Brian K. Vaughan ou le comics de situation

- 28.03.2013

Manga/BD/comics - Comics - comics independant - undeground - Lost


« Je ne travaille pas avec des femmes, je travaille avec les meilleurs artistes ». Derrière cette assertion somme toute lapidaire, il faut se rendre à l'évidence. Vaughan, scénariste de comics et de séries télé a connu ses meilleurs succès sur des collaborations avec des femmes. Rien d'anodin, si on reprend sa bibliographie où deux thèmes se dégagent clairement.

 

 

 

L'évasion, toujours. Dans Y, le dernier homme, c'est le devenir du seul homme encore vivant face à certaines femmes peu amènes. Dans Saga qu'il signe avec Fiona Staples, une guerre perdure entre deux races extraterrestres que tout divise sauf un couple mixte qui cherche à protéger leur enfant métis. On y verra un Roméo et Juliette dans les étoiles. Il y a encore Les fugitifs (the Runways en VO), qui opte pour le point de vue d'adolescents de l'univers Marvel. Des gosses, fils de mutants qui font leur possible pour échapper à leurs parents criminels. Une idée venue dans ses jeunes années et qui trouve un nouvel écho dans ses nouvelles expériences de vie.

 

 Des superhéros vieillots

 

La filiation est le second de ces deux axes sur lequel Vaughan revient sans cesse. La survie n'a d'importance que pour la perpétuation. C'est le propos d'un homme qui puise dans son vécu de jeune père. « Le terreur et l'aventure » sont les mots qui lui viennent quand on évoque avec lui la paternité. Si l'art d'être père le préoccupe autant dans sa production, c'est peut-être parce que Vaughan a été un jeune artiste sorti assez tôt du système. Un ras-le-bol d'exploiter sans cesse les « vieux héros des comics de 70-75 ans » de Marvel ou DC, toujours. Même le mazoutage de Frank Miller sur Batman en violent chevalier noir ne l'interpelle pas plus que cela.

 

Le roman graphique indépendant et « chercher quelque chose de frais ». Ce qui l'a amené à s'aventurer dans l'écriture pour séries. Un peu de Buffy mais surtout les trois dernières saisons de Lost. « Je n'ai jamais vraiment voulu quitter le comics mais expérimenter autre chose ». La transition fut plutôt difficile malgré le talent. 

 

Il compare les deux médias : « Travailler à la télé c'est comme rédiger les discours d'un président. Il s'agit moins de donner son point de vue, mais plus d'aider les créateurs à exprimer leurs idées. » Il garde le souvenir de l'émulation du travail en collaboration, mais la liberté passe par le comics. À condition de sortir des sentiers battus.

 

 

 

 

C'est encore plus visible avec les Seigneurs de Bagdad, édité chez Urban Comics. Un fait divers lu incidemment et qui va offrir une nouvelle fusion artistique. Celle de lions échappés d'un zoo lors du second conflit irakien. L'occasion d'exploiter une vieille recette. Montrer les conflits humains au travers des yeux de bêtes. Quatre fauves comme autant de postures face à la guerre. En 2006 « en pleine ferveur » de l'Amérique belliciste, il lui a semblé « plus accessible de faire parler les animaux » pour traiter de la douleur et de la passivité. Il estime que pour son public « cela aurait été bizarre avec des personnes d'un autre pays », une identification mal aisée.

 

Et d'autres ressorts. Le cliffhanger « normal pour un scénariste » et surtout choisir de donner ou ne pas donner de fin à ses séries. Avec le plaisir - rare dans le comics - de finir une série, « laisser inchangées les choses pour toujours ». Pourtant, cette nouvelle Saga sur l'amour filial doit durer et cumuler plus de numéros que Y et les autres séries passées. « La continuer pour toujours ou jusqu'à ce que [son illustratrice] en ait marre ». En attendant, l'artiste produit des projets plus confidentiels. Être un auteur indépendant ne garantit pas le succès, mais dote d'un certain flair. Vaughan s'essaye actuellement aux comics en ligne avec Private Eye.

 

Avant le démarrage à la télé de l'adaptation en série de Dome, de Stephen King.