Charlie Hebdo : départ de Luz, sur fond de tensions

Nicolas Gary - 16.05.2015

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Rien ne serait plus comme avant, il fallait s'en douter. Après les attentats de janvier, la rédaction de Charlie Hebdo vit des heures difficiles. Au cours de cette semaine, les tensions entre la direction et les rédacteurs deviennent plus fortes. Et tout a été déclenché par une procédure aboutissant à une mise à pied...

 

 

#CharlieHebdo

Guerric, CC BY SA 2.0

 

 

Zineb El Rhazoui, convoquée chez le directeur, cela ressemblerait à un début de dessin. Mais la journaliste n'a pas souri : on lui a signifié une mise à pied, suite) un entretien préalable à licenciement – une procédure qui ne laisse cependant planer que peu de doutes sur sa finalité. 

 

« Je suis choquée et scandalisée qu'une direction qui a bénéficié d'autant de soutien après les attentats de janvier fasse preuve d'aussi peu de soutien envers un de ses salariés, qui est sous pression comme tous dans l'équipe et fait l'objet de menaces », explique-t-elle dans Le Monde.

 

Les conditions de travail, du fait de la protection policière assurée, rendent la vie quotidienne des rédacteurs impossible. Cependant, la journaliste parle plutôt de « mesure punitive », qui découlerait d'une tribune qu'elle avait cosignée en mars, évoquant une refondation du journal. 

 

« Recevoir des prix pour la liberté d'expression et convoquer des journalistes menacés, c'est paradoxal. Et on n'a pas d'explication alors que journal se veut alternatif et socialement irréprochable... » estime pour sa part Patrick Pelloux.

 

Et puis, là-dessus, vient se greffer le départ annoncé de Luz, personnalité historique, qui quatre mois après l'attaque de la rédaction, choisirait de quitter Charlie. C'est que le journaliste faisait déjà part de doutes sérieux, au mois de janvier : devoir la vie au fait que l'on est arrivé en retard à une conférence de rédaction procure certainement un léger vertige. 

 

Mediapart évoque ainsi un départ prochain, attestant de la gravité de la crise traversée par le journal satirique. Sale temps, vraiment.

 

Dans un entretien, le dessinateur Luz avait déjà affirmé aux Inrocks qu'il ne dessinera plus le prophète Mahomet. D'après lui, il ne s'agit pas d'abandonner la liberté d'expression et de dessin, mais simplement d'un ras-le-bol du personnage, qu'il a trop dessiné, selon ses propres aveux.


Le même symptôme s'était fait sentir chez le dessinateur avec... Nicolas Sarkozy. Dans les pages de Charlie Hebdo, il avait réalisé son dernier dessin de Sarkozy, assurant que l'image de l'ancien président le hantait, quasiment. « [C]'est fini, il ne m'intéresse plus. Je m'en suis lassé, tout comme celui de Sarkozy. Je ne vais pas passer ma vie à les dessiner », insistait le dessinateur.

 

Jean­nette Bougrab donne d'ailleurs le ton, en fracassant le dessinateur. L'ancienne compagne de Charb, décédé au cours des attentats, déplorait la décision de cesser la représentation du prophète. « Moi, contrai­re­ment à Luz, je conti­nue à parler du Prophète », affirme-t-elle. Et de descendre en flèche l'intéressé, « un médiocre, un usurpateur » : « On a connu mieux comme héros. » Et de balancer, en guise de final : « La greffe qui marche le moins bien, c'est la greffe de couilles. » (via Valeurs actuelles)

 

Ambiance...