Bien des choses : cartes postales pour Morel et Rabaté

Clément Solym - 25.10.2009

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Ça commence avec les premières colos, et ça ne vous lâche plus. On est d’abord tenté d’écrire la même chose pour toute la famille : 
« Je vais bien. Il fait beau. Il fait chaud. » Puis on s’y fait. On ne coupera pas à l’habituelle carte postale. Alors autant en rire.

Tel Rabelais ou Pascal, et dans la plus pure tradition épistolaire, les Rouchon et les Brochon – cousins éloignés des Bidochon ? – ne rateraient pour rien au monde l’occasion d’envoyer une carte de plus. Avec leur Pensées d’Alexandrie ou leur Grand bonjour de Mansourahi, ils offrent à leurs destinataires un petit morceau de voyage et de rêve. Qu’ils soient à Paimpol, en Inde, à Louxor ou à Bordeaux, ils trouvent toujours matière à écrire. Et qu’importe s’ils tombent dans tous les clichés, ou s’ils ne parlent que de choses triviales. C’est pas parce qu’on est à l’autre bout du monde qu’on doit philosopher ! Sans blague !

On sourit lorsque Madame Rouchon, alors en Australie, fait des commentaires sur Questions pour un champion, qui pour son plus grand bonheur passe à la télévision. Ou lorsque Madame Brochon en voyant la fontaine de Trévi se souvient qu’il y a une fuite chez elle, et demande à sa voisine de bien vouloir couper l’eau… Pas question de se passer de tous ces petits détails ! Ils adorent voyager, mais ce qu’ils aiment par-dessus tout c’est leur univers, leur quotidien, leurs habitudes, le « repas des anciens », la choucroute entre amis, les analyses pour le cholestérol, leur petit chemisier... 



C’est d’abord une pièce de théâtre, écrite et mise en scène par Morel. Puis il a trouvé un dessinateur à la hauteur, Pascal Rabaté, afin d’illustrer cette foisonnante correspondance. À eux deux ils font le portrait de ces gens, attachés à leurs valeurs de petits franchouillards, avec habilité, humour et subtilité.

La caricature est là ! Les dessins de Rabaté rappellent les coups de crayon des carnets de voyages, avec une typographie manuscrite au stylo plume. Un petit air de voyage qui nous évoque les traits de Sempé. Et même si le ressort comique s’essouffle un peu sur la fin – quoi de plus normal après des années d’échange épistolaire ? –, on rigole en se revoyant, l’air bête, devant nos cartes postales : « Chez soi, on rêve de croisières, d'azur et de palmiers. Là-bas, on a la nostalgie de ses chaussons». Pas faux, Monsieur Morel.

De quoi passer un bon moment, et s’inspirer pour les prochaines vacances !

Bien des choses, par François Morel et Pascal Rabaté, publié chez Futuropolis, 19 €.

François Morel et Olivier Saladin jouent la pièce jusqu’au 28 novembre au Théâtre de la pépinière, 7 rue Louis le Grand, 75002 Paris.