Décès du dessinateur Ted Benoit, qui travailla sur Blake et Mortimer

Florent D. - 30.09.2016

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Ce doit être l’ironie du sort : alors que l’exposition Hergé au Grand Palais bat son plein, le dessinateur Ted Benoit vient de décéder. C’était certainement l’un des plus symboliques héritiers de la ligne claire si chère à Hergé...

 

 

 

Âgé de 69 ans, l’auteur avait remporté en 1979 le prix du meilleur scénariste pour Hôpital. On lui doit notamment deux tomes des aventures de Blake et Mortimer, L’affaire Francis Blake paru en 96 et L’Étrange rendez-vous, publié en 2001. Les éditions Dargaud, lui ont rendu hommage. 

 

 

 

Les éditions Dargaud évoquent un dessinateur « trop méticuleux pour être productif ». 

 

Passionné de cinéma noir, de l'Amérique d'Edward Hooper et de ligne claire, Ted Benoit est un acteur discret et maniaque. Il était le seul à pouvoir dessiner un album de Blake et Mortimer sans être servile tout en restant humble.

 

crédit Dargaud

 

 

Né en 1947, Thierry Benoit, dit Ted, suit les cours de l'Institut des Hautes Etudes Cinématographiques. Il squatte les cinémathèques pour dévorer les films noirs américains des années 40-50. Jusqu'en 1971, il sera assistant-réalisateur à la télévision. Lorsque "Actuel" accueille ses premiers récits en bandes dessinées, Robert Crum est son maître à dessiner.

 

Après quelques années de collaboration avec la presse underground ("Géranomymo"), Ted Benoit rejoint, en 1975, "L'Écho des Savanes" que vient de créer Nikita Mandryka. Cette première période de sa carrière culmine dans Hôpital, un album au dessin expressionniste. D'une froideur carcérale, ce récit gagne le prix du scénario au Salon d'Angoulême en 1979.

 

Son style mue radicalement lorsqu'il découvre Joost Swarte ("Art Moderne"), le dessinateur hollandais qui vient de remettre la Ligne Claire hergéenne à l'honneur. L'hommage à Swarte est évident dans les planches de Bingo Bongo que publie alors "Métal Hurlant". Lorsque, en 1981, il réunit des courtes histoires - peu Ligne Claire - parues dans "Libération" et "Métal Hurlant", il choisit un titre en forme de manifeste : Vers la Ligne Claire. Sous une forme mal dégrossie, Ray Banana, son personnage emblématique, est déjà présent.

 

Ted Benoit s'approprie les signes extérieurs de l'esthétique d'Hergé pour se livrer à un joyeux travail de distanciation. En 1980, (À Suivre) accueille La Berceuse électrique. Avec son physique de Clark Gable, Ray Banana est confronté à une étrange secte. Tout au long des 80 planches, Ted Benoit construit un univers hétéroclite et surréaliste. Futur proche et passé récent se mélangent dans une ville qui doit beaucoup à Hollywood. Ted Benoit commet un crime de lèse-ligne claire en utilisant des trames grises et des ombres portées noires. Les enfants d'Hergé doivent parfois savoir se montrer irrespectueux. Dans la foulée de cet album mythique (1982) paraît Histoires vraies, un recueil d'histoires (scénario : Chéraqui) également publiées dans (À Suivre).

 

 

 

En 1984, grand retour de Ray Banana avec Cité Lumière. Nouveauté et hommage-clin d'oeil, ce second récit est mis en couleurs par les Studios Hergé. Quoi de plus normal pour une histoire se déroulant, comme L'Alph Art, dans le milieu de la peinture. L'album paraîtra en 1986.

 

Le temps d'un album, Ted Benoit abandonne le dessin et écrit le scénario de L'Homme de nulle part pour Pierre Nedja. Ce récit révèle la vie de Thelma Ritter, la femme de ménage de Ray Banana. Prépublié dans (À Suivre) le récit paraîtra en album en 1989 (Casterman).

 

(biographie établie par l'éditeur Dargaud)