Dans Astérix, le barde bâillonné évoque un mépris pour la culture

Clément Solym - 21.09.2011

Manga/BD/comics - Univers BD - asterix - nazisme - fascisme


Passer de la musique qui adoucit les moeurs, à la BD qui les envenimerait, cela ressemble à un grand écart. Saluons donc la souplesse de Michel Serres qui, invité du Sens de l'info, a mis un grand coup de bambou sur les aventures d'Astérix le Gaulois.

350 millions d'exemplaires, prochainement officialisés dans un hommage que rendra Hachette Livre, nouveau propriétaire des éditions Albert René, ce n'est pas rien. Pourtant, le philosophe Serres prête aux BD de Goscinny et Uderzo, des interprétations lourdes. On y retrouvera des critiques tout aussi interprétatives, portées contre Dragon Ball Z, à l'époque, dont les personnages avaient les yeux bleus et les cheveux blonds lors de leur transformation, ce qui leur avait valu une accusation d'eugénisme, à tendance hitlérienne.

De même, les Schtroumpfs s'étaient pris une volée de bois vert dans un essai, dont Antoine Bueno avait déclaré qu'ils étaient l'exemple même « d'un archétype d'utopie totalitaire empreint de stalinisme et de nazisme ». (voir notre actualitté)

La raison du plus fort est toujours la meilleure

Eh bien, pour Astérix ce n'est guère mieux. Selon Michel Serres, les petits Gaulois possèdent quelques traits communs avec les Schtroumpfs. Sans désavouer le « succès mérité » d'Astérix, ni pointer les erreurs historiques - passablement secondaires - il n'en salue pas pour autant les incrustations de citations latines qui font le bonheur des élèves. Attendu que les Romains nous ont écrasés, quand nous étions Gaulois, et imposé leur langue, il voit chez Astérix, « des albums de revanche, de ressentiment », cause « de mille maladies psychiques ».


Or, trois problèmes jaillissent : d'abord que « tous les problèmes se résolvent à coups de poings, coups de poings vainqueurs des Gaulois, comme si la force physique était une solution à tous les problèmes et à tous les maux. Or, je dois dire qu'en réalité, le recours à la force physique, et à elle seulement, est un vrai signe de barbarie et de sauvagerie. Il est très dangereux de se laisser aller à la force pure, et Homo sapiens n'est devenu sapiens qu'en remplaçant la force pure par le droit ».

Et petite ironie du sort, ce sont les Romains qui ont instauré un droit, lequel est toujours, ou presque d'actualité, pointe Serres. Et cette force pure aurait même quelque chose de fasciste.

Mais d'où vient cette force, sinon de la potion magique, à savoir une drogue, dans laquelle Obélix est tombé petit, à laquelle Astérix fait appel, justement pour obtenir cette force pure. Et Serres d'interpréter alors le message comme suit : « Prenez de la potion magique, c'est-à-dire, de la drogue, avant toute épreuve et vous serez assurés de l'emporter à coups de poings. Je ne suis pas complètement sûr que cet éloge-là soit pédagogique et juridiquement correct ». Peut-être faut-il alors se méfier de ce message...

Fallait tirer un coup

Mais le véritable danger, c'est en Assurancetourix qu'il s'incarne, non pas pour l'organe du barde, plutôt pour le comportement que les habitants du village ont avec lui. « Son sort est assez tragique », à l'occasion des banquets, où « le poète bâillonné se retrouve plus ou moins pendu dans un arbre », soit donc « un mépris forcené pour la culture ».

Conclusion : « L'image du poète pendu pendant les banquets de fête évoque irrésistiblement à mes yeux et mes oreilles la parole d'Hermann Göring, le général nazi, "quand j'entends parler de culture, je sors mon revolver". » Rappelons que la citation en question est aussi prêtée à Joseph Goebbels ou Von Schirach Baldur...

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