Cité de la BD : le 'retour sur investissement' frappe le service public

Antoine Oury - 25.11.2013

Manga/BD/comics - Univers BD - Gilles Ciment - Festival de la bande dessinée - Angoulême


Pour son édition 2013, le Forum d'Avignon avait une nouvelle fois convié les figures incontournables de chaque secteur culturel. Gilles Ciment, directeur général de la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image d'Angoulême a évoqué la situation générale de la bande dessinée, plutôt réjouissante, tout comme les exigences des pouvoirs publics vis-à-vis de la Cité.

 

 

bâtiment Castro, cité de la BD (Angoulême,FR16)

Bâtiment Castro, cité de la BD d'Angoulême (jean-louis Zimmermann, CC BY 2.0)

 

 

En cette fin d'année, la bande dessinée a bénéficié d'un éclairage encore rare pour le secteur : trois adaptations, grand budget et promotion suivie, sont sorties les unes après les autres. La Vie d'Adèle (Kechiche), Le Transperceneige (Bong Joon Ho) et Quai d'Orsay (Tavernier) témoignent de « la grande diversité des propositions de la bande dessinée, susceptibles d'intéresser de grands réalisateurs ».

 

Une crise de la création au cinéma

 

Cela dit, Gilles Ciment ne s'emballe pas : « Ce que cela traduit surtout, c'est une crise de la création au cinéma, ou peut-être surtout de la confiance des investisseurs, et du coup la bande dessinée en profite comme d'autres sources, le roman, la télévision, les remakes... » Par ailleurs, il reste toujours difficile de vendre les droits d'adaptation d'une bande dessinée française, selon le directeur général.

 

La bonne santé du marché de la bande dessinée dépend avant tout de celui qui livre le diagnostic : libraires et auteurs semblent les premiers à encaisser le décalage entre offre et demande. « Actuellement, il y a dix fois plus de sorties qu'il y a dix ans, et pourtant, les ventes n'ont pas été décuplées. Ceux qui vendaient 4000 exemplaires hier en vendent 1500 aujourd'hui », constate Ciment.

 

La durée de vie des albums a singulièrement baissé, quand les prix des titres restent encore élevés. Une production qui provoque des cas cocasses, sauf pour l'auteur : « Certains titres n'ont même pas de durée de vie. Reçus par certains libraires, ils ne sont même pas sortis des cartons, par manque de place et de temps. »

 

Le marché de la BD, finalement, aurait rejoint dans ses conditions économiques, celui de la littérature générale. Quitte à maintenir « une grande créativité » et des conditions plus précaires pour les auteurs en début de chaîne.

 

Un service public sous pression

 

Quant aux missions de la Cité de la bande dessinée, elles ont suivi l'inflation du marché : « La mission d'origine de la Cité, c'est la collecte, la conservation et la diffusion du patrimoine, ainsi que l'aide à la création. Depuis quelques années, on nous réclame de l'intervention sociale, pédagogique, sur un financement constant depuis 4 ans. » La Cité a organisé des classes bandes dessinées dans les collèges régionaux, ou avec des groupes scolaires.

 

Le directeur général reste préoccupé par une nouvelle façon de considérer le service public et la culture : « Au niveau des agglomérations, on sent que les politiques ont des attentes qui ne sont pas forcément adaptées à l'objet. » Tandis que les budgets disparaissent du côté des associations ou de l'Éducation nationale, les établissements publics héritent de leur charge, sans relève du budget. 

 

Et la culture elle-même se retrouve mêlée à des objectifs à atteindre : « Nous avons demandé à l'agglomération à mettre les choses à plat, et à définir ensemble ce qu'est un service public de la culture, ce qu'est l'action publique dans la culture. Ce que nous avons eu, comme réponse, c'est une auto-saisie du conseil de développement de l'agglomération sur les questions de culture comme levier économique et vecteur de cohésion sociale. »

 

Autant de retours sur investissements, gare au mauvais bilan...