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Comics : du boom faramineux, à l'affreuse explosion

Auteur invité - 20.04.2018

Manga/BD/comics - Comics - comics industrie Amérique - histoire comics USA - Marvel DC Comics


Stewart est l’un des rares au sein de la toute nouvelle direction de Marvel à entretenir une vraie passion pour les comics books. Il a grandi dans l’Arkansas où il chassait avec méthode la moindre parution de DC dans le peu de points de vente qui en proposaient en ville. Mais Perelman et le reste de son équipe ne savent pratiquement rien de cette industrie. D’ailleurs, elle leur importe peu. Ce dont ils sont sûrs toutefois, c’est qu’ils vont pouvoir exploiter le filon Marvel autant que possible.

 
Cette semaine, ActuaLitté vous propose de découvrir avec Fantask Editions, 50 années d'histoire de l'industrie du comics, aux États-Unis.

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Ryan C, CC BY 2.0
 
  

Soudain, la maison d’édition est réduite au simple statut de vache à lait et l’on exige d’elle qu’elle génère du cash à l’instar de n’importe quelle entreprise, quel que soit son secteur d’activité. La créativité est reléguée au second rang, derrière celui qu’occupe le profit. « Quand Ron Perelman s’est porté acquéreur de Marvel, il est arrivé dans mon bureau et m’a dit : “Je souhaitais vous rencontrer. Vous êtes ici le best-seller”, raconte Ann Nocenti, l’ancienne responsable éditoriale de Uncanny X-Men. Ensuite, il s’est remis à arpenter le couloir et a déclaré à quelqu’un : “Bon, vu que les trucs qui commencent par un X font vendre, pourquoi ne mettez-vous pas un X devant tous les bouquins ?” Il n’entendait rien au concept. Il ne comprenait pas le fait qu’il ne suffisait pas d’apposer un X sur n’importe quelle publication pour qu’elle puisse vendre. »

Sous la direction de Perelman, Marvel commence à amorcer un virage violent de manière à faire croître les bénéfices. En mai 1989, la maison d’édition réalise un gros coup en augmentant le prix de vente d’un comics de base. Celui-ci, qui était alors de 75 cents, passe désormais à 1 dollar. Tout le monde à bord est surpris de constater qu’une telle inflation ne semble pas porter préjudice au chiffre d’affaires.

Marvel revoit à la hausse la qualité du papier qu’elle propose dans ses publications et réalise certains efforts au niveau de l’impression afin d’attirer les agences de communication qui, jusqu’à présent, avaient toujours été réticentes à la perspective de communiquer leurs publicités sur ce papier bas de gamme, limite transparent, qu’a toujours utilisé l’éditeur pour ses revues. Dès lors, on commercialise les deuxième, troisième et quatrième de couverture autour de 65 000 dollars.
 

L’autre stratégie de Marvel est simple : produire davantage encore. Plus de sorties dans les magasins, ça signifie plus de liquidité. « Nous avions observé que le marché semblait prêt é absorber plus de titres encore et plus de séries aussi, surtout quand ceux-ci étaient estampillés d’un numéro 1, se souvient Terry Stewart. Jusqu’où pouvez-vous pousser les spin-offs ? Jusqu’où pouvez-vous proposer de nouveaux comics ? » 

La maison d’édition, qui avait construit sa légende en publiant seulement huit titres par mois, est maintenant sur le point d’augmenter le nombre de ses sorties à un niveau encore jamais atteint. Quelques-unes des offres les plus populaires dont se prévaut Marvel, parmi lesquelles Amazing Spider-Man ou Uncanny X-Men, paraissent désormais au rythme de deux parutions par mois durant l’été, prolongeant ainsi l’expérience qui avait été conduite l’an passé.

Les personnages de seconde zone, qui n’avaient intéressé pratiquement personne jusqu’à présent, se voient soudain offrir leurs propres aventures rien qu’à` eux. (Quelqu’un est chaud pour s’occuper de Nomad ?) Les héros les plus populaires, quant à eux, vont alors enchaîner les spin-offs sur la base de nouveaux titres qui, à l’époque, vont nécessiter toute la créativité de la sitcom After MASH. L’une de ces séries dérivées par exemple – une expansion en mode goinfre de la ligne Spider-Man – se révélera être une véritable sensation qui donnera le ton à toute l’industrie pour les quelques années à venir. Pour le meilleur, comme pour le pire.

 

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Comics!
Pat Loika, CC BY 2.0

 

Les deux maisons ne sont pas les seules à s’enrichir. Grâce aux programmes de droits d’auteur qui ont été instaurés dans les années 1980, les créateurs – qui ont été piétinés et traités comme de vulgaires prostitués pendant des dizaines d’années – peuvent enfin se servir leur part du gâteau. « Ça brassait énormément d’argent, se souvient Scott Koblish. Si vous topiez le million d’exemplaires, vous empochiez quelque chose comme 40 000 ou 50 000 dollars par numéro en droits d’auteur. » Chris Claremont, le scénariste responsable du succès intitulé Uncanny X-Men, se faisait exactement 769 dollars de salaire par semaine en 1982. Maintenant, c’est lui qui bat la monnaie. « Je me suis offert un avion » , raconte-t-il.

On raconte que Scott Lobdell de Marvel s’est vu confier un titre des X-Men, alors au sommet de leur gloire, tout simplement parce qu’il s’était rendu sans raison particulière dans le bureau du responsable éditorial alors en proie à la plus vive panique, car il devait remplacer au pied levé son scénariste. Bientôt, il gagnait quelque 85 000 dollars de droits d’auteur par mois. « Un jour, un chèque est arrivé au bureau à l’attention de Jim Lee [le dessinateur des X-Men] et l’assistant, qui était très curieux, avait posé l’enveloppe contre une lampe. Il était impossible de dire à combien il s’élevait : soit vous avez des enfants, soit vous avez un avion. C’était mon petit plaisir, quand j’étais sur les X-Men. »

« Y’avait un sacré paquet de chiffres écrits dessus, raconte Ruben Diaz, un responsable éditorial ayant tour à tour travaillé chez Marvel et DC dans les années 1990. Même si vous en ajoutiez deux autres pour les centimes, il devait au moins y avoir six chiffres sur ce chèque de droits d’auteur. Ça correspondait à du boulot déjà fait et ce n’était probablement pas la première fois qu’il palpait pour ce travail-là. »
 

Les éditeurs chez Marvel chopent au passage des récompenses, qui prennent la forme d’un bonus. C’est le nouveau propriétaire Ronald Perelman qui élabore ce système de rémunération annexe. Si la maison réussissait à atteindre les objectifs de bénéfices, alors toute l’équipe serait généreusement gratifiée.
 

« Dans mon cas, les bonus étaient plus importants que mon salaire annuel, confie Bob Budiansky, ancien responsable éditorial de Marvel. Les ventes ne cessaient de progresser. » Les créateurs de DC, cependant, ne profitent pas des mêmes avantages dont le montant est si prodigieux qu’ils permettent aux illustrateurs de Marvel de s’offrir yachts et jets privés.

Déjà, les titres de DC s’écoulent nettement moins bien que ceux de la concurrence. Il y a certes quelques exceptions à cela. Par exemple, Grant Morrison, le scénariste écossais qui a signé un roman graphique de Batman sous couverture cartonnée et intitulé Arkham Asylum, a raflé une mise de 150 000 dollars sur les seules précommandes8. Il emménagera bien vite dans sa nouvelle acquisition, une maison en plein centre-ville de Glasgow vieille de cent trente ans, dans ce qu’on appelle l’« avenue des millionnaires ».



Retrouver le précédent épisode

Histoire du comics : quand le tout puissant Marvel se déchaîne

 

 

Reed Tucker – Super-war ; Marvel versus DC Comics – Fantask Editions – 9782374940175 – 25 €




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