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Des milliards de yens dans le manga pour rendre le Japon 'Cool'

Nicolas Gary - 24.07.2013

Manga/BD/comics - Univers Manga - industrie culturelle - Japon - manga et anime


Depuis le mois de mars, le gouvernement japonais avait annoncé son intention de créer un fonds d'investissement de 50 milliards ¥ destiné à la promotion des entreprises culturelles, gastronomiques et d'autres types de produits japonais, mais à l'étranger. Présenté pour cette année, le montant devrait être alloué pour le prochain exercice fiscal. 

 

 

P1170309 Kyoto japan manga

K.rol2007, CC BY 2.0

 

 

Alors, voilà : pour influer sur l'économie, ce sont les créatures fantastiques, les guerriers et autres héroïnes aux yeux de biche du monde de l'animation et du manga, qui vont inonder le monde. Le fonds, baptisé Cool Japan, est donc doté de 379,86 millions € - en écho, bien entendu, aux investissements déployés par la Corée du Sud, notamment dans le domaine de l'industrie musicale.

 

Le pays a déployé près de 500 millions $ depuis 1998 pour revitaliser son économie et assurer la promotion de son industrie culturelle. Et quinze années plus tard, on découvre un certain Psy qui fait un malheur sur YouTube, devenant la vidéo la plus consultée de tous les temps... La K-Pop, ce genre musical qui s'exporte de plus en plus en occident, n'y est pas non plus totalement étrangère...

 

L'idée vient du premier ministre, Shinzo Abe, qui souhaite revitaliser la dynamique économique de son pays, en accordant à l'industrie culturelle une plus grande place encore. Les projections sont de faire augmenter les revenus de plus de 40 % d'ici à 2020, pour générer plus de 7 milliards € de chiffre d'affaires.

 

« Il y a beaucoup de belles choses et d'autres très pratiques, au Japon, et nous voudrions les offrir au monde. Il est véritablement regrettable qu'elles soient attachées au pays, mais inconnues », explique Yoshiaki Akamatsu, du ministère de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie. « Si les gens connaissaient leur existence, je pense que les consommateurs souhaiteraient obtenir beaucoup d'entre elles, et par conséquent, nous espérons que le Japon en profitera. » 

 

Dernièrement, une étude avait démontré toute l'influence du manga et de l'anime sur l'industrie du cinéma, au Japon. Rayna Denison, de l'UEA, école d'étude du film, de la télévision et des médias, s'accordait à dire que c'est en s'appuyant sur les mangas, que l'industrie du film s'est développée. D'autant, souligne-t-elle, que nombre de séries télé sont originellement inspirées de manga, justement.

 

Cool Japan, c'est aussi un écho à Cool Britannia, des campagnes de promotion de la culture pop britannique, comme nous en avions connu dans les années 90, notamment avec des groupes comme les Spice Girls. Avec le Japon, ce sera donc la culture de l'anime et du manga qui sera mise en valeur - mais pour l'heure, on ignore encore ce qui sera qualifié de cool.

 

« Le rôle du gouvernement est de fournir des fonds à risques élevés, qui ne peuvent pas être mobilisés par le seul secteur privé. Il ne revient pas au gouvernement de décider si un contenu spécifique est populaire ou non : ce sera au marché de le faire », conclut Akamatsu, auprès de Reuters. 

 

Au cours de l'année 2011, le Japon était un importateur de contenu particulièrement important, que ce soit dans le domaine des livres ou des films et des magazines, à la hauteur de 70 milliards ¥. Seul le domaine du jeu vidéo résistait à l'importation, qui ne pesait que 2,1 milliards ¥ - contre des exportations de 293 milliards ¥. Reste que la gestion du fonds inquiète vraiment : on s'interroge sur la capacité de bureaucrates à agir avec discernement. 

 

Certains acteurs de la musique, comme du cinéma, déplorent par avance que l'argent déversé par le gouvernement soit canalisé et drainé par les grandes industries du pays, et les agences de publicité, pour assurer la promotion desdits produits. Les artistes nationaux qui auraient réellement besoin de cet argent pour assurer leur développement, risqueraient de ne pas toucher un yen.