Dans la solitude des maisons closes, Chimère(s)

Clément Solym - 13.09.2011

Manga/BD/comics - Univers BD - chimère - prostitution - paris


Arleston peut toujours tenter de tromper son monde : avec Chimères, il signe un titre de plus, qui fait vaciller entre douceur, tendresse… et bordel. Dans ce Paris du XIXe siècle, les maisons closes sont encore légion, et le traitement des filles dépend de la qualité de leur maison d'accueil.

Pour Chimère, âgée de 13 ans, et vendue par une famille d'adoption négligente, la vie commencera avec un ministre, après une vente aux enchères. C'est qu'une virginité, la sienne, est en jeu. Et que les montants grimpent assez rapidement. Une vierge, cela se monnaye, dans le monde de la prostitution. Et cher. Manque de chance, le ministre est un porc, et la première fois sera sordide.

La vie chez Dame Gisèle, patronne de l'établissement, se fait selon des règles douloureuses : toute fille achetée va contracter une dette, qu'elle mettra des années à rembourser. Et comme toujours, plus la marchandise est connue, moins elle est sollicitée. Les paiements s'étalent, se dilatent, les filles stagnent, s'éternisent, voire tombent enceintes. Et dans ce cas, ne servent plus à rien.

Que ferait un client d'une femme enceinte ? Hmmm ?

Dans ce Paris de lumière, de strass et de paillettes, se jouent pourtant des crises politico-géostratégiques de grande ampleur. Le Bordel de Dame Gisèle, La Rose pourpre, n'est que le lieu de rencontre, où les politiques se retrouvent, avant la signature d'un contrat, et se félicitent, avant d'échanger des filles, utilisées la veille même.

C'est que dans le Paris des gens du jour, une tour se monte, celle de Monsieur de Eiffel, qui défigure progressivement la capitale, aux dires des Parisiens. Alors qu'à l'autre bout du monde, un canal tente de percer, à Panama. Il coûte la vie de milliers d'ouvriers, et des milliers de francs aux investisseurs. Régulièrement, d'ailleurs, des sommes sont réclamées aux Américains : il faut bien financer le développement du commerce et du trafic, non ?

BD délicate et sans vulgarité, avec un dessin - et surtout une couleur ! - presque éthérée, Chimère(s) est le titre à suivre. Parce qu'aucun gentleman digne de ce nom ne saurait se montrer insensible au destin de ces femmes...

Chimère(s) 1887, 1. La perle pourpre, de Pelinq, Melanÿn, Vincent, publié chez Glénat