avocat avait d'ailleurs fait valoir que cette BD devait, tout au moins, être encadrée ou relativisée. « Nous sommes bien conscients que la liberté d'expression doit être respectée, mais il y a des limites à cette liberté », ajoutait-il. Toutefois, il restait « clair que les stéréotypes figurant dans ce livre lu par un nombre considérable d'enfants ont encore des conséquences sur leur comportement à l'heure actuelle. Le racisme trouve son ancrage dans ce genre de stéréotypes ».

 

Mais toute l'incongruité de la demande était apparue plus nettement, lorsque que le ministre de la Culture du Congo lui-même avait, en octobre 2010, approuvé la vision donnée par Hergé. « Aux temps anciens, lorsque ce livre a été écrit et que son créateur a été inspiré, effectivement, les Congolais ne savaient pas parler français. Jusqu'aujourd'hui, le Congolais n'est pas celui qui parle le mieux français. À cette époque-là, époque décrite dans l'ouvrage, effectivement, pour remettre le Congolais au travail ou tout simplement l'inciter à travailler, il fallait utiliser le bâton. Jusqu'aujourd'hui, dans certains milieux, pour envoyer les enfants ou les adultes au champ, il faut y aller par des méthodes fortes. » (voir notre actualitté)

  

« Oui, la liberté d'expression peut être limitée, oui, le racisme peut en être un fondement, mais alors il faut pouvoir expliquer en quoi il est nécessaire d'interdire cette publication pour le bien de notre société. Sur ce point, rien n'a été démontré », avait en rétorqué les avocats de la défense, peu après.

 

Pour l'avocat chargé de défendre Casterman et Moulinsart, Me Alain Berenboom : « C'est une décision saine et pleine de bon sens, selon laquelle il faut prendre une oeuvre dans son contexte et la comparer avec les informations et les clichés de son époque. » Et de faire valoir : « C'est l'époque de la +Revue nègre+ de Joséphine Baker, de l'exposition coloniale de Paris. Hergé est dans l'air du temps, ce n'est pas du racisme, mais du paternalisme gentil. »