Défi d'auteurs : adapter Sapiens, de Yuval Noah Harari, en bande dessinée

Antoine Oury - 31.01.2020

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FIBD 2020 — Les éditions Albin Michel ouvrent un département dédié à la bande dessinée, avec 5 titres prévus en 2020. Mais quels titres : l'un d'entre eux n'est autre que l'adaptation en BD de Sapiens, l'ouvrage de Yuval Noah Harari, habitué des meilleures ventes. Un défi, en 4 tomes, pour les auteurs David Vandermeulen et Daniel Casanave, mais aussi une évidence autant qu'une opportunité.

Daniel Casanave et David Vandermeulen - FIBD 2020
Daniel Casanave et David Vandermeulen - FIBD 2020
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 
 
ActuaLitté : Comment est né ce projet d'adaptation ? Connaissiez-vous le texte original de Sapiens ?

David Vandermeulen : Nous avions lu le texte avant et chacun dans notre coin, sans nous concerter. J'ai mis du temps à le lire, car Sapiens était extrêmement connu, c'est un immense succès : cela a suscité une sorte de réflexe à m'en éloigner. Et puis un ami me l'a vraiment conseillé. Je lis beaucoup de sciences humaines, mais j'ai été vraiment bluffé par le tour de force de Harari, sa capacité à vulgariser et à amener de nouveaux concepts. J'en ai parlé à Daniel, qui venait de le lire aussi, en lui parlant d'une adaptation, qui serait un beau défi.

Daniel Casanave : Je connaissais de nom, mais je ne l'avais pas lu. Trop de gens en disaient du bien, effectivement, seuls quelques papiers s'en prennent à lui.

David Vandermeulen : Quinze jours plus tard, Albin nous appelait et nous le proposait, j'ai cru à une blague tant c'était inattendu. Ce qui a été encore plus excitant pour nous, c'est que Yuval Harrari est totalement impliqué dans le processus, il nous chapeaute vraiment. Quand je propose quelque chose, qu'il n'aime pas trop l'idée, il m'envoie un mail d'une ou deux pages pour m'expliquer pourquoi. C'est vraiment un travail à trois.

Daniel Casanave : La BD l'intéresse, du coup il est lecteur attentif, sans jamais nous laisser dans notre coin.

Comment avez-vous concrètement procédé avec le texte ?

David Vandermeulen : Il y a environ 80 % du texte initial qui se trouve in extenso dans la bande dessinée. Nous ne coupons aucune idée, aucun passage, l'idée est plutôt de les assembler dans des dialogues et de créer des personnages qui véhiculent les phrases. Évidemment, nous retravaillons les phrases pour le dynamisme du dialogue, mais l'idée est d'éviter au maximum le carton off/image qui caractérise parfois la non-fiction en BD, même s'il est présent quand même.

Sapiens, de Yuval Noah Harari, par David Vandermeulen et Daniel Casanave
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

Nous avons totalement scénarisé l'ensemble, y compris Yuval, qui apparait comme personnage. Il s'adresse de temps en temps aux lecteurs et plus souvent aux personnages. Nous avons tenté de gommer la non-fiction.

Qu'apporte le regard de Harari à un duo d'auteurs de bandes dessinées ?

David Vandermeulen : Harari nous sort en permanence de notre bulle franco-belge. Il est traduit en 44 langues : quand il fait un livre, il l'écrit pour le monde entier. Les représentations ethniques, genrées sont des points auxquels il fait très attention. Il veut que son livre soit compris autant au Pakistan qu'au Brésil ou en Allemagne. Le processus d'écriture est alors universel, au sens noble du terme. Cela nous a ouvert les yeux, y compris sur nos mauvais tics. Quand nous faisions des personnages féminins, il nous disait par exemple : « Pourquoi faire des hanches si marquées ? Tu peux faire une femme moins typée, pourquoi lui donner de telles mensurations ? » Il nous a fait réaliser à quel point des personnages féminins vus quand nous étions enfants, comme Natacha ou Seccotine nous ont influencés, sont dans notre ADN culturel.

Sapiens, de Yuval Noah Harari, par David Vandermeulen et Daniel Casanave
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

Quel est l'emploi du temps de ce projet d'adaptation ?

David Vandermeulen : Nous travaillons depuis 2005 ensemble, et nous avons fait plusieurs livres : le défi est quand même de produire 240 planches par an, sur 4 ans. Il fallait donc une équipe bien rodée, solide. Nous travaillons tellement bien que lorsque j'écris, j'ai une image mentale de ce que Daniel va faire. Et lorsqu'il le fait, mon image mentale se vérifie souvent.

Daniel Casanave : Nous en sommes à 115 planches, nous avons commencé en juillet, et le travail terminé va avoisiner les 1200 planches, en 4 tomes.

David Vandermeulen : Nous avons une douzaine de moutures par planche, en moyenne, pour que nous soyons tous les trois satisfaits. Le quatrième tome de l'adaptation sera sans doute plus gros. Je dis « adaptation », mais il s'agirait presque d'une « transposition », plutôt.

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