Christophe Arleston : “Lanfeust Mag a rempli son office en très grande partie”

Nicolas Gary - 13.01.2019

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Conçu originellement comme un outil promotionnel, permettant de faire vivre ses personnages, Lanfeust Mag avait été créé en 1998 au sein du Gottferdom Studio. Avec les scénaristes et dessinateurs Didier Tarquin, Dominique Latil et Philippe Pellet, Christophe Arleston avait ouvert cet atelier à Aix. Mais pour Lanfeust Mag, c’est la fin – sujet garanti sans troll...
 


Le coup est parti en milieu de semaine, du créateur lui-même : « La presse papier ne va pas bien, alors il est temps de mettre un point final à une belle expérience qui aura quand même duré 20 ans », indique Christophe Arleston, créateur de Lanfeust et de l’inénarrable Troll de Troy.

« L’ironie du sort veut que le magazine Psikopat (magazine BD lancé par Carali dans les années 80) sorte son dernier numéro aujourd’hui. Il ne fait pas bon vivre dans le monde la presse pour les magazines BD », souligne de son côté l’édito de BDfugue.com. 

Le dessinateur Éric Herenguel, qui y a pris part, compte parmi ceux qui ont réagi : « Le Lanfeust mag s’arrête. Que dire ? Plus de vingt ans, c’est juste un pilier de la presse bd qui s’éteint. [...] C’était ça Le Lanfeust mag, un laboratoire de découvertes. Alors depuis cette époque, j’ai toujours eu une affection pour l’équipe du journal. »
 


Sur les réseaux sociaux, les remerciements pleuvent, les souvenirs reviennent : beaucoup repensent à leurs premiers pas dans les pages du magazine... L’approche du festival d’Angoulême est d’autant plus propice à l’émotion.Christophe Arleston s’apprête, lui, à entamer une nouvelle vie : avec une nouvelle maison d'édition Drakoo qu’il crée chez Bamboo, une place aux mondes imaginaires sera accordée.
 

Un outil de communication, et d'exploration


Contacté, Christophe Arleston explique que cet arrêt du Mag se fait malgré tout « sans plus de regrets que cela. Il a rempli son office en très grande partie : de jeunes auteurs ont émergé avec le temps. Mais aujourd’hui, sa pertinence peut être interrogée. Tout le plus que l’on apportait, voilà 15 ou 20 ans, c’étaient des œuvres qui ne se retrouvait nulle part ailleurs. Et aujourd’hui, ce sont des contenus web. On perdait un peu notre raison d'être, en somme ».

Quand, à l’origine, se crée le magazine, avec Mourad Boudjellal alors à la tête des éditions Soleil, le projet n’a pas pour visée stricte de générer de l’argent. « Mes séries rapportaient assez, et, finalement, Mourad voyait dans le Mag une forme de budget de communication. On travaillait l’image, tout en recrutant de nouveaux auteurs, mais nous n’avions pas conçu l’objet pour qu’il soit financièrement optimisé. »

Avec quelque 3000 abonnés en permanence, les ventes pouvaient fluctuer suivant les moments de l’année – un pic en été, un grand creux durant le printemps – mais Lanfeust Mag n’était pas rentable. Quand en juin 2011, le groupe Delcourt rachète les éditions Soleil, le projet se poursuit.

Le Mag, avec 116 pages en quadri, propose de plus en plus de création, et pas seulement de la prépublication, bien qu’il intègre quelques titres des éditions Delcourt. « La prépublication n’a cependant pas grand intérêt : ce que j’ai toujours préféré, c’était que de jeunes talents nous rejoignent, les gags, le rédactionnel – et ces dernières années, nous avons sincèrement monté le niveau. » 
 

Une année avant de tout couper


Cependant, les pertes d’argent qu’il représentait ont fini par peser. « Pour Mourad, perdre quelques dizaines de milliers d’euros avec le Mag, c’était toujours moins d’argent qu’une campagne de publicité dans le métro. » Mais les temps changent, et le groupe finit par décider de couper ce budget communication.

« La décision fut prise voilà un an, et il faut reconnaître que Guy Delcourt a été extrêmement correct en nous laissant une année pour terminer. » Un gentleman agreement permet en effet de boucler en douceur, sans brusquer les auteurs. D’ailleurs, au cours de la période, le groupe Delcourt suggérait d’opérer une transition numérique, et de dématérialiser le Mag.

« La prépublication d’album sur internet, je n’en voyais pas vraiment l’intérêt : les albums en tranche sur un site, c’est tout de même autre chose qu’imprimé. Et puis, le contenu que l’on publiait, outre les prépublications, quel en serait le modèle économique ? Il y avait peu de chance que l’on parvienne à créer un abonnement et monétiser les textes », souligne Arleston.

Journaliste de formation, il ne voit cependant pas la mort de revues, mais plutôt l’orientation vers une presse papier de luxe, « je pense, à des revues trimestrielles qui représenteraient des objets pour bibliophiles, avec une vraie cohérence. Les temps ont changé, c’est ainsi ». 

Lanfeust aura toujours fait le choix du populaire, du fourmillant, avec des textes et des dessins « bien moins cons que ce qu’ils pouvaient laisser croire d’un coup d’œil trop rapide ». Quant aux archives, elles avaient, durant un temps, vécu sur la toile, mais le site n’a pas été entretenu et elles ont fini par disparaître. « Si l’on obtient l’accord des auteurs, peut-être que l’on pourrait travailler à leur mise en ligne. Mais cela représente beaucoup d’investissement – et rien ne se fera sans leur validation. »  


Commentaires
J'ai découvert vendredi soir avec stupeur que je tenais entre mes mains l'avant-dernier numéro de Lanfeust Mag. Je suis dévasté... Cela faisait bien trop longtemps que nous n'avions pas entendu parlé du TCM, on l'avait presque oublié, mais même pour eux c'est sale... Je sais que le mag survivras à travers ses auteurs.trices et lecteurs.trices mais le coup est dur. C'étais pour moi un savant mélange de Pilote, Mad, parfois Fluide Glaciale, mais c'était le plus drôle, le plus fort, le plus libre et la presse française (mondiale) ne saura être la même sans lui.



La leçon que je retirerais de cette aventure c'est de toujours laisser une place aux nouveaux créateurs.trices dans mes films, sans jamais arrêter d'apprendre, d'évoluer, de me remettre en question. L'état d'esprit Lanfeust Mag, cette sorte de laboratoire créatif tendant la main à une nouvelle génération notamment avec Willoe et Mo-Time (et tant d'autre) est un exemple à suivre et c'était le vent de fraîcheur que j'avais plaisir à retrouver chaque mois.



Merci. Merci. Merci.



Ce magazine aura compté dans ma vie, continueras de compter vu que j'ai réussit à mettre la main sur quasiment tous les numéros, et même si je verse ma larme aujourd'hui je garde l'espoir de voir les surprises créatives que le mag aura engendrées à travers ses lecteurs.trices.



Pour citer DAV : "Chez les rouges, c'est la désolation".



Ça vas nous manquer,



Bien cordialement,

Morgann Gicquel
Dès qu'on ne gagne plus autant d'argent on laisse tout tomber. voilà la société aujourd'hui.

"Si c'est pas TRES rentable c'est pas la peine de continuer..."

Je suis dégouté ! et je sais pas contre qui/quoi !

C'est une transition compliqué mais il y a encore plein de façon de laisser vivre lanfeust mag sur internet. et la première idée que vous avez c'est un mag en ligne de luxe, là ou presque personne ne viendra, là où les pauvres ne verront pas. Qui trouve ces idées franchement ? engagez un jeune qui s'y connais en webcommunity, je sais pas...
Cher Strawker



Tu lis de travers et tu gueules...

Il n'est pas écrit dans les propos de Arleston de créer un magasine de luxe en ligne...mais qu'un Lanfeust mag sur la toile n'aurait pas de raison, et que pour un magasine papier il faut désormais tenter le magasine plus luxueux et avec une périodicité moindre.

Oui l'argent est un élément important dans notre société, et sans argent je doute que nos auteurs puissent vivre. Du coup un éditeur qui préfère ne pas perdre d'argent dans un magasine et donc sûrement pouvoir rémunérer ses auteurs me semble un truc pas si idiot.

Lanfeust mag' a permis a des auteurs d'être publiés, des lecteurs de s'émerveiller.
un grand merci pour ces 20 ans trop court , a 53 ans , j'ai vu pif gadget , ere comprimé, metal hurlant , etc ,,,, et vous disparaitre , a cause du profit , tres desesperant. vos BD's sont geniales tout auteurs confondus , ekko va me manquée ,
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