“Confronté à la surproduction, un libraire ne peut plus être prescripteur  !”

Nicolas Gary - 13.02.2020

Manga/BD/comics - Univers BD - éditions long bec - liquidation éditeur BD - libraire éditeur BD


ENTRETIEN – L’annonce de la liquidation judiciaire des éditions du Long bec, spécialisées dans la bande dessinée, ravive les plaies. Ce marché du 9e art, arbre vanté pour ses mérites et sa réussite, cache une forêt plus sombre. Et particulièrement pour les éditeurs indépendants. C’est l’effet Astérix : la potion magique n’est pas à la portée de tous.
 

Glénat - Salon du Livre de Paris 2015
ActuaLitté, CC BY SA 2.0


 

Eric Catarina, fondateur de la maison, avait débuté l’aventure avec une diffusion et une distribution régionale de ses auteurs – Le Long bec est basé en Alsace. Par la suite, le catalogue s’étoffant, c’est vers MDS (groupe Média Participations) qu’il se tourne. Une structure qui connaît bien la bande dessinée, puisqu’elle prend en charge Dargaud, Dupuis et Lombard.
 

Un secteur en trompe-l'oeil
 

« En 2018, nous avons basculé chez Delsol pour la diffusion et Hachette pour la distribution. Une première année qui apporta son lot de réussite : notre catalogue franco-belge connaissait un certain succès, et sur les derniers temps, les romans graphiques prenaient de l’ampleur », indique-t-il à ActuaLitté. « Mais progressivement, les tensions sont arrivées… »
 

Observer le marché de la BD revient à prendre en compte une transformation radicale, poursuit le fondateur du Long bec. « Le malaise qui agite les auteurs, notamment dans la BD, les ventes au titre qui diminuent régulièrement… » Si la structure enregistrait des ventes correctes, sans grand succès pour donner un souffle particulier, l’avenir était sombre.


« Une petite maison indépendante a besoin du soutien de son diffuseur, pour obtenir celui des libraires. Avec cet alignement de planètes, on peut arriver à un best, parce que le bouche-à-oreille fonctionne », analyse-t-il. Sauf que les gros succès sont de moins en moins nombreux, les ventes diminuent.
 

Selon les indicateurs de GfK, le marché a généré 555 millions € de chiffre d’affaires en 2019, avec 48 millions d’albums écoulés. La croissance de 9 % ne dissimule cependant pas la réalité : seuls 24.300 titres ont dépassé les 100 exemplaires vendus. Et entre 2000 et 2016, le nombre de nouveautés a été multiplié par 3,8 – 5500 furent publiés en 2019.

 

Imprimer plus, pour vendre... un peu
 

Que le gâteau puisse avoir encore de quoi grandir est une chose : « Réaliser 5 à 6000 ventes devient de plus en plus irréel pour un indépendant. Avec les romans graphiques, je faisais entre 1000 et 1500 exemplaires, et 2 à 6000 pour du franco-belge classique, suivant les ouvrages », reprend Éric Catarina.
 

Or, avec une pointe d’amertume, il note : « En réalité, nous n’aurions probablement pas échappé à la situation, même avec un best. » Et pour cause : il évoque des taux de retours de livres de 50 %, « un chiffre qui même chez les gros éditeurs semble devenir normal. Sauf que leur production permet d’absorber, même avec difficulté, un tel volume ».



 

Dans le cadre d’une structure comme Le Long bec, « cela obligeait à imprimer deux fois plus que l’on ne vendait : avec 50 % de taux de retour, pour vendre 1000, il faut imprimer 2000. C’est imparable. Et terrible ». Avec des coûts de production des BD qui augmentent : 20 % du prix du livre, voire 25 %, reconnait-il.
 

« La politique de l’offre est celle de l’édition, c’est entendu. Mais 4000 exemplaires qui seraient placés dans les points de vente, cela revient à 2 ou 3 exemplaires dans chacun. La production globale en hausse revient à invisibiliser les livres, et conduit à ce que les libraires renvoient quasi illico les titres. »
 

Prescrire en période de surbondance
 

En l’absence d’un fonds qui assure une certaine assise, le sort des maisons indépendantes devient complexe — comme un nœud coulant qui se resserre. « En théorie, tous les livres auraient la même chance. Dans les faits, les limites sont simples : pour exister, les petits comme moi sont encouragés par leur diffuseur à proposer des offres commerciales plus avantageuses… »
 

Comprendre : des remises accordées aux libraires qui seraient plus séduisantes, afin de rivaliser avec le catalogue de nouveautés des grands groupes. « Ça ne marche même pas : un libraire, confronté à la surproduction globale, ne peut même plus être prescripteur ! » Avec pour conséquence, « la disparition progressive de maisons, la concentration des acteurs… »




Commentaires
Et Dieu sait que c'est les poches, la jeunesse et la BD qui s'en sortent pas trop mal globalement dans cette terrible crise. La situation est bien pire pour les autres domaines. Y compris pour des certaines grandes maisons. Or le libraire n'attend que cela:être prescripteur... Mais pour qui encore? Dans une génération on s'en souviendra avec nostalgie...
C'est bien bien pire dans l’édition vidéo, un marché qui s'effondre depuis des années et il y a aussi une surproduction... qui sait pour combien de temps nous aurons des DVD et BR downer
C'est simple, passez vous des distributeurs et vous verrez que vous vendre à exactement où presque le même nombre de livres tout en étant débarrassé de partenariats contraignants et inefficaces.
Quel! Dommage, car mes goûts dont souvent pour les petites maisons d 'édition. C est vrai que j 'avais remarqué la hausse de production de roman graphique et les retours des librairies.J 'espère sincèrement que la plupart pourraient survivent mais c est pas la réalité mad cool grin
Je pense à une solution qui serait peut-être faisable : pourquoi ne pas louer les livres? On produit des livres avec une couverture plus rigide et on les loue. Et le lecteur peut décider de l'acheter s'il l'aime vraiment ou le retourner pour en louer un autre. On pourrait commencer par faire le test avec un auteur populaire. Peut-être que ça permettrait s'en imprimer moins.
Taxer le pilon, qui engloutit d'abord la surproduction et la cavalerie lourde qui truste les têtes de rayon et alourdit les retours par des livres sans profondeur ni lenteur. Et forgeons des lecteurs des lecteurs des lecteurs... responsables (donc revenons aussi sur le piège et le dogme de la gratuité totale en biblio - un modeste abonnement annuel responsabiliserait !).
Caro-Lyne >> Des bibliothèques?

Quand ont sait que les gros éditeurs n'hésitent pas à détruire des livres plutôt que de les stocker et d'en produire de nouveaux juste après, un vrai gâchis...

Produire moins de livres serait la solution.
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