Chez Marvel, différence et diversité ne rapportent rien : on arrête ?

Florent D. - 04.04.2017

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La différence, c’est le mal. C’est surtout le mal du commerce, qui manifestement se réjouit de vendre de l’uniforme, du conforme, du standardisé. Chez Disney, par exemple, malgré de réels efforts, on assure que la diversité ne paye pas. Enfin... qu’elle ne rapporte rien. Ou pas assez.

 

 

 

Au cours des dernières années, les personnages des films de Disney ont subi une légère cure de diversité : des personnages moins blancs, des princesses un chouia plus complexes, des créatures plus empathiques. Mais ce n’est pas le seul : l’éditeur de comics Marvel, qui appartient à Mickey, a introduit une femme Thor, des super héros LGBT, des mariages gays ou encore des héros pakistanais...

 

Sauf que ça ne vend pas, assure David Gabriel, vice-président des ventes. Cette libéralisation du monde des héros ne fonctionne commercialement pas – ou pas aussi bien que l’entreprise le souhaitait ?

 

« Ce que nous avons compris, c’est que les gens ne voulaient pas plus de diversité. Ils ne voulaient pas de personnages féminins. C’est ce que nous avons entendu, indépendamment de ce que nous croyons. J’ignore si c’est vrai, mais c’est ce que nous avons constaté dans les ventes. Ce que nous observons des ventes de personnages différents, de tout nouveau personnage, ou de super héroïnes, n’importe quoi qui n’est pas au cœur de l’univers Marvel, eh bien les gens s’en détournent. C’était difficile pour nous parce que nous avions un stock de nouvelles idées passionnantes, et, quoi que nous essayions de sortir, ça ne marchait pas vraiment. » (via iCV2)

 

Bien, bien, bien : la diversité ne rapporte pas assez, mais peut-on s’en étonner dans l’Amérique d’un Donald Trump ? A l’heure des nationalismes qui s’exacerbent, le marché du comics peut-il refléter, comme il s’est appliqué à le faire par le passé, l’état d’esprit inquiet, le rejet de l’autre, du nouveau. « Plonger vers l’inconnu, pour trouver du nouveau », c’est tellement baudelairien : c’est beau, mais on n’en mesure pas la portée, la nécessité.

 

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Évidemment, les observateurs du marché du comics savent que cette diversification des personnages n’est pas seule responsable : à multiplier les reboot, les univers parallèles, les énièmes déclinaisons d’un même personnage – Spider Man, pour ne citer que lui – les clients se lassent.

 

De même, les crossover réunissant la carpe, le lapin, la poule et le couteau finissent par donner le vertige : cette démultiplication, là encore, est nuisible. Voire néfaste. Mais n’a rien à voir avec un rejet de la diversité : c’est la surenchère dans l’exploitation des grandes figures de Marvel qui épuisent les lecteurs.

 

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Comprenant qu’il avait dit là une belle ânerie, David Gabriel a fait publier un message, éclaircissant sa position. Et celle de Marvel par conséquent : « Il se trouve des magasins qui accueillent et soutiennent nos nouveaux personnages et nos titres, et en veulent plus. » Il revendique même la fierté de porter la voix de la diversité, en l’associant à des héros emblématiques.

 

Ou qui le deviendront.

 

Car constituer une communauté prend du temps, et pour chacun des lecteurs, de l’argent : encore faut-il s’assurer que l’on vend des œuvres de talent, portées par des dessinateurs et scénaristes qui sauront convaincre sur la durée. La logique court-termiste est à combattre, certainement plus que la recherche d’une authentique diversité.