Crise de la BD : Son Goku et Lucky Luke bossent pour McDonalds

Nicolas Gary - 25.03.2018

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On se souvient de l’effet qu’avait eu la campagne publicitaire de 2010. Avec l’accord d’Uderzo, McDonald’s s’était offert Astérix et tout le village gaulois pour promouvoir sa chaîne de restaurant. Le célèbre banquet qui ponctue traditionnellement la fin des albums se déroulait ainsi dans un McDo, avec le slogan : « Venez comme vous êtes. » D'autres héros viennent justement de suivre le mouvement...



 

 

L’honneur des irréductibles Gaulois à travers cette campagne était sauvé : dans le banquet façon McDo, Assurancetourix n’avait pas eu voix au chapitre, et restait à la porte de l’enseigne, bâillonné comme il se doit. Et pendant ce temps, le village festoyait à qui mieux mieux. Choquant, pour beaucoup. Au point qu'Uderzo avait même dû intervenir dans la presse, pour expliquer qu’il avait donné son accord à cette l’opération

 

Depuis, la chaîne est devenue en France un partenaire non négligeable dans l'édition française. Elle s'implique dans la manifestation jeunesse Partir en livre, qui se déroule l’été sur tout le territoire français et cible les jeunes lecteurs. Mieux : elle fait signer de grands noms de l’édition pour des collections de livres jeunesse qui sont proposés dans ses menus enfants, les Happy Meals. Et leur publication a été confiée à Hachette Jeunesse.
 

Autrement dit, McDo et la lecture marchent main dans la main, vers des lendemains qui chantent — et surtout parce qu’une heure d’activité physique éloigne de l’obésité.

 

Katherine Pancol signera de la littérature jeunesse
pour McDonald’s

 

C’est assez logiquement, donc, que la marque cherche de nouvelles égéries pour promouvoir la diversité et la tolérance — « Venez comme vous êtes », que l’on devait à l’époque aux équipes d'Euro RSCG. Ainsi, des lecteurs parisiens nous ont avertis de l’apparition d'une nouvelle campagne, démarrée ce 21 mars : le printemps, rien de tel. 
 

De nouveaux héros pour les affiches, pas si nouveaux...

 

L’agence BETC a pris le relais, et cette fois, ce sont Lucky Luke et Son Goku qui adoptent la venécomvouzett attitude : le lonesome cowboy, brin d’herbe en bouche depuis qu’il a arrêté de fumer, a encore une fois agi plus vite que son ombre. Et Son Goku s’apprête littéralement à fusionner avec l’écran tactile qui permet de passer commande.

 

Oh, il y a aussi un dinosaure sorti de Jurassic Park, dont on ignore si l’œil convoite avec gourmandise le sac de victuailles, ou lubriquement la poitrine de la vendeuse. Ne plaisantez pas : le dino porn fut une tendance de 2013 très marquée !



 

Passons sur le T-Rex de Jurassic Park, dont le premier film sortit en 1993, sous l’égide de Spielberg. La cible ne saurait être celle de la génération Z, mais plutôt celle des Millenials, nés entre 1980 et 1995, peu ou prou. Approche confortée par la présence de Son Goku – dessin animés diffusé sur TF1 entre 1988 et 1994. Le mouvement qu’effectue le personnage d’Akira Toriyama fait allusion au tout dernier combat du héros contre Boo, dernière saison télévisuelle. 

 

Cela dit, Son Goku est une star planétaire, et au Japon, il a servi à une multitude de promotions et de campagnes publicitaires des plus variées. Mais c’est bien la cible qui intrigue définitivement.
 

L'excellente santé économique de la BD
cache la précarité de ses auteurs

 

Lucky Luke appartient en effet à une autre catégorie : la bande dessinée est sortie entre 1946 et 2001, avec Morris son créateur originel à la réalisation, avant d’être repris par Achdé. Chose amusante, Morris a collaboré avec Goscinny, cocréateur d’Astérix avec Uderzo : qu’auraient-ils pensé de l’usage fait de leurs personnages ?
 

D’abord, Lucky Luke n’est pas des plus fidèles : en 1996, c’est pour Quick, éternel concurrent de McDo, qu’il se prêtait dans une affreuse publicité au jeu de la réclame. 
 


 

Comme pour Son Goku, Luke connut également une adaptation en films, avec deux productions longues, Daisy Town et La Ballade des Dalton, en 1971 et 1978. Une série télévisée débutera en 1984 chez Hanna Barbera, mais sans grand succès. Sept ans plus tard, les Français de IDDH reprennent le projet de dessin animé et avec la création de Lucky Productions, vient le temps de la diffusion télévisée, 26 épisodes sur FR3. Terence Hill campera également le lonesome cowboy, à partir de mars 1992, dans une série de 8 épisodes de 50 minutes.

Pas de doute : c'est bel et bien à l’imaginaire des Millennials que McDonalds a décidé de s'en prendre, faisant référence par petites touches de madeleines proustiennes bien senties à leur préadolescence, voire leur enfance. Fourbe...

 

Les Millennials à reconquérir, en tapant sur la nostalgie ?
 

Si McDo communique, est-ce parce qu'il perd du terrain sur cette frange de la population, aujourd’hui âgée de 25 à 40 ans, plutôt concernée par la slow food et l’écoresponsable ? Plus prompte à faire le marché qu’à se rendre chez McDo — d’autant plus qu’elle a peut-être des enfants, et pas vraiment l’envie de céder aux sirènes des hamburgers, dont elle fut la victime ?

 

McDonald’s au Salon du livre de Montreuil,
engagé dans la littérature jeunesse

 

McDo s’est implanté en France en 1972 avec son premier magasin de Créteil. On en comptait 14 en 1979. Mais c’est bien à partir des années 80, celle des Milennials, que la marque se consolide jusqu’en 1999, époque où José Bové, à travers la Confédération paysanne, met à mal l’image de la malbouffe, avec le démontage d’un McDo à Millau. Le mal était probablement fait pour les Millennials, biberonnés au McChicken, Big Mac et autres sundaes…

 

Mais une chose reste amusante, dans cette tentative de reconquérir le public : le choix du héros qui tire plus vite que son ombre, et dont le message est finalement à double tranchant. En entrant chez McDo, on mange très, trop vite : c’est le principe du fast food, la consommation accélérée. Non seulement ceci est mauvais pour le corps, qui digère difficilement, mais surtout, la sensation de satiété disparaît très vite : la faim revient au triple galop. (voir cette étude de 2015)

 

En somme, déjà que Luke fait les choses rapidement, si en plus il engloutit son menu plus vite que son ombre, c’est l’obésité qui le guette, très vite. On se souvient des conséquences physiologiques sur Morgan Spurlock, qui avait réalisé Super Size Me. Trois repas McDo par jour, durant un mois. Et 11 kg pris, des effets sur le foie, des tremblements… Pas cool, pour Luke, et moins encore pour Jolly Jumper.

 



La campagne Jurassic Park, Lucky Luke et Son Goku sera bien entendu déclinée sur les réseaux sociaux, et placardée sur des milliers de façades…

 

 

 

 

 

 




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