Billy Brouilard, Le don de trouble vue : Tim Burton est KO

Clément Solym - 27.12.2008

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Véritable splendeur parue chez Soleil, c’est avec plaisir que nous allons vous causer dans l’oreille de Billy Brouillard. Arpentant les méandres d’un imaginaire pas trop éloigné de celui de Tim Burton, ce roman graphique de Guillaume Bianco est une sorte de cadavre exquis à lui tout seul. J’insisterai sur l’adjectif exquis, moins sur le côté cadavre…

Ce charmant bambin voit des choses que les adultes ne comprennent pas, et si l’on pense dès la page du sommaire à Beetlejuice, votre perception n’aura pas été altérée le moins du monde. Les vers bariolés et annelés avec des dents, on ne trouve pas cela sous le sabot d’un cheval. Ils se nomment vermicolles, ont deux têtes et sont particulièrement teigneux. Et les créatures étranges et dangereuses ne manquent pas dans la vie de Billy. Ce qui fait que, quand il nous explique qu’il a commerce avec les morts, on est tenté de le croire.

Et justement, la mort est une thématique abordée dès les premières pages, avec celle de Tarzan, le chat de Billy, au point qu’elle ne quittera pas le roman. Pour autant, rien de morbide au fil des pages : au contraire, la richesse de la mise en page, les multiples transgressions graphiques, les pages reproduites, les astuces de police manuscrite, etc. donnent à l’ensemble une réelle vie, comme si l’on parcourait un récit de journal intime plongé jusqu’à l’os dans l’imaginaire prolifique d’un petit garçon.

D’ailleurs, une fois la page 13 passée, vous n’en sortirez plus…

Entre poésies, planches de BD, textes explicatifs, schémas et dessins précisant tel ou tel point de l’histoire que Billy vient de vivre. Une sorte de livre d’histoire naturelle, mêlé à un herbier de tout ce qui se fait dans le domaine graphique, toujours avec une orientation un peu funèbre : les histoires de Billys sont de vrais délices.


Cette plongée dans le monde enfantin de Billy, agité d’angoisses et d’une petite sœur qui l’aime terriblement, c’est à la fois rafraîchissant et débordant de vitalité : un plaisir qui ne dure pas assez longtemps… Un grand bravo à Guillaume, on peut se tutoyer, peut-être ? Je dis « tu » à toutes les personnes que j’aime, et toi, tu m’as franchement enchanté. Attention toutefois, bien que la vie du petit Billy soit celle d’un enfant pas bien vieux, on la déconseillera aux plus jeunes qui passeraient devant sans trop comprendre.

Ou pas, en fait. On n’a pas eu l’occasion d’essayer… Reste qu’en plus de toutes ces jolies qualités, le soin apporté au livre et à la qualité de sa réalisation force le respect et ravira le bibliophile plus encore. À ne surtout pas rater !