Comment le réalisateur de Star Trek embaucha un détracteur, Isaac Asimov

Camille Cornu - 04.12.2015

Manga/BD/comics - Univers BD - Star Trek - Isaac Asimov - série télévisée


En 1966, la série télévisée Star Trek commençait à être diffusée. Isaac Asimov, lui-même auteur de science-fiction et de livres de vulgarisation scientifique, décida que son domaine d’écriture l’autorisait à rédiger une critique de la série. Le créateur de Star Trek, Gene Roddenberry, ne fut pas de cet avis. Pas plus qu’il ne partagea le point de vue sur la nécessité de crédibilité scientifique de son détracteur. 

 


Classic Film, CC BY-NC 2.0

Capture d'écran de l'épisode 14 de la saison 3, "Whom gods destroy", diffusé le 3 janvier 1969. Yvonne Craig et Steve Ihnat.

 

 

Deux mois après le début de la diffusion de Star Trek sur la TV US, la parution dans un guide télévisuel d’un article de Asimov intitulé « What are a few galaxies among friends » et sous titré « Pour ceux qui s’y connaissent en science, les séries télévisées de l’espace ne sont qu’une vaste plaisanterie », relevait les incohérences scientifiques présentées lors de la série, la tournant ainsi en dérision, de même que d’autres séries de science-fiction.

 

 Gene Roddenberry dégaina aussitôt sa plume pour répondre, restant poli tout en remettant les choses à leur place, expliquant son point de vue sur la science-fiction, qui se base sur d’autres qualités que des connaissances scientifiques, les « erreurs » commises étant plutôt dues aux conditions de réalisation. 

 

« De même qu’un écrivain qui écrit sur la science doit savoir ce qu’est une galaxie, un écrivain qui écrit sur la télévision a l’obligation de posséder certaines connaissances dans le domaine. En toute amitié, et avec de sincères remerciements pour les merveilleuses heures de lecture que tu m’as offertes, il me semble que ton article a totalement occulté les problèmes factuels, pratiques et scientifiques qu’implique la diffusion et le maintien d’une série à la télévision.

 

La télévision mérite une critique plus élargie, pas cantonnée à la science-fiction, mais plus globale, et cette critique devrait avoir un but, par être gratuite. Par exemple, Star Trek a failli ne pas être programmé parce que nous avons refusé de faire quelque chose d’enfantin, parce que nous avons refusé de mettre “Lassie” sur le vaisseau de l’espace, et parce que nous avons insisté pour engager Dick Matheson, Harlan Ellison, A.E. Van Vogt, Phil Farmer, et d’autres ». 

 

Il se permet ensuite d’expliquer à Asimov tout ce qui a été fait pour garantir une crédibilité scientifique à la série. On apprend ainsi que les épisodes de Star Trek sont passés devant deux commissions d’experts scientifiques afin d’être validés avant leur diffusion. Les scénaristes ont également été équipés d’un guide contenant des listes de terminologie ou des extraits d’articles scientifiques.

 

En listant tous les moyens dont il dispose, Roddenberry rappelle qu’il est le premier à faire une « vraie série télévisée » de science-fiction : « Peut-être que quelqu’un aurait pu le faire mieux, mais personne ne l’a fait ». 

 

Ces lettres ont finalement été le début d’une amitié entre Gene Roddenberry et Asimov. Il faut croire que cette correspondance aura été le lieu de débats suffisamment nourrissants pour que les deux hommes finissent par collaborer, Asimov devenant conseiller technique sur le tournage de Star Trek, le film, en 1979. 

 

La vidéo suivante montre comment Asimov lui-même a fini par devenir fan de Star Trek :