C'était un Homme sans rêve, entre les buildings et l'audimat

Clément Solym - 05.10.2011

Manga/BD/comics - Univers BD - homme - reve - television


C'est quelque part entre les buildings prétentieux, qui s'en vont gratter le cul des nuages, et la masse grouillante d'une population ayant sanctifié le petit écran. Quelque part, dans les hauteurs, Stan. Et ses patrons.

Ici, la douceur de l'aquarelle contraste avec la violence des dessins. Les traits sont stridents, teigneux, hargneux. Ici, seule la colère compte, et la rage d'écraser plus encore son prochain. Le ridicule ne tue pas, il se monétise, à grand renfort d'audimat et d'annonceurs.


Et quelque part dans les rues, Stan. Et ses patrons qui surveillent depuis les hauteurs.

On est à mi-chemin entre le texte de Renaud, Manhattan-Kaboul
Petit Portoricain, bien intégré quasiment new-yorkais
Dans mon building tout de verre et d’acier,
Je prends mon job, un rail de coke, un café,

Et celui de Noir Désir, Homme pressé
J'suis un mannequin glacé
Avec un teint de soleil
Ravalé, Homme pressé
Mes conneries proférées
Sont le destin du monde
Je n'ai pas le temps je file
Ma carrière est en jeu

Et un peu plus loin dans ces deux extrêmes de la souffrance qui ne veut pas s'exprimer, Stan. Et la pression de ses patrons, qui surveillent moins leur cholestérol que les chiffres de la veille.

L'Homme sans rêve, de Joseph Safieddine et Olivier Bonhomme, c'est un conte sordide, de pouvoir et d'influence, aux dessins torturés. C'est un titre dans lequel il faut revenir plusieurs fois, pour ne pas rejeter la haine qui s'en dégage, et y trouver quelque chose. La paroi est lisse, si lisse que les points d'accroche, si rares, ne laissent aucune chance de ne pas sombrer.

Alors on sombre.

Et pas question, comme le chante Stromae de vouloir danser pour oublier. Ici, on est rattrapé. Comme Stan. Et l'on s'effondre avec lui.

Heureusement, Stan, c'est un gagnant...

Publié chez Manolosanctis, 16,50 €.