Galerie Glénat : 'Respecter les artistes, ne pas les dépouiller de leurs oeuvres'

Antoine Oury - 02.06.2015

Manga/BD/comics - Univers BD - Julien Brugeas - Galerie Glénat - bande dessinée


La Galerie Glénat est devenue, le temps du mois de mai, le refuge des femmes lascives de Liberatore, avec d'impressionnants dessins réalisés pour une édition illustrée des Fleurs du mal. Depuis 2013, la galerie située dans le 3e arrondissement de Paris s'attache à « promouvoir la bande dessinée en tant qu'art », ainsi qu'à lui accorder une place sur le marché de l'art.

 

Julien Brugeas - Galerie Glénat

Julien Brugeas, responsable de la Galerie Glénat (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

Si la galerie porte le nom de la maison d'édition, les artistes exposés ne sont pas tous édités par Glénat : « Nous nous efforçons de montrer toute la bande dessinée, y compris des artistes plus méconnus. Nous voulons mettre en avant cette forme d'expression à part entière, qui n'est ni illustration, ni littérature, ni cinéma », explique Julien Brugeas, le responsable de la galerie. 

 

La ligne claire reste probablement le style instinctivement associé à la bande dessinée, mais les supports, formats, techniques et horizons se sont ouverts. « Nous avons désormais de la BD en Amérique du Sud, en Russie, en Asie... La bande dessinée est une forme artistique qui s'inspire d'énormément de cultures, du cinéma, avec le découpage en cases et les cadrages, mais aussi de l'illustration, notamment américaine ou russe... On trouve aussi des auteurs qui s'inspirent des comics et des mangas, mais signent des bandes dessinées européennes. » 

 

Il y a donc de quoi faire pour valoriser la forme artistique, qui a longtemps souffert d'une association avec la jeunesse. Le statut de la bande dessinée a toutefois bien progressé, notamment sur le marché de l'art. « Il y a un retard à rattraper, alors les investisseurs s'y intéressent de plus en plus », témoigne Julien Brugeas. L'éthique des galeristes est parfois mise à mal par cette soudaine affluence : « Tous les galeristes ne seront pas d'accord avec moi, mais j'estime qu'il faut respecter les artistes et ne pas les dépouiller en prenant leurs œuvres pour une exposition sous un contrat d'exclusivité. Il faut aller dans le sens du créateur et du moyen d'expression qu'on défend. » 

 

Artiste, auteur, et humain avant tout

 

Julien Brugeas contacte les artistes en amont, pour leur proposer une exposition : ils confient alors à la galerie les originaux, qui restent leur propriété. La galerie fonctionne sur un système de dépôt, avec la prise d'une commission sur les ventes, « plutôt inférieure à ce qui se pratique sur le marché ». Une fois l'exposition achevée, l'artiste peut récupérer ses planches, ou les confier à la galerie pour d'autres mises en valeur. Il arrive également que la galerie fasse l'acquisition de certaines planches. 

 

Si, aux États-Unis, des éditeurs ont pu s'affirmer propriétaires des planches originales des artistes, le dessinateur reste le seul propriétaire des originaux, en France, et les maisons n'ont qu'un droit de reproduction limité dans le temps. La vente des originaux peut aider les auteurs à arrondir leur fin de mois, mais « un artiste de BD ne doit pas penser à la vente de ses originaux quand il fait son album, parce que cela biaise un peu sa création, à mon sens », souligne Julien Brugeas. 

 

Tous les galeristes ne seront pas d'accord avec moi, mais j'estime qu'il faut respecter les artistes et ne pas les dépouiller en prenant leurs œuvres pour une exposition sous un contrat d'exclusivité. Il faut aller dans le sens du créateur et du moyen d'expression qu'on défend. Julien Brugeas

 

La galerie a très rapidement développé son site internet, ce qui lui permet de couvrir le monde entier : Belgique, Italie et États-Unis forment le trio de tête des envois, « mais la Russie et l'Asie entrent sur le marché, plus spécifiquement sur de l'investissement », note le galeriste. Comme dans tout marché de l'art, « il existe de la spéculation, qui transforme parfois le commerce en une histoire de gros sous... » Les expositions de la Galerie Glénat sont ouvertes à tous, la prochaine, du 3 au 30 juin prochain, sera consacrée à Olivier Ledroit, autour des « Fées & Amazones ».