Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Bruno Maïorana, auteur de Garulfo, a décidé d'arrêter la BD

Julien Helmlinger - 27.05.2014

Manga/BD/comics - Univers BD - Bruno Maïorana - Bande dessinée - Auteur


Tout travail mérite salaire. Bien que Bruno Maïorana ait fait partie des auteurs BD à succès, ayant signé la saga Garulfo ou encore la série D dont s'apprête à paraître le troisième et ultime opus, le voila résigné à mettre un terme à une carrière chronophage qui ne permettrait pas d'en tirer un salaire décent. Si Garulfo s'est écoulé à plus de 300.000 exemplaires, Maïorana estime que par rapport au temps qu'elle demande à lui consacrer, la BD ne serait pas une activité viable d'un point de vue économique.

 

 

 

 

Marché parfois jugé saturé, celui de la BD ne serait pas une sinécure pour ceux qui en vivent. Sans détour, l'auteur confie : « Cela fait un an et demi que j'y songe. Parce que la BD n'est pas viable par rapport au temps que je peux y passer. Le plaisir et la passion ne peuvent pas tout justifier. Être dessinateur de BD, c'est chronophage au point que tu n'as plus de temps à consacrer à l'autre ; c'est sacrifier tout, sans pouvoir en tirer au moins un salaire décent. »

 

Il faut considérer que les droits d'auteurs représentent entre 8 et 10 %, voire moins, sur le prix hors-taxe d'une bande dessinée commercialisée généralement entre 10 et 15 euros. Mais comme le souligne Maïorana : « Attention, auteur, c'est un terme générique pour désigner le scénariste, le dessinateur et le coloriste. Au final, j'en connais beaucoup qui ne remplissent pas leur frigo. »

 

L'offre est abondante, les avances sur droits comme les tirages ou le temps d'exposition en librairie revus à la baisse. Pour le dessinateur français : « Un éditeur aujourd'hui ne se soucie plus de défendre une série par amour de la BD : il vend de la tonne de papier. La BD est le monde le plus libéral qui soit. La mondialisation et le dumping social, qui fait qu'il est plus intéressant pour un éditeur de rémunérer un auteur tchèque ou chinois, ne nous épargnent évidemment pas. »

 

 

 

 

Pour expliquer cette nouvelle donne, Maïorana pointe notamment l'émergence des dessinateurs blogueurs « dont les éditeurs attendent qu'ils se créent leur propre notoriété avant de les intégrer au système », et qui oeuvrent donc sans protection réelle. « Nous avons tous les inconvénients des professions libérales, sans en avoir aucun avantage. Un éditeur peut arrêter une série du jour au lendemain sans se justifier. Il n'a même pas à payer nos charges sociales, uniquement celles de ses propres salariés. »

 

Son bilan est amer : « Dans la BD, aujourd'hui, celui qui produit la richesse ne vaut rien, mais celui qui sait faire de l'argent vaut quelque chose. » En conséquence, Bruno Maïorana estime donc qu'il est temps de s'assurer « une meilleure qualité de vie ». (via Sud-Ouest)