Collective, insolente, drôle : la bande dessinée en Italie la joue indépendante

Nicolas Gary - 20.05.2017

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#salto30 — Fondé en 2013, Manfont est un collectif d’auteurs, réunis en association, autour d’une simple envie : faire des bandes dessinées, comme ils les aiment. Ici, l’autoproduction règne en maître : chacun apporte sa pierre à l’édifice du livre, en conservant une totale autonomie. Rencontre.


ManFont : la BD à l'italienne
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

C’est avec un premier titre de science-fiction, Arcana Mater, que Manfont voit le jour. L’association s’oriente alors vers quelques projets, mais permet avant tout à quelques auteurs de se regrouper. « On apprécie tous notre liberté, ici, d’autant plus qu’en se regroupant comme collectif associatif, chacun conserve les droits de ses œuvres — et peut donc en faire ce qu’il souhaite », nous explique Marco Daeron Ventura, qui a intégré l’aventure récemment. 

 

Association certes, mais avec des titres aujourd’hui présents en librairie : en tout, une trentaine de livres sont aujourd’hui commercialisés. « Nous ne pouvons pas gagner d’argent, parce que nous ne sommes pas une entreprise, alors on réinvestit tout dans le marketing et notre communication. » Chance, les libraires apprécient leurs livres, « et la diversité des auteurs que nous représentons, c’est certain ». 

 

Depuis le site internet, on assure la vente en ligne, qui représente une partie non négligeable des revenus. « L’accès aux librairies, c’est assez récent, et l’on dépend toujours de l’espace qu’elles peuvent accorder à la bande dessinée. » Pour financer leur dernier projet, POErtraits — une amusante déclinaison du nom d’Edgar Poe, décliné autour de jeux de mots — c’est au crowdfunding que Manfont a eu recours. De quoi confirmer qu’une communauté de lecteurs et de fidèles existe bel et bien.

 

« Le constat qu’un auteur de BD en Italie peut faire, c’est qu’il n’y a pas de grandes maisons pleinement dédiées à ce genre. C’est aussi ce qui a motivé la création de Manfont. Nos titres sont un peu décalés, parce que nous le sommes nous-mêmes (rires). Mais quitte à être libres et faire ce que l’on aime, autant le réaliser sous notre bannière. » 


ManFont : la BD à l'italienne
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Pour sa première venue au Salon, le collectif s’émerveille. « C’est bruyant, mais on rencontre beaucoup de gens qui découvrent nos albums. Cette année, nous avons ajouté au catalogue des titres pour la jeunesse, et les enfants sont intrigués par ces aventures de personnages un peu fous. »

 

Manfont jouit déjà d’une certaine reconnaissance : les titres Arcana Mater et Yamazaky ont ainsi fait l’objet d’une collection parallèle, baptisée Apocrypha. Pour cela, les élèves de l’école de la Scuola Internazionale di Comics Roma et celle de Turin sont invités à prendre part à la réalisation et apporter leur vision, en explorant l’univers. 

 

« Bien sûr, on envisage de monter une vraie société, mais cela impliquera des changements profonds pour nous — comme de céder ses droits d’auteur à la maison d’édition. D’un autre côté, cela faciliterait peut-être l’exportation de nos œuvres : être traduit, en français ou en espagnol, ce sont des choses qui font rêver. » 

 

En parcourant les différents titres, on se rend compte que la chose ne serait pas impossible, loin de là. « Nos albums ne sont pas trop autoréférencés, tournés vers le monde italien, et avec trop d’allusions à des faits de société que des lecteurs étrangers ne saisiraient pas », poursuit Marco. On pense évidemment à des titres comme Quando c’era LUI, une satire au vitriol de la montée d'un fascisme contemporain en Italie et des adorateurs de la figure du Duce, Benito Mussolini. 

 

ManFont : la BD à l'italienne
ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

Marco se marre soudainement, à l’évocation de cet album. « Oui, évidemment, on passe à côté de toute la BD si l’on n’est pas Italien. Il y en a d’autres qui se sont emparés de la figure du Pape et du Vatican. Bien sûr, en France, vous êtes distanciés de la religion, et vous pouvez vous en moquer. Mais nous, l’Église catholique, nous vivons avec : toute satire est encore plus importante, et symbolique en Italie. »

 

On a lu, on a (plutôt bien) aimé : Little Norby. Cette BD est justement signée par Marco Ventura, classé dans leur collection Cose da ridere (Des choses pour rire). C’est l’histoire d’un chaton, qui débarque dans la vie d’Anna : drôle, efficace, et universel — il suffit d’avoir eu un chat pour s’identifier assez rapidement. C’est là une des facettes de cette maison, qui définitivement ne manque ni de créativité ni d’idées… (voir leur site)


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