Coup de tonnerre à Angoulême : le Festival de la BD “ne convient plus” au maire

Clément Solym - 23.03.2016

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La ville d’accueil du plus important festival de bande dessinée en France est devenue le théâtre des opérations. Alors que le délégué général de Neuvième Art+, Franck Bondoux revenait sur l’organisation de la prochaine édition, le maire d’Angoulême, Xavier Bonnefont, faisait sonner les trompettes de Jéricho. Ça vous a des relents épiques, cette affaire...

 

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ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

C’est à Sud Ouest que Franck Bondoux explique brièvement la situation. Largement critiqué par les éditeurs de BD, tant que Syndicat (SNE) que chez les éditeurs alternatifs (SEA), il tente de rassurer, appelant à « un dialogue sain ». Mieux : il reconnaît « les erreurs et maladresses de la dernière édition », invitant chacun à prendre du recul. 

 

Mais les critiques adressées à son organisation seraient « très excessives » : le FIBD n’est ni comparable à Cannes ni à la Fiac. « Il y a sans doute des choses à optimiser ou à revoir », tout en gardant à l’esprit ce que représente cette manifestation. 

 

D’autant plus que ses équipes ont porté et « défendu une forme nouvelle de BD. [...] j’ai le souvenir d’un éditeur me disant, à propos de “Poulet aux prunes”, de Marjane Satrapi, qu’il était honteux d’accorder un prix à un ouvrage qui ne se vendrait pas à plus de 5 000 exemplaires ! »

 

Le FIBD et Angoulême seraient également des caisses de résonnance, parce qu’ils attirent les politiques durant la manifestation. Avec la paupérisation des auteurs, le secteur fait face à des difficultés qui sont toujours mieux entendues en de pareilles circonstances. Toutefois, « la refonte a déjà commencé ». Reçu avec les éditeurs de BD au ministère de la Culture, Franck Bondoux insiste sur l’importance d’une médiation émanant de la rue de Valois. 

 

Et ce, en affirmant que le FIBD est parvenu à rester indépendant, tant des politiques que des éditeurs. 

 

La Mairie d'Angoulême frappe les trois coups

 

Les arguments sont connus, le plaidoyer exposé sur la place publique : les organisateurs sont compréhensifs, et de bonne volonté, à en croire les propos. Sauf que dans la même journée, Xavier Bonnefont, maire Les Républicains, donnait du boulet rouge : « Le festival de la BD ne me convient plus. Comme il ne convient plus aux Angoumoisins. »

 

Et dans le même panier, il place Franck Bondoux et Guy Delcourt [président du SNE BD] dont il déplore « les jeux d’acteurs ». Si Angoulême accueille la manifestation, il devient alors « essentiel de trouver une synergie globale entre les acteurs locaux ». Tout ne se passera pas à Paris ni dans les couloirs feutrés de Valois, et moins encore dans les alcôves de syndicat ou de maisons. (via Charente libre)

 

Et c’est à l’occasion du conseil municipal que la mairie a frappé un premier coup : la subvention que perçoit l’école européenne supérieure de l’image, d’un montant de 850.000 €, pourrait disparaître. Son président, Samuel Cazenave, monte au créneau, mais s’incline devant la décision du maire. « Deux ans après mon arrivée à la présidence, l’école est sauvée, sa pérennité est assurée et sa notoriété au pinacle », assure-t-il pourtant. 

 

Sur Facebook, il rajoute : « C’est un nouveau chantier qui s’ouvre pour l’EESI. Il est pionnier pour l’ensemble du Pole Image. Il va permettre de structurer un nouveau projet, parce qu’il ne faut pas confondre contraintes financières conjoncturelles d’une collectivité avec projet structurel d’une grande école, indispensable au développement et au rayonnement du territoire. »

 

La ville a dans tous les cas décidé de se désengager, et à compter du 31 décembre prochain, le financement auquel prend part la ville s’arrêtera. Samuel Cazenave assure qu’il ira lui-même solliciter des partenaires privés pour obtenir le financement de la structure : en tant que premier adjoint chargé de la culture, le voici dans une situation des plus délicates. (via Charente libre)

 

Garder un peu d'oxygène dans les finances

 

Selon Xavier Bonnefont, cette décision est avant tout représentatrice d’une nécessité : les différentes structures que sont le festival de la BD, Magelis, la Cité de la BD (qui intègre l’Eesi) reçoivent trois millions d’euros de la part de la municipalité. Les arbitrages s’imposent, et le maire choisit de disposer d’une réserve, « si le festival de la BD devait vaciller ». 

 

 

 

Vaciller ? Précisément : le maire avait déjà tapé du poing sur la table en coupant une partie de la subvention accordée à l’événement, pour répondre aux contraintes budgétaires. Une perte de 40.000 € qui s’était accompagnée de quelques explications bien senties.

 

D’abord, contester la décision de la ville que de diminuer les budgets, décision appliquée à tous, « revient à considérer que les financeurs publics ne sont plus des partenaires, mais bien “des vaches à lait” ». Ou encore qu’« il est bien de rappeler que les collectivités ne sont pas uniquement des tiroirs-caisses ».

 

Et pour enfoncer le clou : « La société 9e Art+ considère-t-elle que les subventions sont renouvelées, chaque année, par tacite reconduction ? Qu’une attribution de subvention peut être effectuée sans présentation d’un projet et d’un budget »

 

Quelques mois plus tard, le discours n’a pas changé, il se serait même durci. La ville veut être plus impliquée dans l’opération, « sur un principe bien connu : qui paye commande ». (via Charente libre)